Autolyse, mode d’emploi, les (mauvais) conseils de requiem29

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Peut on rire de tout ? « Oui, mais pas avec n’importe qui » répondait Pierre Desproges. Partant du principe que les lecteurs de Funéraire Info ne sont pas n’importe qui, que vous avez de l’humour et le recul nécessaire pour apprécier le second degré, nous vous proposons cette petite contribution du blogueur requiem29 à propos de la journée du suicide… Allergiques à l’humour très noir, passez votre chemin.

56 Autolyse, mode d'emploi, les (mauvais) conseils de requiem29Les deux obsessions les plus communément partagées sont le sexe et l’argent, il suffit pour s’en rendre compte de regarder les statistiques de recherche par mots clefs sur les moteurs. Que l’on pratique l’un ou pas (et seul devant son écran, ça ne compte pas) et qu’on possède l’autre ou pas (la possession d’une quantité suffisante du second pouvant aider à la pratique du premier), ces deux sujets sont les mamelles de la société humaine, quelle que soit sa culture , à l’exception faite d’une centaine, deux cent individus à tout casser, pour qui ”civilisation” signifie « Ils vont encore démolir ma forêt pour construire une route ».

PlancheA_139344-300x214 Autolyse, mode d'emploi, les (mauvais) conseils de requiem29Suivent ensuite d’autres sujets de préoccupation en vrac, comme les bagnoles, le football, la politique. Le ”bonheur” n’apparaît même pas dans les mille premiers sujets les plus recherchés sur le web. Je suis ravi de savoir que tout le monde semble en posséder une quantité suffisante.

Il existe pourtant un sujet, si obsessionnel qu’il concerne TOUT LE MONDE, sans aucune exception, et si tabou qu’on ne trouve que très peu sa trace sur le web. Ce sujet, c’est la mort.

Il y en a différents types : la mort propre, la mort sale, et la différence entre les deux est très bien expliquée dans mon livre à paraître chez (inscrivez ici le nom du premier éditeur à me signer), la mort à laquelle on s’attendait et celle qui vous tombe dessus comme ça, voire la mort espérée et la mort importune.

Suicide_Rabbit_06-300x300 Autolyse, mode d'emploi, les (mauvais) conseils de requiem29Puis il y a la mort que l’on souhaite, parce que ses souffrances, physiques ou métaphysiques, sont par trop intolérables, ou tout simplement parce qu’on vient de prendre conscience de la vacuité de la vie. L’on souhaite en finir, et l’on envisage le suicide.

Loin de moi l’idée de vous encourager et encore moins de vous juger. D’un côté, je dirai juste ”pensez à vos proches”, parce que, croyez moi, j’en ai vu un paquet, des familles ou des amis brisés par un suicide, c’est une sordide réalité, et d’un autre côté, nous sommes beaucoup trop nombreux sur terre, alors, hein…

Bon, vous avez décidé d’en finir. Quelle méthode choisir ? Il en existe une flopée, toutes plus nulles les unes que les autres. Je vais en démolir quelques unes, avant de vous livrer la mienne, imparable.

Suicide_Rabbit_13-300x300 Autolyse, mode d'emploi, les (mauvais) conseils de requiem29Excluons d’emblée le poison : il est difficile à se procurer, extrêmement douloureux, et ça vaut pour tous, et une prompte intervention des secours vous permettra de vous en sortir, avec des séquelles certaines, et désagréables. Au mieux, vous passerez le reste de votre existence en dialyse. Pareil pour les médicaments : le seuil de létalité est dur à atteindre, et les séquelles,en cas d’interruption, sont elles aussi irréversibles.

Les armes à feu ? Encore pire. Vous tenez absolument à passer le reste de votre vie à fixer le plafond d’un hôpital, dont le morne paysage ne change qu’une fois tous les quinze ans, lorsqu’on le repeint ? Vous aimez tant que ça les légumes de votre jardin, pour partager leur existence ? Les suicides par arme à feu fonctionnent beaucoup moins souvent qu’on ne le dit. A moins que vous ne sachiez fabriquer une balle Dum-dum, mais la encore le résultat n’est pas garanti.

Sauter d’un pont, d’un immeuble, d’un airbus en vol ? Excluons d’emblée l’Airbus : les personnels naviguant sont systématiquement opposés au suicide, qui implique l’ouverture en vol des portes, et un inconfort certain pour les autres passagers. Les ponts ? Les immeubles ? Risqué. Outre le risque de rester para ou tétraplégique, vous avez également la possibilité de vous retrouver avec l’équivalent de vie intérieure d’un cucurbitacée. Sans compter la chute. Je suis formel, au vu de la position des corps à l’arrivée : cent pour cent des gens que j’ai été ramasser qui avaient sauté de quelque part avaient changé d’avis en chemin.

Le gaz ? Mais, sans vouloir vous vexer, vous êtes un égoïste patenté ! Donc, du moment que vous mourez, vous vous fichez du fait d’entraîner vos voisins dans la mort, en cas d’explosion ? Et puis le gaz provoque des congestions cérébrales, donc, une fois de plus, si vous vous loupez, non seulement vous vous retrouverez toujours avec des séquelles irrémédiables, mais en plus, avec une sacrée facture à payer, au prix du marché pour le gaz de ville.

La corde ? Ah oui, formidable, la pendaison : pendant que vous sentez votre nuque se tendre jusqu’au point de rupture, vous étoufferez lentement, tandis que, avec vos petits doigts gourds, vous chercherez à desserrer la corde pour chercher de l’air. Se louper ? Possible. Les séquelles ? Si vous avez la chance de ne pas vous être brisé la nuque, le manque d’oxygène au cerveau vous handicapera fortement, au point que la Roue de la Fortune serait pour vous une émission d’une intellectualité inaccessible.

Il y en a d’autres. Tous sont nuls, douloureux, présentent des risques d’échec importants, laissant la place à des séquelles qui vous pourriront encore plus la vie.

Faites confiance à un professionnel. Il y a une méthode qui est radicale, efficace à cent pour cent, sans que vous puissiez vous louper ou que quelqu’un puisse vous en empêcher. Ou la trouver ? Partout. En accès libre et gratuit. Comment s’appelle cette petite merveille ? La vie. Si vous êtes suffisamment patient, la vie vous tuera aussi sûrement que… Que rien, d’ailleurs. Il n’y a rien d’aussi fiable. Garanti, satisfait ou remboursé : la vie, c’est mortel.

 Les dessins illustrant l’article sont extrait des inénarrables “book of bunny suicide” d’Andy Riley.

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