Condoléances, première partie

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Lors des obsèques, il vient un moment ou l’on présente ses condoléances. Protocolaires ou plus personnelles, clairement exprimées ou sous-entendues, les condoléances revêtent différentes formes, et, contrairement à ce que l’on pourrait croire dans ce protocole qui semble figé, évoluent en se tournant vers de nouveaux médias.

1141916294-300x149 Condoléances, première partieEn rang

Lorsqu’on évoque les condoléances, la première image qui vient, c’est la famille, alignée en rang d’oignon, serrant les mains des présents, qui défilent devant eux comme lors d’une inspection. Le travail d’un Maître de Cérémonies est de connaître l’ordre protocolaire, du parent le plus proche au parent le plus éloigné, tout en ayant à gérer l’imprévu.

Cette partie de la cérémonie, généralement à l’issue, avant le cimetière, tombe gentiment en désuétude dans beaucoup de régions. Elle reste aujourd’hui l’apanage de certaines catégories socioprofessionnelles supérieures, ou de familles traditionalistes.

Il en reste toutefois une subsistance agaçante : lorsque l’officiant annonce que la famille ne recevra pas de condoléances, les présents, après avoir effectué le signe d’adieu sur le cercueil, se ruent en direction des proches en deuil afin de serrer des mains et distribuer des bises. On se demande quelles partie de « La famille ne recevra pas de condoléances » ils n’ont pas comprise.

L’écrire plutôt que le dire

Ce qui dure, c’est l’inoxydable Bristol. Ces petits cartons qui sont remis à la famille, soit par l’intermédiaire des pompes funèbres à la cérémonie, soit par courrier, soit sur les fleurs, plus rarement en mains propres, qui mentionnent les coordonnées de l’expéditeur et un petit mot manuscrit, restent le principal biais des condoléances.

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Une alternative, qui fait souvent double emploi, sont les registres de condoléances. Tenus à disposition des visiteurs, parfois dès le funérarium ou repose le défunt, jusqu’à la sortie du lieu de cérémonie, ils comportent les même renseignements que les bristols : coordonnées du présentateur, petit mot personnalisé.

L’intéressant, dans ces différentes formes, est de présenter à la famille l’assurance de sa présence, sans toutefois s’imposer l’épreuve du contact direct : les moments ou l’on présente ses condoléances, proches des obsèques et donc du décès, sont les plus compliqués, et il est souvent difficile d’exprimer oralement son soutien, avantageusement remplacé par une formule écrite réfléchie.

Demain l’internet

L’émergence de nouveaux moyens de communication comme l’internet, sans doute l’outil le plus révolutionnaire depuis le téléphone, donne le départ à de nouvelles pratiques.

D’emblée, tranchons la question en bannissant le mail de condoléances. Si celui-ci est pratique et facile aussi bien pour le travail que pour certains aspects de la vie privée, il sera justement considéré comme trop facile pour certains événements comme les naissance sou les décès. Un mail de condoléances vous donnera l’image légère d’un geek dénué de savoir-vivre, et, par l’aspect impersonnel, dénué de compassion. En cette triste occasion, il est de bon ton de se rappeler l’usage du stylo et du timbre.

Mais des sites, au rang desquels Mémoire des Vies, proposent la création de mémoriaux. Il s’agit d’une version en ligne, finalement, du registre de condoléances. L’accessibilité à l’ensemble de la famille, son acceptation tacite des condoléances électronique, et surtout, les possibilités de personnalisation induites par la puissance d’internet, font que, quoiqu’encore confidentiels, ces médias sont en croissance continue, et deviendront très rapidement la solution à la dispersion géographique des cellules familiales et amicales auxquelles on assiste aujourd’hui.

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Non, les condoléances ne sont pas mortes. Au contraire, la société impose aujourd’hui de nouvelles contraintes face auxquelles de nouvelles solutions sont proposées. Ce n’est donc pas à une mutation du deuil à la quelle on assiste, mais à un changement de l’expression de ce deuil. Mais les bons vieux Bristol ont encore de bonnes et longues années devant eux, pour la plus grande satisfaction des défenseurs du savoir-vivre.

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