Beyoncé un jour dans une publicité pour les pompes funèbres ?

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Faire de la publicité est un moyen rapide et sûr de gagner beaucoup d’argent, à condition d’être célèbre, ce qui implique souvent d’avoir déjà beaucoup d’argent. Curieusement, lorsque ce sont les pompes funèbres qui les sollicitent, les célébrités renâclent…

L’argent n’a pas d’odeur

eGZlMjRsMTI_o_reclame-yop-de-yoplait-lorant-deutsch-1997-300x225 Beyoncé un jour dans une publicité pour les pompes funèbres ? La publicité peut être un moyen, pour de jeunes acteurs peut être pas forcément au sommet de leur carrière, de gagner leur vie, payer le loyer de leur chambre de bonne, et ces petits spots sont très excusables. Lorsqu’on lit Métronome, l’on ne met pas du tout en question la qualité du livre sous prétexte que Lorant Deutsch a vanté, il y a quelques années, les qualité d’un yaourt à boire.

L’on se dit que le chéquier devait être plus conséquent pour convaincre Richard Berry de manger à son tour un yaourt, moins liquide mais plus diététique. Ou à l’ange gardien de TF1 de faire la promotion d’un produit nettoyant. L’on s’amusera par ailleurs de la faculté qu’ont certains de tourner des documentaires ou ils attaquent vertement le système financier, documentaire précédé et suivi de publicités pour une banque. Certains y voyaient clair, mais ça, c’était avant.

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Pierre Arditi, dans une publicité pour LCL, qui lui a permis de remporter le Gérard du Rôle de sa Vie. Quelques semaines plus tard, il collabore à un documentaire avec Eric Orsenna sur les dérives des banques.

Ce n’est pas le fait que les vedettes mettent leur notoriété au service d’une marque qui me dérange, notez bien : si j’étais riche, célèbre et beau gosse, je serais le premier à faire de la publicité pour Nespresso, en échange d’un chèque et d’un semi remorque plein de capsules de leur merveilleux café, alors que là, je le fais gratuitement. Ce qui dérange, c’est lorsque les vedettes sortent de leur rôle pour professer à longueur d’interviews des opinions qu’ils renient allègrement dans la publicité. Cela n’enlève rien au talent de Pierre Arditi, alors, heureux ?

Il en est pour garder une intégrité certaine vis à vis de leur image. Ainsi, une certaine marque de rasoirs, « la perfection au masculin », a eu beau poser des millions de dollars sur la table, les ZZ Top ont toujours refusé de raser leur barbe pour un spot.

D’une manière générale, la gloire et la fortune étant éphémère, ils ont raison d’assurer leur avenir. J’en ferai autant à leur place, et, au passage, si un jour j’accède à la gloire, ces messieurs de Nespresso, d’After Eight, de Justin Bridou et de Haagen Dasz sont priés de noter que je leur ferai un tarif préférentiel.

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C’est dans la boîte

actu_3228_image-300x190 Beyoncé un jour dans une publicité pour les pompes funèbres ?
Vous faites de la publicité, Jean Rochefort ? - Un peu comme ça ma chante, à ma guise...

Curieusement, il est très, très difficile de trouver des vedettes qui ont prêté leur image à des sociétés de pompes funèbres. L’on se demande bien pourquoi. Peut être, sûrement, parce que les émoluments de ces stars sont trop élevés pour les budgets marketings de ces sociétés. Peut être, certainement, parce que les acteurs sont très superstitieux, et que la pompes funèbre, pour les superstitieux… Rassurons-les au moins sur ce point : d’une part, Pierre Desproges a prouvé, dans un sketch succulent, que les superstitions des acteurs, c’était n’importe quoi, comme toute superstition, d’autre part, si ils n’ont pas réussi à intégrer le Club Des 27, il y a fort à parier qu leur vie et leurs carrières se prolongeront jusqu’au pathétique, et qu’ils seront encore à se déhancher à l’âge de la retraite bien tassé, comme Mick Jagger. Ou notre idole des jeunes nationale, mais lui ne peut plus vraiment se déhancher.

Seuls deux, à notre connaissance, vedettes, ont prêté leur image à des sociétés de pompes funèbres. Pierre Maguelon, l’inoubliable, entre autres, inspecteur Terrasson des Brigades du Tigre, et Roger Gicquel, le journaliste resté célèbre surtout pour sa phrase « La France a peur » qui a d’ailleurs été largement sortie de son contexte.

Les autres, pour des raisons mystérieuses, s’y refusent.

Quel est le problème ? L’image ?

Pardon, mais l’image, messieurs-dames les artistes à la bonne bouche, parlons en. Je ne vais pas ici refaire l’apologie du métier de croque-morts, appellation d’ailleurs contestée mais que j’assume et revendique. Je voudrais juste savoir ce que nous, professionnels présents sur le terrain, sept jours sur sept, vingt quatre heures sur vingt quatre, pour prendre soin des défunts, dans des conditions parfois sordides, pour écouter les familles, leur apporter un soutien technique autant que moral, avons de moins qu’un banquier qui encaisse des agios bien au chaud dans son bureau, ou un produit nettoyant avec tellement de produits chimiques dedans que chaque vaporisation provoque l’extinction d’une demi-douzaine d’espèces animales ?

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Ne vous inquiétez pas : si, lorsque les gens vous verront, dans un spot, leur conseiller de confier leur cher disparu à telle ou telle enseigne, et qu’ils suivront ce conseil, ils ne seront pas déçu. Ils trouveront des professionnels, à l’écoute, impliqués dans leur travail, formés à le faire aussi bien que possible, qui prendront soin aussi bien du défunt que de sa famille. A la fin, quand tout sera fini, ils vous reverront, chez Drucker ou chez Ruquier, et ils ne se diront pas que vous leur avez menti ou que vous les avez dupés.

Projet de spot

Bon, bien entendu, il faudra à ces spots un minimum de dignité. Mais c’est la travail des créatifs de publicité. L’on fuira les chorégraphies bariolées, ou un chœur bramera « Efficace et pas cher, c’est les Pompes Funèbres Machin que j’préfère ».

De même, l’on fuira le solennel second degré. Imaginez : son corps massif et encore athlétique malgré l’âge est étendu dans un cercueil à sa taille. Sur l’oreiller de satin blanc, son visage d’airain semble à la fois reposé et pensif comme le philosophe qui a trouvé la sagesse mais s’inquiète du salut du monde. La caméra survole un instant la scène, survolant le linceul immaculé et la chemise sans un pli. Lorsqu’elle s’arrête sur son visage, un court temps d’arrêt est marqué, avant qu’il n’ouvre les yeux. Il ne semble pas surpris d’être là, tourne son regard pénétrant vers l’objectif, et énonce calmement « Avant, Alain Delon était Mort. Mais ça, c’était avant. » L’image cède la place au logo, avec le slogan : « Pompes Funèbres Machin. What else ? ».

Ca, c’est à fuir.Pour tout le reste, vous avez la rédaction de Funéraire info. Des idées, on en a plein.


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