Interview : Les armes à feu en France

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Suite à la tuerie dans le cinéma aux Etats-Unis, nous nous sommes posés la question du pourquoi et du comment de ce genre de drames. Et c’est naturellement vers un passionné d’armes à feu que nous nous sommes tournés pour cette Interview. Bob (qui a souhaité garder l’anonymat) témoigne sur les armes à feu en France et aux Etats-Unis. Nous vous livrons l’entretien tel quel, quasiment brut de fonderie (reformulé avec l’accord de l’interviewé).

Bob, peux-tu te présenter pour nos lecteurs ?

Bien sûr. Je suis tireurs sportif depuis 25 ans, dans un club de province.

Tu collectionnes les armes à feu ?

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Manurhin

Collectionner, c’est un grand mot. J’en possède plusieurs, j’en revend régulièrement pour en acheter d’autres, en un mot, je fais tourner. J’en possède neuf actuellement, dont un Manurhin de fabrication Française devenu rare.

Tu les revends à qui ?

Pour t’expliquer, il faut d’abord que je détaille le schéma. J’ai un permis de détention d’arme. Pas de port d’arme, ça n’existe pas en France. Toutes mes armes sont enregistrées auprès de la préfecture. Quand je veux revendre une arme, je dois aller au commissariat, déclarer mon intention de la vendre. La police me délivre alors un papier comme quoi j’ai le droit de l’emmener chez l’armurier. De là, avec l’arme et le papier, je vais chez un armurier spécialisé, qui l’achète ou la met en dépôt vente, et me délivre un papier attestant que je ne suis plus en possession de l’arme, papier que j’envoie à la préfecture.

Et ce permis de détention d’armes te donne droit à quoi ?

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Le célèbre Beretta 92 FS popularisé par les feuilletons...

A avoir des armes chez moi, sous certaines conditions, que j’ai le droit de transporter de mon domicile au club de tir, par le trajet le plus direct.

Imaginons que je sois sur le chemin du retour vers chez moi avec mes armes, et que ma femme m’appelle pour que je fasse un crochet de cent mètres par la boulangerie, pour acheter du pain : c’est non, strictement interdit.

Durant le transport, l’arme doit être neutralisée, soit par un verrou spécifique, soit démontée et disséminée. Quelqu’un qui me braque ne doit pas pouvoir me voler une arme en état de marche. Au pire, il aura une carcasse complètement inutilisable.

Qu’est-ce qui te motives ?

La précision. Le calme et la concentration que ça demande de toucher une cible à plusieurs mètres. Et puis les armes : ce sont de petits bijoux de précision artisanale.

Il y en a beaucoup, dans mon club, qui évoluent vers les armes anciennes, à poudre noire. Je crois qu’en chaque tireur sportif, il y a un horloger qui sommeille.

Comment fait-on pour l’obtenir, ce permis ?

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Il faut aller s’inscrire à un club de tir sportif. Au bout de six mois de pratique assidue, tu as droit de demander ta détention d’arme. Le président du club te délivre alors un certificat d’assiduité et un avis. Muni de tout cela, tu fais une demande. Ca ne veut pas dire qu’elle sera acceptée.

Le président du club est responsable. Si tu ne respectes pas les règles de sécurité, il peut appeler la police pour dire : ne donnez pas de permis à ce gusse.

Il faut savoir que si un tireur sportif fait un carton sur un badaud, la police peut venir demander des comptes au président du club qui avait appuyé sa demande de détention d’armes. Il est personnellement engagé. Au moment d’élire un président de club, on ne peut pas dire que les candidatures se bousculent. Certes, il connaît les anciens mais quand arrive un petit nouveau, il est partagé entre son envie de transmettre sa passion et sa responsabilité. On ne connaît le gars ni d’Eve ni d’Adam : qui dit que, sous ses dehors sympathiques et poli, il ne va pas entrer dans un cinéma pour dessouder le public ?

