La mort en prime time : la (mauvaise) humeur de Guillaume

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La téléréalité tue. C’est un fait incontournable, mais, comme pour tout un chacun, dès lors qu’elle a du sang sur les mains, elle acquiers des droits : celui d’une défense équitable, de faire valoir un contexte ou des circonstance atténuantes. Mais c’est au procureur que Funéraire Info donne la parole…

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FX, un candidat lucide, certainement pas en butte à un problème d'identité...

La télé réalité tue, ce n’est pas nouveau, ce n’est pas non plus un mystère.

Ce soir, vous assisterez nombreux à la finale de Secret Story. L’émission de TF1 est elle-même inspirée de Loft Story, sur M6, qui était elle-même adaptée de Big Brother, une émission anglo-saxonne. Rapellons que le Big Brother en question est l’entité de 1984, de Georges Orwell, un roman qui décrit une société futuriste totalitaire ou les citoyens sont surveillés en permanence pour parer à toute velléité de rébellion.

Autant dire tout de suite que les intentions affichées de la production ne sont pas bienveillantes à l’égard des candidats, qui manquent peut être un peu d’esprit critique et de culture littéraire pour faire le lien. Parce que dans 1984, Big Brother n’est pas « la voix », cette entité qui surveille, punis et récompense. Big Brother est juste là pour surveiller et punir.

Et ce qu’attends ce régime totalitaire, c’est la révélation par chacun des candidats de ses fêlures, de ses faiblesses intimes. Le public veut se repaître de disputes, de haines, de pleurs. Voir des gens rire et être heureux de se trouver là, ensemble, n’intéresse personne.

L’on m’objectera : mais personne en les a forcés. Finalement, on achète leur vie pour de l’argent. Oui, mais sont ils prévenus loyalement ?

Les a-t-on prévenus que cette gloire qu’ils connaissent est éphémère et ne durera pas ? Les a-t-on prévenus que ce n’est pas en vivant ainsi en vase clos que l’on prouve qu’on est assez doué pour faire quelque chose ensuite ? Charles Aznavour a déploré « De mon temps, les jeunes gens voulaient être acteurs, chanteurs. Aujourd’hui, ils veulent juste être célèbres. » Puis expliquant que réussir, c’est une question de talent, mais un talent brut ne peut être mis en valeur que par beaucoup de travail.

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Les a-t-on prévenus que cette gloriole survivra juste assez pour leur pourrir la vie ? Quel chef d’entreprise consciencieux irait embaucher un jeune qu’on a vu à la télévision ânonner son inculture et se préoccuper uniquement des caprices de son ou sa partenaire sexuel du moment ou des siens propres ?

Les a-t-on prévenus que la terre entière ne les attendait pas comme des messies à leur sortie, que l’indifférence de la plupart des gens (parce que si six millions de Francais regardent Secret Story, cela veut dire que soixante millions s’en fichent comme de l’an quarante) ne sera contrebalancée que par la moquerie ou les quolibets des autres ?

L’on m’a rapporté une anecdote véridique qui s’est déroulée à l’aéroport de Brest-Guipavas. Un des concurrents de Loft Story y avait débarqué après la fin de l’émission, invité, je crois, par une boîte de nuit a être là. Peu importe. Surpris par l’indifférence des badauds à son endroit, qui n’avaient même pas pris conscience de sa présence, il mit cela sur le compte de la timidité et décida de se montrer proche du public. Il avisa un employé qui se trouvait là, et lui tendit une main amicale « Aziz » se présenta-t-il, dans le plus pur style « Évidemment tu sais qui je suis, mais comme je suis modeste, je fais croire que je n’ai pas pris conscience de ma célébrité ». L’employé considéra la main tendue comme il l’eut fait d’un insecte particulièrement laid, puis rétorqua « T’es le nouveau bagagiste ? ». Aziz prit bien la chose : après s’être trouvé en direct, en plateau, avec un Jean-Claude Van Damme visiblement déconnecté, il en fallait plus pour le déstabiliser. N’empêche.

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Loana, la plus célèbre candidate de télé réalité, l'image même de l'équilibre et de la joie de vivre...

N’empêche que François-Xavier, dit FX, s’est donné la mort après être sorti d’une de ces émissions. Que Loana tente régulièrement d’attenter à ses jours. On ne m’ôtera pas de l’idée que ces gens étaient fragiles, et qu’ils n’auraient jamais dû entrer dans cet enfer. Mais le spectacle de personnalités calmes, équilibrées, lucides et bien prévenus de ce qui les attendait n’aurait pas donné ces déchirements dont le public est friand. Mieux valait prendre les plus fragiles, quitte à les envoyer à l’abattoir.

En 1983 sortait un film, intitulé « le prix du danger ». Cette année est sorti un film à la thématique similaire, « Hunger Game », (lui-même un plagiat éhonté du film japonais « Battle Royale »). Leur thématique communes est la suivante : des gens s’entretuent pour le plaisir du public.

Est-ce que la mort sociale et morale qu’on inflige aux candidats de télé réalité ne serait pas le prémisse de la mort réelle, filmée et interrompue de publicité ?

Est-ce que le télé réalité, finalement, ne serait pas l’équivalent moderne des jeux du cirque, annonciateurs de décadence, et de fin de notre civilisation ?

C’est tout. Pour le moment.

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