College Boy d’Indochine, et après, va-t-on censurer la mort ?

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Le nouveau clip du groupe Indochine, College Boy, illustre les paradoxes de notre société, particulièrement sur le rapport entre la mort et la réalité.

Indochine+indocharlenevipblogcom170794Ni1-200x300 College Boy d'Indochine, et après, va-t-on censurer la mort ? Le nouveau clip d’Indochine va faire parler du groupe, à nouveau. Après un succès colossal au début des années 80, un retour aussi improbable que la profondeur de l’oubli ou ils avaient sombré, au début des années 2000, quelques déclarations fracassantes par-ci, par là, c’est cette fois-ci par le biais de l’image que Nicolas Sirkis et sa bande envahissent les médias.

En cause, le clip de la chanson College Boy, qui illustre de façon « ultra violente » le harcèlement à l’école. Ni une, ni deux, la rédaction de Funéraire Info a dépêché un envoyé spécial, moi, donc, pour visualiser le clip. Oreilles bouchées, parce que franchement, Indochine, pour un fan de The Cure, c’est juste pas possible, et parce que seules les images étaient incriminées, j’ai vu l’objet.

Violent ? Oui. Si, si, c’est vrai, il faut le reconnaître, c’est violent. Pas plus qu’un Call of Duty sur console, par contre, ni qu’un journal télévisé en temps de guerre, ou d’un épisode d’Esprits Criminels juste après. Comparé aux cinq premières minutes de la série The Walking Dead, c’est même juste de la rigolade.

On ne va pas vous raconter le clip, vous le verrez vous-même, mais l’esthétisme noir et blanc adoucit la violence montrée. Nous n’allons pas non plus trop le critiquer : la symbolique développée ici est aussi subtile qu’un bataillon de chars Panzer cherchant à faire un créneau dans un magasin de porcelaine. Mais le message a le mérite d’être clair, et qui sait ? Les adolescents ciblés, encouragés peut être par cette nouvelle compréhension des symboles, ouvriront peut être un jour un livre, avides d’expériences intellectuelles nouvelles.

Mais ils ne seront pas choqués par la violence, parce qu’ils voient pire, sur Facebook, sur Internet, sur leurs consoles de jeux vidéo, dans la vie quotidienne. Partout. Inutile d’essayer de les protéger : vous serez seul(e) dans ce combat, vous passerez pour des parents possessifs, et, de surcroit, faute de les avoir préparé à ce qui les attends dans le monde extérieur, vous lâcherez l’équivalent d’un poussin innocent dans l’enclos des loups.

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Il ne faut pas interdire ce clip aux moins de 18 ans, mesdames et messieurs du CSA, et le renvoyer de fait à des heures tardives de programmation. Déjà, parce que ça les obligera à veiller tard pour le voir, alors qu’ils ont école le lendemain, le sommeil, à leur âge, c’est important. Ensuite, parce qu’ils l’ont déjà vu sur You Tube ou DailyMotion (non, monsieur le Ministre du redressement productif, on n’a pas besoin de vous ici, mais c’est gentil d’être passé) et que vous vous ridiculisez. Enfin, parce qu’il leur est destiné, et que ce serait les priver d’un traitement de choc, qui marcherait, peut être juste une fois, mais c’est déjà ça de pris, non ?

On ne vous a pas entendus beaucoup vous indigner lorsque les forces de l’ordre ont fait cette expérience qui consistait à montrer des photos d’accidents de la route en stages de récupération de points ? Eh bien, là, c’est un peu la même chose.

La problématique, ici, est simple : soit on change le monde, soit l’on revoit notre rapport à l’éducation. Le monde étant ce qu’il est, alors, il faut éduquer les enfants, non pas en leur apprenant qu’on vit dans un imaginaire pays des bisous, mais que leurs actes ont des conséquences. Ici, c’est le harcèlement qui conduit à la mort d’un camarade, assassiné par ses coreligionnaires, mais ailleurs c’est la mort tout court, qui les guette, à long terme en allumant leur première cigarette, à court terme, en faisant les imbéciles en scooter.

Croyez-moi, j’ai eu l’occasion de méditer ce sujet en ramassant les morceaux de cadavre éparpillés par la collision entre un de ces vélomoteurs et un camion de trente huit tonnes, pardon pour les détail, mais c’est la sordide réalité. J’en suis parvenu à la conclusion que ces gamins n’allaient pas ainsi se fracasser le crâne et le reste parce qu’ils étaient suicidaires, comme certains peuvent le penser, ni stupides, comme je l’ai longtemps cru, avant de me rappeler que moi aussi j’avais eu leur âge et je l’avais échappé belle plus d’une fois, mais qu’ils le faisaient parce qu’ils se croyaient immortels.

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Bien sûr, on leur a enseigné ce qu’est la mort, mais de façon abstraite. Comme un poème de Baudelaire : on leur apprend à l’école que « J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans », c’est beau, ils écrivent soigneusement « c’est beau » dans leurs petits cahiers, mais c’est un soir, bien plus tard, que certains d’entre eux tomberont par hasard à nouveau sur ces vers, et qu’un larme perlera, parce qu’ils auront réalisé ce qu’est la beauté. La mort, c’est pareil.

Leur expliquer que leur comportement peut entraîner, parfois, la souffrance ou la mort, tout en cherchant à les préserver au nom d’une certaine naïveté, de la pleine conscience de ce que sont souffrance et mort, pardon, mais c’est de la luthomiction, ni plus, ni moins. La naïveté de ces enfants n’existe pas, elle est juste la résultante d’un fantasme, les voir comme on voudrait qu’ils soient, plutôt que comme ils sont : capables de comprendre et d’encaisser. Ils ne sont pas naïfs, ils manquent d’expérience. Cette expérience, il ne faut pas les en préserver, il faut la leur enseigner.

C’est ce que tente Indochine avec ce clip. A tort ou à raison, mais si il parvenait à sauver ne fut-ce qu’une vie, c’est déjà ça de pris. Et si il était interdit, alors ses censeurs devraient porter le poids de la culpabilité de n’avoir pas essayé.

Indochine a accordé l’exclusivité de ce clip à nos amis du Parisien, vous pouvez le visionner ICI

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