Ce qui est important de retenir, c’est que les armes ne sont pas en vente libre en France.

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Carabine calibre 22

Et la Sainte Vierge tient une buvette à Lourdes ? Il n’y a pas que le réseau des clubs de tir sportif. Avec un permis de chasse, tu peux acheter un fusil avec des cartouches de chasse aux sangliers. Ca fait mal. Avec une carte d’identité, tu peux acheter une carabine 22. Et une 22 suffit amplement à faire un carnage dans un espace clôt, dans une salle de cinéma, au hasard, si tu t’approches suffisamment près de la cible.

Et puis il y a les réseaux invisibles. Tout le monde connaît quelqu’un qui connais quelqu’un qui connaît…

C’est quand même dur de se procurer une arme, non ?

Tu m’as dis que tu voulais m’interviewer sur les gars qui commettent des massacres. Regarde tous ce qu’ils ont en commun : ils ont préparé leur truc depuis des mois. Si le gars n’est pas bête, il va se rapprocher de qui va bien, un dealer de shit, qui connaît un gars plus important, qui connaît un gars encore plus important, et il y en a toujours un, en bout de chaîne, qui sera prêt à te vendre un AK47.

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AK47, aussi connu sous le nom Kalachnikov

Tu serais surpris de savoir à quel point c’est facile, si tu es déterminé et patient.

Et il y a d’autres filières. Je ne vais évidemment pas les donner en public.

Alors, ce genre de choses peut se produire en France ?

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Ca s’est déjà produit. Rappelle-toi Richard Durn. Lui, c’est spécial : il avait trompé un président de club de tir. A qui, je rappelle, on demande de faire un boulot de psy, alors qu’il n’est pas formé pour ça. Mais ouvre ton journal, tu verras que les armes automatiques de gros calibre, il y en a et certains en usent…

Mais cela se produit beaucoup plus souvent aux USA, non ?

Je crois que c’est sociétal. La pression est plus forte, là-bas : C’est marche ou crève, un terreau propice aux pathologies mentales.

Le fait que les armes soient en ventes libres aussi joue. Au moins, en France, on fait un tri. A chaque fois qu’un type tire sur un autre, on s’en prend aux tireurs sportifs, alors qu’il n’y a pas plus sûr. On est tellement suivi et contrôlés, il n’y a jamais de soucis chez nous. Ou beaucoup, beaucoup moins proportionnellement.

A moins d’interdire toutes les armes, dans le monde entier, il y aura toujours, toujours un moyen pour celui qui est déterminé à commettre une atrocité de s’en procurer.

Pour ce qui est des armes, tu as vu « Lord of war » ? Tout est dit dans ce film. Les lobbys, les intérêts.

Mais, par exemple, la sécurité, avec tes enfants ?

Sécurité maximum. Mes enfants ne savent même pas que j’ai des armes. Quand je vais au club, je dis « papa va faire du sport ». J’ai les armes dans un coffre, quelque part dans ma maison, les percuteurs dans une autre coffre ailleurs dans ma maison, et les munitions dans un coffre au club.

Et si un jour, j’ai un doute sur la sécurité, j’arrête. Ma famille passe avant ma passion. Et c’est un point commun à tous les collègues.

Conformément à la tradition, le mot de la fin est pour toi.

Tout d’abord, il ne faut pas confondre les tireurs fous avec les tireurs sportifs. Nous, on est passionnés par la balistique, le côté précis d’une arme. On aime tirer sur du carton avec une sécurité maximum. Personne, dans mon club, à ma connaissance, ne chasse, déjà : tirer sur quelque chose de vivant ? Non, merci. Ce sont deux activités bien distinctes. On n’est pas non plus des fous de l’autodéfense. Comme je l’expliquai, les armes chez moi sont inutilisables.

Les gens peuvent dormir tranquille : les probabilités pour qu’ils meurent par arme à feu sont mille fois inférieures à celles de mourir empoisonnés par une piqûre d’abeille. Il faut le dire et le répéter : nous vivons dans une société ou nous sommes bien protégés. Plus, ce serait au détriment de la liberté individuelle.

