“Chroniques de la main courante” Serge Reynaud

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Dans la forêt des livres sur la police, il est difficile de se distinguer. Décontracté, Serge Reynaud essaie sans prétentions, et relève le défi haut la main.

Des hommes de l’ombre en lumière

9782266216319 "Chroniques de la main courante" Serge ReynaudDans les séries télévisées, c’est le type aperçu trente secondes en train de saluer Julie Lescaux à l’entrée du commissariat, ou celui qui amène des mauvaises nouvelles à Navarro. Celui dont le temps de présence à l’écran est court, et tient plus de la figuration que d’un rôle. Dans la vie, c’est celui qui vous arrête au bord de la route pour vous expliquer le code de la route et pourquoi vous l’avez enfreint, sans cesser de remplir son PV.

Au mieux inexistant, au pire impopulaire, le policier en uniforme n’intéresse pas. Il ne s’infiltre pas chez de dangereux trafiquants de drogue, ne donne pas l’assaut à des avions remplis de terroristes terrifiants et d’otages outragés, il est celui, dans l’imaginaire, qui s’ingénie à vous pourrir la vie au quotidien en distribuant les amendes.

Serge Reynaud est flic en uniforme, et il écrit des livres sur son métier. Alors, soit c’est un de ces incurables bavards capable de faire une réponse d’un quart d’heure à la question « Comment ça va ? » et de broder indéfiniment de la vacuité, soit sa vie est infiniment plus intéressante que ce que l’on croit. Et c’est la seconde proposition qui gagne.

Chroniques douces amères

Dans ses « Chroniques de la main courante », qui vient de sortir en poche, Serge Reynaud dresse, par le biais d’histoires courtes, le portrait autant d’une profession que des hommes et femmes qui l’exercent, mais aussi, en filigrane, celui de la société.

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La première partie du livre est clairement dédié au bizutage. La première histoire donne d’ailleurs le ton. Léger et ironique, au fur et à mesure qu’on avance, le ton se fait plus grave, moins désinvolte (« DCD », « Camée »). Et le policier en uniforme, si mal aimé, règle lui aussi ses comptes avec la bêtise humaine (« L’éducation sans ton mental », « Ma gosse à moi je »).

Il y a de tout dans le livre. L’anecdote courte et percutante, certaines ne font pas plus de dix lignes mais suffisent amplement à saisir le propos, jusqu’à des histoires plus longues. Du drôle, des bavures, pas de grosses bavures, plutôt celles qui valent un surnom qui colle aux basques, du moins drôle ou du carrément pathétique, comme cette histoire de vendeuse à la sauvette asiatique à qui les policiers essaient de faire comprendre par signes qu’ils veulent fouiller son sac et qui leur tend un billet de dix euros, habituée aux pratiques dans son pays. Des grands moments de solitude, aussi ; Des injustices parfois flagrantes, qui font se poser la question de l’écart entre la justice de la loi et la justice de ce qui est juste.

Et il y a aussi ces trop rares moments de gloire, « un tout petit mot », « Un silence, des moules, un hold-up et des frites », vites contrebalancés par les intérêts du public. Comme l’écrit Serge Reynaud à la fin de « Reste à ta place », « C’était Jodie Foster et finalement, nous n’étions rien ».

« Chroniques de la main courante », désormais disponible chez Pocket au prix dérisoire de 6,70 euros, est juste LE livre à lire sur la police en uniforme. De la franche hilarité (vous rirez souvent tout seul devant votre livre) au tragique le plus total, ces petites histoires sont toutes racontées avec un vrai grand talent. Et si la solution pour réconcilier les gens avec la police, c’était ce livre ?

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