Edito : Cimetières paysagers, crématoriums agréables, et droit Français…

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Les spécificités du droit français, en matière de crématoriums, sont censées garantir la notion de service public dans le funéraire. Ce qui part d’une bonne intention n’est il pas, par rapport à d’autres, la raison d’un retard préjudiciable aux familles ?

Crématorium, trente ans fermes

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Cimetière Berlinois

Les crématoriums trouvent leur origine à deux sources : soit des créations à l’initiative des collectivités territoriales, soit des initiatives privées. Dans ce dernier cas, la règle est simple : l’entrepreneur crée son pôle funéraire après agrément, et obtient une délégation de service public d’une durée maximale de trente ans. Au terme, l’ensemble revient dans l’escarcelle de la collectivité territoriale, qui est libre d’en réattribuer la gestion à un opérateur choisi. Entre temps, la collectivité pourra prélever une dîme sur chaque crémation.

Le système a été conçu pour que, malgré la libération des services funéraires, certaines prérogatives restent du domaine public : gestion, donc, de la crémation et gestion des lieux de recueillements. Certes, cela en garantit, en théorie, l’accès à tous. D’autres solutions seraient possibles, en la matière, si d’aventure ce système n’était pas satisfaisant. Dans les faits, il semble l’être. Tant qu’on ne regarde pas autour de soi.

Jalousies de voisinage

Nos voisins Allemands, Hollandais, Espagnols… Ont eux, libéralisé le système, autorisant la pleine propriété des crématoriums, et même les cimetières privés. Imaginez : une ancienne ferme rénovée. La salle de cérémonies se trouve dans le corps central. Décoration feutrée, parque de chêne massif, pierres et poutres apparentes. L’acoustique y est soignée. Un peu plus loin, dans la partie la plus récente du bâtiment, construit pour respecter le caractère du lieu, la salle de départ, la partie crémation, et une autre salle, destinée à recevoir les familles après les obsèques. Ici, elles peuvent organiser une collation pour l’assemblée, faire venir un traiteur.

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Cimetière Crooswijk, Rotterdam, Pays-Bas

Dans le hall d’accueil, à côté du petit salon ou les familles rencontrent les Maîtres de Cérémonies, une machine à café. L’employé lève un sourcil curieux lorsqu’on lui fait remarquer que le café est gratuit. Lorsqu’on lui explique qu’en France, il faut le payer, l’agent nous regarde comme s’il on était fou.

Le cimetière à côté est un parc. Une partie du lieu de recueillement fait d’ailleurs partie d’une réserve ornithologique. Plusieurs essences d’arbres et de plantes cohabitent, sous l’œil avisé des jardiniers. Ce sont des arboriculteurs spécialistes : ils savent où planter les arbres et comment s’en occuper.

L’on se fait la réflexion que le retour au pays sera dur, avec ses cimetières gris et gravillonnés, ou l’on croise de temps en temps un peuplier famélique, qui sera abattu à terme parce qu’il ralentit la tonte de la bande de gazon verdâtre de l’allée centrale.

Libéralisme forcené ?

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Cimetière de Leipzig

Le modèle économique chez nos voisins, particulièrement nordiques, repose sur le postulat que, confiés des intérêts privés, et donc à une concurrence acharnée, les espaces funéraires vont hisser la qualité vers le haut. Et ça fonctionne : encadrés par des lois qui garantissent que chacun a droit a des obsèques dignes, poussés à la qualité par des associations d’usagers sourcilleux, les crématoriums et cimetières privés privilégient l’investissement sur le long terme, haussant la qualité à des sommets.

Sans se poser de questions économiques : ici, on n’hésite pas à investir de smillions d’euros pour un crématorium qui fait 300 départs par an. Nul besoin de se soucier d’un quelconque couperet d’un retour au service public, l’objectif est juste de faire un meilleur accueil que chez le voisin.

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Ces espaces, crématoriums et cimetières, sont, à l’inverse, considérés comme une charge en France. Le but des collectivités ? En rationaliser la gestion, en amoindrir le coût, sans se soucier d’y attirer des gens : de toute façon, ils n’ont pas le choix. Certaines communes font des efforts, mais toujours dans le cadre d’initiatives isolées, quand le dossier est confié, chose trop rare, à des élus sensibilisés au sujet.

Le candidat constructeur de crématorium sera également tenté de ne pas trop en faire. Si un crématorium trop dépouillé sera un repoussoir, en revanche, la garantie d’exclusivité sur un territoire donné sera source de revenus garantis, alors pourquoi investir six millions quand deux peuvent suffire ? Surtout qu’à terme, l’équipement ne lui appartiendra plus, sans garantie de l’avoir rentabilisé.

Il n’est pas souhaitable de faire une révolution : l’histoire nous apprend que chacune d’entre elles a été suivie par une période de Terreur. Mais commencer dès à présent à remettre en cause notre système, en ne gardant en tête qu’une seule chose, l’intérêt des familles, est peut être un moyen, à terme, pour rattraper cet immense retard que nous avons pris. Il n’y aura pas de changement de mentalité à espérer, pour cette révolution-là : les familles aspirent déjà à mieux qu’une allée de gravier poussiéreux agrémentée d’un peuplier famélique.

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