Jérôme Cahuzac, enterrement de première classe ?

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Jérôme Cahuzac a démissionné : le ministre du budget, pris dans la tourmente d’une affaire financière, a donc décidé de quitter le gouvernement pour assurer sa défense et pour ne pas nuire à la législature. Il aura le temps de nous lire, ce qui tombe bien…

Avis de décès ?

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"Bon, je vais répondre à son courrier, maintenant que j'ai le temps"

A la lecture des réactions suite à la démission du ministre, l’on a pu parfois se demander s’il n’était pas mort, à ce propos. Un grand journal télévisé, qui ouvrait sur la nouvelle, un séisme que personne n’avait vu venir, a ensuite diffusé un sujet sur lui, sa famille, son éducation, son parcours professionnel, son entrée en politique, et s’achevait sur ces mots « Il a donc démissionné ce soir ».

Un jour, le rédacteur en chef d’un grand quotidien régional m’expliquait que les nécrologies de la plupart des hommes publics étaient prêtes, dans un disque dur, et qu’il n’y avait plus qu’à écrire la première et la dernière phrase. C’est un truc qu’on apprend en école de journalisme : écrire un texte neutre, dont le sens est donné par les premières et dernières phrases.

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"Ah, zut, les soins de conservation, on met ou le H, déjà ?"

Franchement, je ne sais pas vous, mais le reportage sur Jérôme Cahuzac faisait assez penser à une nécrologie toute prête, dont on aurait remplacé la première phrase, « Le décès soudain du ministre du budget » par « la démission soudaine du ministre du budget ».

Un grand journaliste politique a d’ailleurs parlé de la « mort politique de Cahuzac ». Nous n’ironiseront pas sur les prédictions précédentes de cet éminent politologue, qui allaient de la sortie de la crise en 2012 et la réélection triomphale de Nicolas Sarkozy face à François Hollande, entre autres, mais nous nous permettrons tout de même de lui faire remarquer que les morts politiques comptent un certain nombre de Christ : ressuscités la troisième année, un peu plus long, mais tout aussi efficace. Jacques Chirac, Lionel Jospin ont été donnés morts politiquement, quelques années avant que l’un ne devienne président de la république, et l’autre premier ministre. Avant l’affaire du Sofitel, et celles qui se sont ensuivies, DSK avait déjà été donné pour mort politiquement… Trois fois en vingt ans.

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2013-02-20T161828Z_1402883815_PM1E92K1BGH01_RTRMADP_3_FRANCE_0-300x224 Jérôme Cahuzac, enterrement de première classe ?
"Tanathopraxie, tanatophraxie, tanatopraxihe... Je vois vraiment pas !"

Cette mort politique n’est donc pas « constante et réelle ». Il faudrait juste le rappeler à certains qui cèdent peut être à la tentation de recycler leurs éloges funèbres lors des démissions. Ça vaut aussi pour ses collègues, qui arboraient un masque de tristesse digne, comme s’ils avaient perdu un ami. Il répond au téléphone, si vous l’appelez, vous savez ? Même l’opposition a parlé du Ministre Cahuzac avec componction et quelque chose qui ressemble au respect dû à un défunt.

Un ministre dans Funéraire Info ?

Mais, vous demanderez-vous, à juste titre, pourquoi soudain Funéraire Info nous parle de politique ? Rien de plus logique, en fait, ce n’est pas la première fois, et ce n’est pas aussi souvent que nous le voudrions, d’ailleurs. Nous avions constaté, au moment de la présidentielle, que les politiques, d’habitude si loquaces et à l’aise, souffraient d’étrange symptômes quand on leur parlait de funéraire : pâleur soudaine, regard perdu dans le vide, lippe pendante et mutisme, avant d’êtres saisis d’étranges symptômes, des gestes frénétiques, une pantomime adressée à leurs aides, dont la signification est universelle « Débarrasse-moi de ce type avant que je ne soie obligé de répondre ».

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"Allô, Jean-Marc, dis moi, tu sais, comment ça s'écrit, toi, le travail des embaumeurs ? Tu peux me trouver quelqu'un qui sait, j'ai vraiment pas envie de me retrouver en stage aux pompes funèbres avec l'autre zozio, moi !"

Jérôme Cahuzac l’avait fait, lui. Il avait parlé de funéraire, et plus précisément de TVA dans le funéraire, et il s’était planté, à pas grand-chose, il faut le dire, une phrase malheureuse : « Il s’agit de moments particulièrement douloureux pour les familles, encore que je ne sois pas certain qu’un coût moindre puisse, de quelque façon que ce soit, en atténuer le chagrin ». Mais planté quand même. Je lui avais écrit une lettre, à laquelle le Ministère nous avait promis une réponse. Nous l’attendons toujours. Vous pouvez relire cette lettre ouverte ici.

Toutefois, il avait fait l’effort d’en parler, même si c’était pour répondre à une question. Nous trouvons dommage de briser ainsi une vocation, mais nous sommes confiants. Confiants parce que nous croyons que Jérôme Cahuzac reviendra un jour. Coupable ou innocent, d’ailleurs : le plus dur n’est pas de trouver une personne condamnée occupant un poste politique, mais de trouver une personnalité politique qui ait un casier judiciaire vierge, sans même une condamnation effacée. Ensuite, Jérôme Cahuzac est réputé travailleur, connaissant sur le bout des doigts ses dossiers, ce qui est encore plus rare (regardez les CV des ministres de l’agriculture ou de la défense de la cinquième république, histoire de rire un peu) et surtout, surtout, il a deux qualités indéniables : la lucidité et l’intégrité. La lucidité de voir que les chiens lâchés à ses trousses ne desserreraient pas la mâchoire, et l’intégrité de démissionner de ce gouvernement pour ne pas lui nuire.

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Et nous avons décidé de prendre les choses en main : après tout, la TVA sur le funéraire est toujours aussi élevée, les familles paient le prix fort, et nous avons un ministre, dont nous avons constaté qu’il était un ministre travailleur, qui dispose soudain de beaucoup de temps libre.

Aussi, nous avons un message à lui adresser : « Cher Monsieur Cahuzac, je vous avais écrit une lettre, à laquelle vos assistants m’avaient promis une réponse que j’attends toujours, mais je ne vous en veux pas. J’ai appelé un copain qui a une société de pompes funèbres, et il est d’accord pour vous prendre en stage. Comme ça, vous connaîtrez le métier de l’intérieur, vous verrez les familles, et la prochaine fois qu’on vous interpellera, à l’Assemblée Nationale, sur la TVA, vous ne répondrez plus que ça n’adoucira pas la peine des familles. L’ami en question m’a dit que vous pouviez commencer dès demain matin, il a une exhumation au cimetière, suivie d’une inhumation d’indigent. ».

Ce serait une forme inédite de résurrection politique : un ministre qui profiterai d’une de ses morts pour aller voir sur le terrain la réalité quotidienne de ses administrés. Une nouvelle version du Paradis.

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