Fin de vie, troisième et dernière partie

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Voici la troisième partie, et fin, de la réflexion de Régis Narabutin sur la fin de vie. Vous pouvez relire les deux premières.

La première partie se trouve ici

La deuxième partie se trouve ici

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cimetière

Une question est sur toutes les lèvres ….Une loi sur l’euthanasie permettrait-elle d’encadrer un suicide médicalement assisté ou peut-on réfléchir à une forme de testament de « fin de vie » ou de « liberté »,terme que préconise l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité après en avoir longuement parlé à un médecin traitant, à sa famille ou à une personne de confiance en l’absence de famille?

Louis Vincent Thomas, célèbre ethnologue disait dans son livre « Rites de mort pour la paix des vivants» qu’il est plus qu’urgent, dans nos sociétés fortement médicalisées de généraliser ce que l’on appelle le rite d’oblation pour les mourants qui consiste à « materner » et à « entourer » le moribond afin que les proches collaborent et permettent un certain partage de la mort et même si il n’était pas un partisan de ce mode de fin de vie, il pensait à ce propos que l’euthanasie posait un problème en ce sens où elle reposait sur une illusion de toute-puissance ou de maitrise de la vie, sur l’idée d’une recette technico-scientifique substituée à la recherche des procédures symboliques permettant de subjectiver sans trop de détresse psychique le passage que représente la mort d’un proche …et surtout sur une poussée individualisante car le désir de la mort du malade peut n’être que la traduction de l’entourage, voire de la société toute entière qui ne croit plus à la valeur de la vie et lui signifie par toutes sortes de messages  ce désir d’abandon.

Patrick Verspieren dans son ouvrage intitulé « Face à celui qui meurt » affirmait que « donner la mort au malade qui le demande, ce n’est pas nécessairement respecter sa liberté; c’est souvent le prendre au mot, c’est répondre par un acte mortifère à ce qui, dans bien des cas, est un cri d’appel. Donner la mort dispense d’entendre cet appel, cela peut aussi témoigner d’une grande méconnaissance des différentes phases par lesquelles peut passer un malade condamné….La phase de révolte, de dépossession et de désespoir. »

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A ce propos, Verspieren précise que les témoignages en ce sens sont légion, quand le moribond cesse de vivre dans la solitude et que l’on parvient à maîtriser sa souffrance et à l’accompagner dans sa phase terminale….Les demandes d’euthanasie se raréfient.

A mon sens l’euthanasie doit rester une solution ultime et exceptionnelle et je pense que Louis Vincent Thomas avait vu juste lorsqu’il énumérait les conditions dans lesquelles cet acte suprême et définitif pouvait être envisagé à savoir :

  • Toute initiative de cet ordre se doit d’être collégiale que ce soit du point de vue du patient lui même, de ses proches à plus fortes raisons si il est plongé dans le coma et du personnel soignant
  • Cet acte ne saurait intervenir de façon trop prématurée ce qui risquerait de neutraliser le travail psychologique fondamental que tout moribond actualise spontanément avant qu’il ne chute dans le coma et qui constitue le moment essentiel de l’acte de mourir. Savoir apprécier une euthanasie précoce d’une euthanasie tardive.
  • Enfin, il faut que le combat contre la mort dépasse les forces du malade pour qui la vie n’a plus de sens ou qui n’arrive plus à trouver un sens humain et qu’il n’y ait vraiment rien à faire ou à espérer

Ces trois conditions réunies qualifieraient alors l’euthanasie comme une échappée sinistre certes mais parfois incontournable de l’aide au mourant à condition que si celle-ci se voit un jour dépénalisée sous conditions exceptionnelles, il est à craindre qu’elle soit ou bien trop permissive ou bien trop restrictive.

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Qu’il s’agisse d’acharnement thérapeutique ou d’acharnement juridique, il est dangereux de se prononcer pour ou contre l’euthanasie car pour reprendre les mots de LVT, « Un oui pour une euthanasie possible, à condition que la lucidité l’emporte sur la passion, l’amour sur la technique, l’exceptionnel sur la règle et le respect de l’homme sur l’intérêt des autres ou de l’institution hospitalière ».

Pour parachever cette réflexion je finirai sur un extrait de Rudyard Kipling (1) qui déclarait dans son testament :

« Je ne crains rien, pas même ce sommeil que l’on appelle la mort,

J’espère supporter la souffrance avec l’aide des miens, je saurai subir ce qui doit être subi parce que c’est la loi commune.

[…]

Rien ne sera perdu de ce qui fut donné, je resterai toujours parmi vous car je vous laisserai le meilleur de moi-même, Ô fils de la Lumière, mes Frères »….

Régis Narabutin, Artisan thanatopracteur et Mouleur d’Art

Sources :

Le site internet de Wikipedia

Hubert Larcher d’après des discussions et des échanges de courriers personnels

L’ Odysée de la Conscience (Société de thanatologie en 1981)

Paul Clerc d’après des discussions et échanges de courriers personnels et d’après une étude faite par ce dernier au sujet des travaux d’Hubert Larcher.

(1) Rudyard Kipling est né le 30/12/1865 à Bombay et mort à Londres le 18/01/1936, c’était un écrivain, contemporain de Mark Twain et de Conan Doyle.

Le Livre de la Jungle et le célèbre poème intitulé « If » (Si, en français) le rendirent célèbre, il reçu le Prix Nobel de Littérature en 1907.

Ses cendres reposent dans le Poet’s Corner de l’Abbaye de Westminster.

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