La “messe rouge”, une exécution en 1960

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Aujourd’hui, c’est la journée mondiale contre la peine de mort. Loin de vouloir, dans un sens ou dans l’autre, vouloir militer, puisque nous estimons, à Funéraire info, que chacun est libre des ses opinions et seul juge de son éthique, nous avons voulu simplement décrire le processus d’une exécution capitale en France jusqu’en 1981.

guillotine-300x225 La "messe rouge", une exécution en 1960Verdict

« La Cour.
Vu la déclaration du jury portant que Mr Lucien Condamné est coupable d’avoir à Paris, le …, volontairement donné la mort à Mr Paul Victime, négociant en joaillerie, ledit homicide volontaire ayant été commis avec préméditation ;
Ouï le ministère public en ses conclusions ;
Ouï le conseil de l’accusé et l’accusé lui-même qui a eu la parole le dernier ;
Vu les articles 295, 296, 297 et 302 du Code pénal qui sont ainsi conçus :
Vu les articles 12, 26, 36 du Code pénal et 368 du Code d’instruction criminelle qui sont ainsi conçus :
Art. 295. – L’homicide commis volontairement est qualifié ” meurtre “.
Art. 296. – Tout meurtre commis avec préméditation ou guet-apens est qualifié ” assassinat “.
Art.297. – La préméditation consiste dans le dessein formé, avant l’action, d’attenter à la personne d’un individu déterminé, ou même de celui qui sera trouvé ou rencontré, quand même ce dessein serait dépendant de quelque circonstance ou de quelque condition.
Art.302. – Tout coupable d’assassinat, de parricide ou d’empoisonnement sera puni de mort, sans préjudice de la disposition particulière contenue en l’article 13 relativement au parricide.
Art.12. – Tout condamné à mort aura la tête tranchée.
Art.26. – L’exécution se fera sur une des places publiques du lieu qui sera indiqué par l’arrêt de condamnation.
Art.36. – Tous arrêts qui porteront la peine de mort, des travaux forcés à perpétuité et à temps, la déportation, la détention, la réclusion, la dégradation civique et le bannissement seront imprimés par extraits. Ils seront affichés dans la ville centrale du département, dans celle où l’arrêt aura été rendu, dans la commune du lieu où le délit aura été commis, dans celle où se fera l’exécution, et dans celle du domicile du condamné.
Art.368 du Code d’instruction criminelle. – L’accusé ou la partie civile qui succombera sera condamné aux frais envers l’Etat et envers l’autre partie.
En exécution de ces dispositions de la loi, la cour et le jury, après en avoir délibéré en chambre du conseil :
Condamne Mr Lucien Condamné à la peine de mort ;
Ordonne qu’il sera conduit sur une place publique de Paris pour avoir la tête tranchée ;
Le condamne aux frais envers l’Etat…
Lucien Condamné, vous avez trois jours francs pour vous pourvoir en cassation contre l’arrêt. Passé ce délai, vous ne serez plus recevable à le faire.
Qu’on emmène le condamné. »

Derniers jours

180px-Halifaxengine La "messe rouge", une exécution en 1960Lucien Condamné est seul dans sa cellule : à moins qu’ils ne soient trop nombreux, les condamnés à mort ne peuvent en aucun cas partager leur cellule avec un autre prisonnier. Si leur nombre était trop élevé, toutefois, un condamné à la peine capitale ne pourrait partager sa cellule qu’avec un autre condamné à la même peine, le temps qu’une solution soit trouvée.

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Il est dans une petite cellule dont le mobilier est réduit au minimum : un lit fixé au mur et un tabouret fixé au sol. Une grille donne sur l’extérieur, qui laisse passer un peu de lumière, et une autre grille donne sur une seconde pièce, à l’intérieur. Dans cette pièce, sept jours sur sept, vingt quatre heures sur vingt quatre, un gardien veille à ce que Lucien Condamné n’attente pas à ses jours, ni ne tente de s’évader. Le gardien reçoit la visite d’un supérieur au minimum une fois pendant son quart, et Lucien Condamné une fois par jour a droit à la visite d’un surveillant chef. Celui-ci évalue son état général, et s’enquiert du désir du condamné de recevoir la visite de son avocat ou d’un aumônier, les seules autorisées.

Les seuls échanges auxquels il a droit avec son gardien doivent se cantonner aux demandes utilitaires. Il a accès aux livres de la bibliothèque de la prison, qui lui sont amenés par un gardien. Il a le droit, s’il le souhaite, à un supplément de nourriture chaque fois qu’il en fait la demande. Il peut fumer à volonté dans sa cellule, les cigarettes lui étant fournies par l’administration pénitentiaire, achetées sur son pécule, ou apportées par son avocat, de la part de la famille du condamné.