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6 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,
    Pas mal d’âneries dans cette inteview. La détention d’armes vaut titre de transport (bien évidemment sous conditions) l’histoire de la boulangerie est parfaitement ridicule. Par ailleurs, dire ou pas à sa famille que l’on possède des armes relève d’un choix personnel, mais à ce niveau, l’on peut très vitre confondre avec paranoïa et vivre dans une dissimulation clostrophobe. Pourquoi se cacher de ses liens les plus proches? il y a un mal? Si l’intéressé pense que oui, mieux vaut qu’il s’oriente vers la pâche à la ligne… Et encore posséder plusieur coffres pour désosser les armes entre eux, no comment! Je pourrais développer, il y a beaucoup à dire et à redire, ce serait rop long. Bob est probablement sincère, ce qui est plus grave: dire n’importe quoi, c’est désinformer et à ce sujet, c’est aller à l’encontre de notre éthique.
    Que le bon lâcher soit avec vous
    Amicalement

     
  2. Oui l’interviewé dit pas mal de bêtise… Par exemple sur la 22 lr : une carte d’identité ne suffit pas ! Il faut aussi une licence de tir ou un permis de chasser en cours de validité.

     
  3. Bonjour,

    Il est inexacte de dire que l’on doit prendre le chemin le plus court pour se rendre au stand de tir depuis chez soit. La la licence de tir vaut titre de transport légitime jusqu’au stand. Aucun article de loi, aucun décret d’application, rien ne définit que cela doit se faire par le chemin le plus court et que l’on n’a pas le droit de faire un détour à la boulangerie. L’arme doit être transportée en sécurité avec les autorisations pour lesdites armes et la licence de tir.

    La vente d’armes entre particuliers sans passer par un armurier est possible et légale aujourd’hui. En effet une loi prévoyait qu’elle devait se faire via un armurier mais le décret d’application n’a jamais été publié à ce jour.

    Cacher à sa famille le fait que l’on est tireur et que l’on possède des armes est une mauvaise méthode. Lorsqu’on a un gamin il vaut mieux lui expliquer l’amener au stand de tir lui apprendre ce qu’est une arme et les règles de sécurité. Il vaut mieux un gamin qui sait utiliser une arme là où il faut et comme il faut plutôt qu’un gamin qui ne sait pas ce que c’est et qui fantasme sur le concept “arme” devant des jeux vidéo où il doit tirer partout.

    La loi française est plutôt bien faite. Elle permet aux tireurs sportifs de pouvoir acheter et détenir des armes après avoir appris dans un club ce qu’est une arme, la sécurité spécifique à la détention et au transport des armes, après avoir été vu en séance de tir par les membres du club et son président, après être passé devant un médecin qui s’engage en disant qu’il ne voit aucune contre-indication à ce que ladite personne soit détentrice d’armes à feu, après avoir acheté un coffre, après que la préfecture ait enquêté sur son passé judiciaire (volet n°2 + interrogation du fichier stic.) Je suis tireur sportif depuis plus de 30 années et je trouve que c’est très bien ainsi : une arme ne doit être détenue que par une personne qui sait l’utiliser, qui connait les règles, qui est équilibrée psychologiquement, et qui a les moyens d’éviter qu’autrui s’en serve sans son accord et son contrôle.

    L’achat d’une carabine .22 Long-Rifle nécessite la licence de tir et une pièce d’identité.

    L’histoire des coffres multiples est un probablement un joke.

    N’oublions pas que nous sommes dans un pays de libertés. La détention d’une arme de tir par un citoyen français est donc autorisée en France. Evidemment cela implique un certain nombre de conditions (motivation légitime, connaissance des armes, de la loi, des règles élémentaires) et il semble normal qu’une autorité (préfecture de police) vérifie que celles-ci soient remplies avant d’autoriser une personne à en détenir.

     

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