David Bowie, Depeche Mode, Woodkid, et la musique réactionnaire

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David Bowie

Parfois, l’ancien a du bon, et parfois non. Parfois, la nouveauté est juste un gadget, et, vous l’aurez compris, parfois non. La preuve avec Depeche Mode, David Bowie et Woodkid, qui sortent tous les trois des albums.

Néo-conservatisme vs progressisme tout crin

Il faut que je le confesse, j’adhère plus aux idées réactionnaires que progressistes. Ma philosophie, ma devise, mon épitaphe aussi, sont les même, « C’était mieux avant ». C’est vrai, c’était quand même mieux avant, vous ne me direz pas que Marc Levy ou Michel Houellebecq sont de meilleurs écrivains que Chateaubriand ou Flaubert, non ? Attention à ce que vous allez répondre.

En musique, nous partageons tous ce tempérament réactionnaire, vous l’avez noté ? Ceux qui ont un jour écouté Lady Gaga en se rapellant que la superstar de leur époque était Kate Bush, comprendront de quoi je parle. Sinon, prenez un Boys Band, n’importe lequel, c’est quoi le truc à la mode ? One Direction ? Bon, prenez l’album de One Direction et comparez-le à « Sergent Pepper » des Beatles. Je sais, ça fait mal, c’est une douleur insupportable, mais vous n’êtes pas obligés d’écouter l’album de One Direction en entier, et John, Paul, Georges et Ringo vous geuériront les oreilles.

Le problème avec les anciens, c’est qu’ils ne savent pas toujours quand s’arrêter. Et certains semblent s’arrêter alors qu’on voudrait qu’ils continuent. Vous suivez ? Non, ce n’est pas grave, j’explique.

Le Roi David compile sa Bible

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David Bowie

Lorsque la rumeur est parvenue à nos esgourdes saturées de soupe, pardon, à nos oreilles harcelées par de la musique de bas étages que David Bowie revenait, avec un nouvel album, dix ans après le précédent, la première réaction quasi unanime a été « Hou-la ! Bon, d’accord, David Bowie était un Dieu, d’accord, il a fait des albums inoubliables, mais bon, est-ce qu’il a des choses à dire, encore ? » le premier extrait de l’album, « Where are we now », semblait présager du mieux, même si la chanson semblait un peu plus faite pour se suicider en musique que pour se trémousser le popotin sur les Dance Floors. Mais combien d’albums sont portés par un single imparable, et remplis de soupe pour combler le vide ?

David Bowie, c’est « Ziggy Stardust », bien entendu, « Aladdin Sane », aussi, mais encore « Low » ou « Heroes », plus grand fleurons de la « Trilogie Berlinoise » du Maître, mais tout ça, c’était il y a déjà trente ans. Et même si depuis le demi-Dieu avaot sorti des opus de haute volée, il avait aussi commis des outrages qu’on préfère oublier.

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Alors, cet album, il vaut quoi ? Eh bien pêchu, rock, le CD ressemble un peu à une compilation d’inédits du génie aux yeux vairons, qui semble pêcher dans sa copieuse discographie l’inspiration pour ce disque. Peut être pas son Magnus Opus, mais un album de haute volée, incontestablement le meilleur des trois que nous chroniquons aujourd’hui. De quoi flatter mon côté réactionnaire : si ce n’est pas le meilleur Bowie, il n’y a à ma connaissance que peu de musiciens capables de sortir un disque aussi bon aujourd’hui, pour ne pas dire aucun.

Le roi Martin donne des envies de régicide

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Depeche Mode, de gauche à droite : Martin, Dave, et machin dont personne ne se rappelle le nom

