Comment mourir au cinéma

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Note : le présent article fait des révélations sur une scène importante du dernier Batman, « The Dark Knight Rise ». Nous nous sommes posés la question de savoir s’il fallait en parler ou pas, par égard aux lecteurs de Funéraire Info qui auraient eu l’intention de le voir, mais pas encore le temps. Nous nous sommes rendus compte que, de toute façon, ça faisait le buzz, et que quiconque avec une connexion internet était probablement au courant.

Le buzz secoue la toile, ces temps-ci, et il frappe une célébrité Française : les cinéphiles américains s’en donnent à cœur joie sur des sites « mourir comme Marion Cotillard »…

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Marion Cotillard dans son propre rôle

…En effet, l’actrice, qui fait une apparition dans le dernier Batman, semble avoir surjoué la mort de son personnage. Sa performance, qui évoque le cinéma muet, est peut être due à la jalousie de ne pas avoir décroché de rôle dans « The Artist », ou bien d’un manque de culture cinématographique hollywoodienne. Une chose est sûre : de l’avis général, elle meurt de façon ridicule, après s’être trompée de film : le Chevalier Noir, c’est pas la Môme Piaf.

L’on pourra se demander, au passage, si c’est entièrement sa faute : avec deux perfectionnistes obsessionnels comme Christopher Nolan et Christian Bale, l’on se demande comment une scène aussi ratée a pu passer.

Cours magistral avec Alfred

Mais, à l’intention des starlettes Françaises qui voudraient bien percer à Hollywood, et c’est possible, même le chien de « The Artist » y est arrivé, à l’intention des admirateurs franco-français du cinéma subventionné pour qui « il n’y a pas de cinéma anglo-saxon, que du commerce », un petit tour d’horizon avec quelques maîtres du septième art.

Pour commencer, mourir assassiné. Finir trucidé par un autre être humain, c’est généralement une chose brutale, qui arrive par surprise, qui laisse stupéfait et traumatisé. Une des, pour ne pas dire LA scène de meurtre la plus connue de l’histoire du cinéma se trouve dans le chef d’œuvre « Psychose », du Maître Hitchcock. Une femme prend sa douche, un assassin arrive et la poignarde. Après avoir porté plusieurs coups, il s’enfuit. Le femme poignardée, stupéfaite, glisse lentement le long du carrelage, essaie de s’accroche au rideau, et le plan s’achève par celui-ci qui se détache et recouvre le corps. Magistral.

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Lorsque, dans un film, son personnage est assassiné de façon soudaine et imprévisible, jouer la surprise est toujours bienvenue.

La version de William

Autre façon originale de montrer la mort au cinéma, ne pas la montrer. C’est le cours magistral que donne Willima Friedkin dans « l’Exorciste ». On ne pensera pas une seule seconde que l’acteur fut incapable de la jouer : Max Von Sydow, qui interprète le père Merrin, a une carrière incroyable, et sa gloire a commencé alors qu’il jouait sa vie aux échecs contre la mort elle-même dans « Le septième sceau » de Bergmann. Mais au lieu d’une mort brutale et surprenante, le réalisateur préfère l’annoncer tout au long du film : la fatigue du prêtre, une première alerte cardiaque, les cachets qu’il prend d’une main tremblante. Et surtout, surtout, cette scène ou un messager lui apporte la lettre qui lui demande son aide : il la prend, la garde à la main, ne l’ouvre pas, et continue sa promenade et ses adieux. Lors de l’exorcisme, le père Karras sort de la chambre, et lorsqu’il revient, Merrin est effondré, mort. Karras provoque alors Pazuzu et, possédé à son tour, saute par la fenêtre. Il meurt sur le trottoir, en serrant la main d’un prêtre en guise de confession. Magistral.

Quand filmer la mort d’un personnage important est moins efficace que ne pas la filmer, l’éviter est toujours bienvenu.

Et tant d’autres

Le cinéma d’Hollywood est l’un des plus grands criminels de tous les temps : les morts s’y enchaînent à une vitesse ahurissante. Les cinéastes sont rodés à la chose.

Parmi les autres solutions proposées, on retiendra :

  • L’outrance : tuer un personnage de façon tellement cruelle et violente que le spectateur, pétrifié, ne prête aucune attention au jeu de l’acteur. Le meilleur exemple est l’exécution de Murphy dans « Robocop ».
  • Faire croire à l’acteur qu’on va réellement le tuer. Dans « Piège de Cristal », Alan Rickman joue bien la peur de la chute parce que le réalisateur n’a rien trouvé de plus drôle que de le faire tomber de dix mètres de haut sur un énorme coussin. Il était convenu d’un signal au moment du déclenchement du dispositif qui devait faire tomber l’acteur. Pour obtenir le naturel désiré, le réalisateur a déclenché le dispositif par surprise.
  • Ne pas s’éterniser : après que le personnage soit mort, inutile de s’appesantir. Luke doit fuir rapidement le vaisseau, qui va être détruit, après que son père, Dark Vador, soit mort en renonçant au côté obscur de la Force. Fort heureusement, ils ont eu tout le temps de bavarder avant. C’est bien entendu dans “le retour du jedi”.
  • L’envoyer dans l’au delà de son vivant. Alors qu’il est debout dans l’arène de « Gladiator », Russel Crowe est déjà auprès de sa femme et son fils, et l’on comprend qu’il ne survivra pas. On ne le voit pas véritablement mourir, on le voit vivant, au paradis, puis mort sur le sable.
  • L’épargner. A la fin du roman dont est adapté le premier film, John Rambo meurt. Mais Sylvester Stallone a trouvé dommage de gâcher ainsi le potentiel du personnage, prouvant par la même occasion qu’on pouvait gagner des millions de dollars en passant complètement à côté du sujet d’un livre.
  • Compter sur le pathos du public. Dans « Seven », bien que les meurtres se multiplient, l’on ne voit personne mourir. Sauf John Doe, à la fin, de loin et en contre-jour. David Fincher s’est tout simplement dit que quoiqu’il puisse montrer, ce ne sera jamais aussi efficace que ce que les spectateurs peuvent imaginer.
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Quand on voit, en tout cas, la place qu’occupe la mort d’un personnage important dans un film, l’on s’étonne d’un trépas aussi médiocre dans « The Dark Knight Rises ». Peut être le présent article aidera-t-il, dans le futur, quelque jeune starlette a faire sa place à Hollywood avec quelque chose de plus profond que « Argh, argh, je meurt, dis à mon poisson rouge que je l’aime ». Auquel cas, bien entendu, nous attendrons avec impatience d’être cités à la remise des Oscars. C’est la moindre des choses.

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