Chimie, alchimie, pierre philosophale et immortalité

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L’alchimie est elle l’ancêtre de la chimie moderne ? Si certains historiens le pensent, tant sont nombreuses les propriétés découvertes par les alchimistes, les mystiques rejettent cette thèse. Le « magnus opus » ou « grand oeuvre » de l’alchimie était la réalisation de la pierre Philosophale, censée donner l’immortalité.

Chou, genou, fou, caillou…

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Alchimiste dans son laboratoire

La croyance en la pierre philosophale est en elle seule un résumé de la croyance alchimique. En effet, les praticiens croyaient que les métaux maturaient au centre de la terre, passant de l’état le plus vulgaire, le plomb, en état sublimé, l’or. Le principe de l’alchimie bien connu, transmuter le plomb en or, devait être en réalité compris par « accélérer la maturation du plomb en or », état qu’il était censé atteindre un jour ou l’autre de toute façon, mais trop tard pour assurer la fortune de son possesseur.

L’idée était donc de trouver le principe, le condensé de formule, qui permettait à son détenteur de combler la différence enter le corps impur et le corps pur selon l’idéal alchimique, l’or. Selon les alchimistes, tous les corps étaient composés d’un souffre alchimique et d’un mercure alchimique, la différence entre un être humain et le caillou dans sa chaussure n’étant qu’une question de dosage.

De pierre philosophale en caillou philosophique

586alchimie-300x216 Chimie, alchimie, pierre philosophale et immortalitéCe concentré idéal, donc, se présentait, selon la tradition, sous la forme d’une pierre, la pierre philosophale. Celle-ci avait les propriétés de faire atteindre à chaque corps sa perfection, en tant que principe universel. Utilisée sur un métal, elle pouvait donc le transmuter, et non le transformer, en or, mais utiliser sur un homme, elle lui donnait la « panacée », à savoir la résistance à toute maladie, et la vie « prolongée au delà de ses bornes ». Comprenez : tant que l’alchimiste avait la pierre philosophale en sa possession, il ne pouvait pas mourir.

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Page de manuscrit par Nicolas Flamel

l’alchimie à la psychanalyse. Il en conclut que « Le grand œuvre préfigurant le chemin de développement de l’âme humaine au sein des mondes de matière, l’œuvre alchimique est inséparable de la propre transmutation de l’opérant. Selon les principes de la table d’émeraude, ce que l’on modifie à l’extérieur modifie l’intérieur et ce qui change le microcosme modifie aussi le macrocosme (et inversement). L’alchimie devient, dans cette optique, une discipline de travail intérieur, d’extraction et de sublimation des mercure, soufre et sel pour les réunir et que l’opérant lui même devienne cette pierre philosophale (permettant aux autres âmes de devenir « de l’or », symbole de l’esprit accompli) et cet élixir de longue vie (analogiquement, on pourrait le comparer à la parole du Père, redonnant vie à ce qui était mort et promettant la vie éternelle dans l’optique chrétienne). »

En d’autres termes, l’alchimie serait une métaphore de l’évolution psychologique d’un individu en fonction des apports ou retraits de « souffre et de mercure » de sa personnalité, ici des événements et des croyances.

Chimiste, alchimiste, physicien ?

serpent-ouroboros-symbole-de-lalchimie-300x245 Chimie, alchimie, pierre philosophale et immortalité
serpent ouroboros, symbole de l'alchimie

Chimie et alchimie sont ancêtres, point de doute à ce propos. Souvent confondues, ces deux disciplines ont partagé un destin commun, jusque la scission : d’un côté, les alchimistes restant persuadés que tout était fait de souffre et de mercure, et que quelqu’un finirait par trouver ce satané dosage, de l’autre les chimistes, qui avaient eu l’intuition que, non, finalement, souffre et mercure ne faisaient pas tout, et qu’il devait y avoir autre chose, mais quoi ?

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Descartes lui-même était un fervent croyant en l’alchimie. C’est finalement Lavoisier, qui après avoir énoncé la première version de la loi de conservation de la matière, démis la théorie phlogistique, baptisé l’oxygène et participé à la réforme de la nomenclature chimique, posa sans la savoir les bases de la chimie moderne et renvoya l’alchimie aux livres d’histoires et réunions de sectes ésotériques.

Mais l’apport de l’alchimie à la science moderne n’est pas négligeable : le bain-marie, l’acide citrique, l’acide acétique, l’acide tartrique, le principe de l’alcool comme base de conservation des odeurs, qui a donné la parfumerie, la toxicologie, la balnéothérapie, les gaz, comme le gaz carbonique, le phosphore, l’élasticité des gaz, la cohésion des liquides et des solides… plus une longue liste de métaux qui figurent encore aujourd’hui sur le tableau des éléments chimiques.

Mais plus que tout, l’alchimie a apporté la ferme croyance que l’immortalité se trouverait dans un laboratoire. Aujourd’hui encore, des chercheurs travaillent à la cause de notre mortalité et aux moyens de l’éviter. Alors, alchimistes des temps modernes ?

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