Les années 80 : pendant qu’en France l’on faisait de Lio une star et que l’on se prosternait devant Début de Soirée, en perfide Albion se profilait un mouvement plus sombre, plus rampant, la New Wave. Nouvelle vague qui pouvait devenir vague froide, avec les infréquentables, à l’époque, The Cure, qui créaient quelque chose de totalement nouveau. Leur trilogie noire, « 17 seconds », « Faith » et le classique « Pornography » faisaient d’eux des icônes incontournables du spleen baudelairien. Les parents du monde entier, paniqués devant ce Robert Smith, tout de noir vêtu et maquillé comme une cantatrice qui aurait percuté un semi-remorque, ont préféré orienter leurs enfants vers une pop électronique joyeuse et sautillante, un boys band de l’epoque, Depêche Mode. Grave erreur. Si les Anglais avaient bâti leur réputation sur des ritournelles simples et sautillantes, leurs albums gagnaient en maturité et en profondeur, pour aboutir sur le chef d’oeuvre total et absolu que constituait « Violator », sorte de descente aux enfers sereine entrecoupé d’entractes sous forme de disco satanique. Pendant ce temps là, Robert Smith transformait son The Cure en véritable laboratoire pop, et revenait clôturer son parcours avec « Desintégration » en 1989, un an avant « Violator », donc. Et tout cela s’achevait en apothéose. Aurait dû s’achever en apothéose, du moins, si les deux groupes n’avaient pas persisté à sortir des disques après, alors que, manifestement, ils avaient déjà tout dit. « Wish » et « Wild Mood Swings » pour Robert Smith et sa bande, « Songs of Faith and Devotion » et « Ultra » pour Martin Gore et Dave Gahan, furent les derniers albums écoutables, suivis d’une longue déchéance discographique qui nous poussa à les haïr autant qu’on avait pu les révérer.

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Le dernier album de Depêche Mode, « Delta Machine » est plat, sans aspérités ni inspiration, il n’y a rien, rien, rien à sauver dans cet album. Si, peut être, Dave chante bien. Mais un bon chanteur qui interprète des mauvaises chansons, au final, c’est pas la peine.

Oui, décidément, Depêche Mode, c’était mieux avant.

Le prince Woodkid adoubé ?

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Woodkid

Woodkid, comme son nom ne l’indique pas, est Lyonnais. Sa première chanson, « Iron », a fait un carton mondial. Et comme il a décédé de ne rien faire comme tout le monde, il a sagement pris son temps pour réaliser son album, plutôt que de le lancer pour surfer sur la vague. Ce musicien, inspiré par la musique classique, les arrangements grandioses, les ambiances épiques, a finalement sorti 14 chansons.

Mettons fin au suspense : oui, « Iron » est sur l’album.

Alors, c’est bon ? Oui, c’est bon. C’est même excellent, si l’on aime le style intimiste symphonique que l’ex réalisateur de vidéos a développé. C’aurait été l’album de l’année, si Bowie n’avait pas sorti le sien. Alors, bon, on peut, ici ou là, pointer un ou deux défauts, un petit peu d’ennui en milieu d’album, une envie de dire « D’accord, on a compris que tu étais déprimé, envoie les tambours japonais et les trompettes, maintenant », mais Woodkid, a trente ans, envoie un message aux réacs dans mon genre « Tu vois, on peut faire de la bonne musique, aujourd’hui ». C’est vrai, de la très bonne, même. Je m’avoue vaincu.

Mais ça ne durera qu’un temps. Dès l’année prochaine, son album aura un an, appartiendra déjà à une autre année, et je pourrai recommencer à dire « Vous voyez, c’était mieux avant, l’an dernier, il y avait Woodkid, et cette année, rien ». En attendant, il y a de quoi s’occuper. Ecouter et réécouter Woodkid et Bowie, essayer d’oublier Depêche Mode. Au moins, ils nous facilitent la tâche.

“La musique d’aujourd’hui est bien” …

…”Mais c’était mieux avant” ?

 

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21 COMMENTAIRES

  1. Ah ben voilà, on a fini par trouver une critique qui n’encense pas Delta Machine, bravo (l’article aussi, est plat, vous nous faites signe quand vous avez des arguments?)

    (et il n’y a pas d’accent circonflexe à Depeche Mode)

     
    • L’argument, le voici : je me suis profondément emmerdé en écoutant Delta Machine, chose qui n’arrive toujours pas lorsque je réécoute Violator 23 ans après. Tout le reste est subjectif. Mais pour l’accent circonflexe, vous avez raison. Mes excuses.

       
      • Ah ok, si c’est ça que vous appelez un argument, on comprend mieux, du coup…
        S’emmerder, c’est la subjectivité par excellence, non?

         
        • Toute critique musicale est subjective, non ? Essayez : il est juste impossible d’argumenter “scientifiquement” dessus. J’essaie quand même : le son de l’album reste le même, sans envolées ou aspérités qui font l’inspiration d’un disque. Les boîtes à rythme sonnent comme celles des orgues Bontempi. Les mélodies sont à peine ébauchées. Et ce qui faisait le charme de Depeche Mode avant, les moments de génie inspiré, comme “Enjoy the silence”, “Little 15″, Blasphemous rumors”, j’en passe (et tant d’autres), sont totalement absents.
          En gros, c’aurait pu être considéré comme un bon album, ci ce n’était pas Depeche Mode qui l’avait sorti, et s’ils n’avaient pas prouvé avant qu’ils savaient faire infiniment mieux.

