Interview Michel Leclerc, partie 2

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Michel Leclerc, comme nous l’avons vu dans la première partie, a combattu très tôt les monopoles. Après l’essence, il décide d’investir le secteur des pompes funèbres. Les carburants feront un peu coup d’essai, pour l’homme, qui met les pieds dans un secteur qu’il ne lâchera plus, qui ne le lâchera plus.

Michel-LECLERC-07-02-11-198x300 Interview Michel Leclerc, partie 2 Une révolte ? Non, une révolution

Michel Leclerc se lance alors avec ce qui deviendra Roc’Eclerc. D’emblée, les pouvoirs publics, très attentifs, ne font rien pour lui simplifier la tâche.

« Le premier convoi a eu lieu en 1982-1983, et ça a été compliqué. C’étaient les obsèques d’une petite fille, et la famille nous avait fiat confiance, malgré tout ce qu’on disait de nous, dans les hôpitaux, les mairies. Il subissaient des pressions. On a quand même pu faire la mise en bière, et on s’est acheminés vers le cimetière. La, les grilles étaient fermées. Devant, il y avait les élus, avec leurs écharpes bleu-blanc-rouge, et les CRS. » étonnement : les CRS ? « Oui, les CRS, qui venaient nous empêcher d’inhumer, ils étaient là à la demande de ces élus. » Tout ça a dû mal finir ? « On a palabré, palabré, mais les élus n’en démordaient pas. On était devant la porte du cimetière, avec le corbillard, le cercueil dedans, la famille… Il y avait deux autres corbillards, qui attendaient en retrait, celui des Pompes Funèbres Municipales et celui d’un grand opérateur national. » Et les élus cautionnaient cela ? « C’étaient les plus vindicatifs. Il y en avait des connus, certains seraient amenés à exercer de hautes responsabilités… ». Et comment s’est fini cette histoire ? « Les élus m’ont dit qu’ils avaient donné au commandant des CRS l’ordre d e m’empêcher de rentrer dans le cimetière. Vous vous rendez compte » l’indignation transparaît dans sa voix « On était là, avec cette pauvre petite fille, sa famille, tout, et les élus nous expliquaient qu’ils nous empêcheraient de rentrer par la force. » et il l’a fait ? « J’ai regardé le commandant des CRS dans les yeux. Ca a duré bien trois minutes, on s’est regardés, sans rien dire. Puis, il s’est tourné vers les élus, et il leur a dit ”Moi, j’ai ordre de le laisser passer” ». Vous l’aviez convaincu ? « Non ; il avait reçu l’ordre. » de qui « de plus haut » d’où, d’un ministère ? « Non, de plus haut… ».

Nous avons gagné une bataille…

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Et les obsèques se ont enchaînées, « Les familles nous faisaient confiance, bien qu’elle sachent qu’on essaierai de nous mettre des bâtons dans les roues. Mais on subissait des pressions au quotidien. Personne n’était de notre côté. Les élus signaient les papiers contraints et forcés, les églises étaient fermées pour nous. » les églises « Oui, comme si pour eux nous étions une hérésie. Chez certains, pas tous. Heureusement, je connais du monde, moi aussi. J’appelai directement l’évêché. ».

« Une fois, à Arcachon, on était en train de faire des obsèques, là bas, l’église était fermée, le cimetière était fermé, et les élus voulaient nous empêcher de procéder aux obsèques. Je leur ai dit ”J’étais venu acheter une bourriche d’huîtres, mais je suis tombé sur un panier de crabe” » jolie phrase « J’ai vu dans leurs yeux qu’ils avaient honte. Ils ont réalisé ce qu’ils étaient en train de faire, et ils ont eu honte… ».

Mais pas tout à fait la guerre

Et pendant ce temps la, les procès continuent. Les juridictions sont de plus en plus haute, jusqu’à arriver à la cour de justice Européenne, qui déclare le monopole illégal. « C’était une victoire. Ça revenait à dire qu’on avait raison. » entre temps, il y a eu des procès, par centaines. « dans certains tribunaux, les juges ne me demandaient plus de décliner mon identité. Ils m’appelaient Michel ».

Rappelons que Michel Leclerc a eu plus de 1700 procès dans sa vie. Un homme de caractère moins prononcé aurait laisser tomber au bout du troisième. On sent dans son ton à la fois la passion, et une forme d’ironie, que lui confère le recul. Il a fini par gagner.

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« Gagner ? La fin du monopole, oui, mais il y a encore tant de choses qui vont de travers. Il existe encore, à certains endroits, des monopoles de fait. On entend encore des gens dire ”On va aux pompes funèbres municipales” et qui pensent avoir affaire à un service public ! » Et suit une liste impressionnante de choses que Michel Leclerc souligne pour mieux dénoncer. Ses luttes ne sont pas finies.

Se faire un nom

L’homme s’est fait un nom. Il a vendu sa société emblématique, finalement, pour se consacrer à autre chose. « Mais ils ne respectent pas la charte. Dans le contrat de vente, ils devaient s’engager sur des tarifs, bien inférieurs à ceux du marché, mais ils ont fini par se retrouver au même niveau. A cause des fonds de pension, des actionnaires : ils veulent gagner de l’argent, peu importe le type de service qu’ils commercialisent. L’éthique du funéraire leur importe peu. D’autres exploitent mon nom. » Son nom ? « Oui, allez sur Internet, vous verrez le nombre de Leclerc, ds gens qui ne s’appellent pas du tout comme ça, mais qui voudraient faire croire qu’ils sont moi, ou bien qui jouent sur le fait que,dans l’esprit des gens, Leclerc, c’est moins cher. Je me suis toujours battu pour les obsèques moins cher, mais eux n’ont rien à voir avec moi. Eux ne sont pas moins cher, et ils abusent les gens. »

On finit par poser la question : à 73 ans, il n’a pas envie de souffler ? « Souffler ? » oui, de profiter… « Profiter de quoi ? » rétorque-t-il, taquin, avant de poursuivre « C’est comme ça que je profite. Si je m’arrêtais, je ferai quoi ? Je profite de ma vie en en faisant quelque chose. Et j’ai des projets à mener, il y a des choses à faire ».

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