Chronique : Cimetières, entretiens de la mémoire

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Les cimetières font non seulement partis de notre culture, de notre histoire mais également de notre patrimoine. L’inhumation au cœur des pratiques, au cœur même de la ritualité et du deuil. Comment a-t-on enterré nos morts ? comment soigne-t-on aujourd’hui le cœur des vivants par la commémoration ?

À moins de quinze jours de la Toussaint retour sur la ville d’en dessous et la mémoire d’au dessus.

Manger, s’accoupler, enterrer ses morts, un tryptique de Neandertal. Les nécropoles existaient bien avant l’écriture. À l’Antiquité les lois interdisaient les inhumations au sein de la cité. Elles ont donc lieu dans les catacombes. C’est dès le IV siècle que l’on observe quelques monuments sur les tombes des martyrs. La religion étant intrinsèquement liée au culte de la mort, les chrétiens veulent posséder une sépulture au plus proche des lieux sacrés en y cherchant une protection. Du VI au VII siècle s’observe alors des constructions d’églises funéraires dans les villes et aussi dans les campagnes.

Ça n’est qu’à partir du Xème siècle que les cimetières au sens « sépulture individuelle » entrent dans un discours généralisé et dans les livres pontificaux.

Plusieurs va-et-vient légaux viennent tour à tour interdire l’inhumation dans les lieux saints puis au contraire les rapprocher. Et c’est à l’époque carolingienne, soit de 751 au XI siècle que le cimetière paroissial encadre l’église.

En tous temps, tous lieux et toutes religions ont ceci en commun : Le caractère sacré des lieux d’inhumation et l’interdiction de violation des sépultures.

Si l’on fait un bond de plusieurs siècles, on se rend compte que c’est l’hygiène et le déclin des pratiques religieuses qui ont éloignés les morts des églises. Les cimetières sont construits en dehors des villes et villages ou à la porte de ceux-ci et on l’observe très bien aujourd’hui avec la ville qui rattrape les cimetières et l’englobe à nouveau. Au XVIII siècle, il est interdit d’inhumer dans les églises par l’ordonnance royale du 10 mars 1776. Le lieu d’habitation devient lieu de vie, les cimetières lieu de mémoire.

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Ce qui va réellement changer dans l’évolution des cimetières c’est le concordat de 1801, qui avec la Révolution va transférer la propriété des cimetières à la commune. La loi du 15 novembre 1887 sur la liberté des funérailles permet aux famille d’exprimer le choix quant au mode de sépulture et en 1904, la loi donne le monopole de l’organisation des funérailles aux communes. Elles passent ensuite des contrats avec les pompes funèbres. Apparaissent alors de plus en plus les sépultures, avec pierre tombale et caveau funéraire ainsi que l’expansion grandiloquente de l’art funéraire.

Aujourd’hui les cimetières sont lieux de flânerie, comme à Paris, de culte comme en Bretagne, de mémoire, comme à Verdun. C’est un lieu de rencontres, d’insultes parfois, de larmes et de rires. C’est aussi et surtout le reflet de la société et de soi-même. Comment entretenir ces lieux de mémoire ? Comment être au plus près du trait d’union entre les vivants et les morts ? C’est à ces questions qu’est consacrée ma chronique de la semaine.

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