           
          • Et il faut ajouter que je l’ai écouté, attentivement, quatre fois avant d’écrire ma chronique. Ceci pour éviter de passer à côté d’un de ces albums qui ne se dévoilent pas à la première écoute.

             
  2. Oui, moi je suis d’accord, Delta Machin c’est pourri, la preuve Dave Graham a des cheveux blancs, et Alan Fletcher est devenu trop gros.

    Et c’est, c’est objecfif, dedjiou !!!

    Stéphane “objectif”

     
  3. nan, mais t’as raison, Delta Machine c’est plat, sans aspérités ni inspiration, il n’y a rien, rien, rien à sauver dans cet album, entièrement d’accord, c’était mieux avant quand ils jouaient Tainted Love … Quant à dave, moi aussi je préferais quand il chantait vanina….

    Sur ce, je te laisse à tes articles merveilleux et plein de vérités…….. ou pas.

     
    • euhhh sauf que tainted love…c’est soft cell..enfin moi je dis ça;.je dis rien.
      Et perso, moi je l’aime bien delta machine…mais je ne suis pas objectif, je confirme.

       
      • AH bon ? c’est pas DM qui sort son 13eme album qui chante Tainted love, on m’aurait menti :p :p (c’était à prendre au second degré), cet album est juste une merveille et il fait parti du top 3 de mes préférés des 13…

         
        • Moi non, comme vous l’aurez compris. En top 3, j’aurai tendance à mettre “Violator”, “Music for the masses” et “Black Celebration”. Des albums variés, puissamment inspirés, quoi… Mais tout est une question de goûts. Ce que je dis dans mon article, c’est que, selon moi, Depeche Mode, c’était mieux avant. C’est un avis, une opinion, subjective. Je ne pense sincèrement pas que l’album va faire un flop parce que le gars de Funéraire Info que personne ne connaît (moi, quoi) n’a pas aimé. Si ?

           
  4. Vous devriez vous relire avant de poster vos “article”, je sais bien que l’on est sur “Funéraire info” mais dixit: “comme il a décédé de ne rien faire comme tout le monde,” ça l’fait pas,(ou alors c’est de l’humour enfin c’est juste mon avis !

    une petite question: vous jouez de quel instrument pour porter un jugement aussi négatif que “rien, rien, rien à sauver dans cet album” .

    Pour ma part je suis percussionniste!

     
    • Pardon pour les coquilles, là dessus, vous avez raison.
      Depuis quand faut il être musicien pour donner son avis sur la musique ? Il faut être acteur pour donner son avis sur le cinéma ? Mais puisque vous me posez la question, je suis bassiste. Un peu guitariste à l’occasion.

       
  5. Félicitation très bon article ! C’est exactement ce que j’ai ressenti à son écoute. Enfin une personne Objective qui ose dire la vérité ! Grosse déception pour ma part. Heureusement qu’il y a Angel (tube et futur standard du groupe) pour sauver un tant sois peu l’album. Etant fan ça me fait mal d’écrire ce genre de choses, mais l’album semble bâclé et les mélodies pas achevés. DM se repose sur ses lauriers (d’ancienne gloire) et essaye de nous fait passer cette amère pilule sonore. Le plus triste c’est que la majorité des fans et des critiques encense l’album. Dave pourrait chanter « tata yoyo » version électro que tous les fans trouveraient ça génial ! Pourquoi tout accepter les yeux fermés ? Est-ce si difficile de prendre du recul ? Aller je retourne écouter les bests of de DM, la je suis sur d’entendre de la bonne musique…

     
    • La plupart des fans que vous décriez avaient un avis plus négatif sur Sounds of the universe, une mauvaise impression beaucoup plus général s’en dégageait.
      Personnellement, j’adore Delta Machine et j’ai été beaucoup moins réceptif au très moyen Exciter. Donc inutile d’accuser ceux qui apprécient d’une espèce de fanatisme aveugle…
      Accuser ceux qui ont des goûts contraire aux vôtres de mauvaise foi, ne serait-ce pas là une belle démonstration de “la paille et la poutre”?

       
  6. Hum tient on dirait que j’ai touché la ou ça fait mal… Accuser est un très grand mot, je constate nuance. Mauvaise foi ? Qu’est-ce qu’il ne faut pas lire des fois…

     

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