Il a le droit d’avoir des photographies de sa famille dans sa cellule, à condition d’en avoir demandé l’autorisation, et son alliance est le seul bijoux qu’il est autorisé à porter.

Une fois par jour, pendant une heure, il se promène, menotté et escorté de deux gardiens, dans la cour de la prison. Il a une douche une fois par semaine, est est rasé aussi souvent qu’il le souhaite par le barbier de la prison, sous la surveillance d’un gardien.

Lorsqu’il est dans sa cellule, il porte des entraves aux pieds, qui ne lui sont ôtées que pour la promenade. Le soir, une équipe de gardiens entre pour lui passer des menottes, pour la nuit. Ils inspectent la cellule et sondent les barreaux.

Il est vêtu de l’uniforme de la prison.

La veille

Le pourvoi en cassation est examiné, et la décision doit être rendue à date choisie. Si celle-ci est rejetée, le directeur de la prison reçoit l’ordre de livrer le détenu à l’exécuteur et de mettre à sa disposition un lieu d’exécution. Le rituel, bien rôdé, se met en place. Le soir, après que le condamné se soit endormi, des gardiens viennent placer des tapis dans le couloir qui mène à sa cellule.

La messe rouge

weidmann-marche-vers-la-guillotine La "messe rouge", une exécution en 1960
Condamné marchant vers la guillotine (ici, Eugène Weidmann en 1939)

Quatre heures avant l’exécution, vers deux heures du matin, des renforts de police arrivent et barrent l’entrée de a prison. Nul, en dehors du personnel pénitentiaire et des invités spécialement habilités ne peuvent plus accéder à l’établissement. Les personnes choisies pour assister à l’exécution se présentent à l’entrée et sont escortées jusqu’au bureau du directeur. Là, ils attendent.

Lorsque lui et ses assistants ont fini de monter la guillotine, l’exécuteur se rend jusqu’au bureau pour aller prévenir que tout est en place. Les témoins se rendent au lieu d’exécution. Les officiels, eux, accompagnent les gardiens.

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Arrivés au bout du couloir ou ont été disposés les tapis, les gardiens enlèvent leurs chaussures. Le bruit de leur pas totalement étouffés, ils ouvrent alors rapidement la cellule du condamné et l’immobilisent si nécessaire. Un se place en travers de la porte, l’autre au pied du lit, le troisième au fond sa cellule. Les officiels entrent alors. Les avocats réconfortent leur client alors que le procureur l’informe du rejet de sa grâce.

Le condamné est alors mené à travers la prison. Dans une première pièce, on lui propose de se changer. Il peut se débarrasser de sa tenue de détenu est revêtir des vêtements civils. On le menait ensuite au greffe de la prison, ou étaient disposés une table, une chaise, un stylo et du papier. Le condamné pouvait écrire une dernière lettre.

Puis le juge présent demandait au condamné si il avait quelque chose à déclarer. L’aumônier alors s’isolait avec le condamné dans un coin de la pièce pour le confesser et lui donner la communion, si tel était son souhait.

L’homme est alors assis, et on lui proposait le « dernier verre », généralement du rhum. C’était en réalité à discrétion : il pouvait en boire toute la bouteille si il le souhaitait. Il a également droit à la dernière cigarette, en fait limitée à deux. Dans certains cas, on a proposé au condamné une boisson chaude, chocolat ou café.

L’exécution

Le condamné est alors délivré de ses entraves, sous haute surveillance, et signe sa levée d’écrou. Il est entré libre en prison, et en sort libre. Cette particularité s’explique par le fait que la peine de mort est exécutée par un représentant du parquet, pas de l’administration pénitentiaire.

Promptement, deux aides du bourreau lui lient les mains dans le dos et les chevilles, de façon à ce qu’ils ne puissent plus faire que de tout petits pas. Son col de chemise est coupé, ses cheveux rasés sur la nuque. Il est alors, soutenu par les aides, dirigé vers la cour, ou tout est rapide. Il est mené devant la guillotine, placé sur la bascule. Le bourreau lui-même vérifie que la nuque est bien dégagée, fait basculer la planche, et un aide place la tête dans la lunette. Dans de nombreux cas, à ce moment là, il donnait un coup violent sur la nuque du condamné pour abréger sa conscience. L’exécuteur, lorsqu’il peu voir les deux mains de son aide, fait fonctionner le déclic, et la lame, poussée par un contrepoids de quarante kilos, tombe.

Un médecin légiste s’avance, complète un certificat de décès et un permis d’inhumer, sans y mentionner la cause de la mort. Le corps est alors conduit au cimetière le plus proche, pour y être inhumé dans un carré réservé aux condamnés, sauf si la famille avait demandé à disposer de la dépouille. Le directeur sort de la prison et placarde sur le portail un procès verbal d’exécution.

Il est sept heures du matin.

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