La vérité sur l’affaire Harry Quebert

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Alors, que vaut il, ce phénomène littéraire de l’année ? « La vérité sur l’affaire Harry Québert » a tout pour agacer. Et pourtant…

Tête à claque

7753873925_joel-dicker-au-micro-de-bernard-lehut-pour-son-roman-la-verite-sur-l-affaire-harry-quebert La vérité sur l'affaire Harry QuebertIl a le profil parfait de la tête à claque, ce jeune Joël Dicker. Jeune, beau gosse, bien habillé, il touche la pactole avec son deuxième roman seulement, qui non seulement rafle tous les prix, mais campe en tête des ventes depuis plusieurs mois.

C’est donc pour ne pas mourir idiot que notre chroniqueur a sorti sa carte bleue. Parce que si l’écrivain susnommé a le même profil qu’un Marc Levy à ses débuts, celui-ci n’a jamais décroché le moindre prix de l’Académie Française. Et à moins que les immortels atteignent tous en même temps la sénilité la plus totale, Levy n’en aura jamais, vu ce qu’il fait subir à la littérature.

Vous noterez, au passage, que beaucoup des livres que nous chroniquons sont achetés par nos journalistes. C’est juste que les services de presse des grands éditeurs considèrent qu’un journal des pompes funèbres n’est pas digne de leurs livres. Je jugeai important que les milliers de professionnels du funéraire qui nous lisent le sachent.

Donc, c’est avec un vague sentiment de « pourquoi je vais perdre mon temps avec ce bouquin, je sent que je vais le haïr » que je me suis attelé à la tâche de venir à bout de ses presque sept cent pages.

Style, stylé, stylo

C’est une anecdote que Stephen King raconte dans un de ses livres. Un jour qu’un professeur d’université faisait un cours sur la signification des histoire, sur la métaphore, le futur King lui demanda si une histoire ne pouvait pas juste être une histoire. Il écopa d’une très très mauvaise note pour avoir quasiment insulté la littérature. Pourtant, King a passé toute sa vie à vendre des « bonnes histoires, bien racontées », avec le succès que l’on sait.

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On a beaucoup glosé sur le style de Dicker, son manque de littérature, et l’éditeur lui-même a cherché à faire croire que le livre était une critique de l’Amérique, entre autres. Parmi les autres, une réflexion sur la création, patati, patata.

Alors, oui, si l’on cherche dans le livre de Dicker une brillante métaphore, une analyse sociologico-philosophique de notre monde, le bouquin est raté. Il est même à flanquer à la poubelle tellement il est mauvais à cet égard. Fuyez-le, et achetez des essais, à la place.

Par contre, si vous cherchez une « bonne histoire, bien racontée », foncez. Dicker a effectivement une bonne histoire à raconter, et il sait bien le faire. Il sait en plus surprendre le lecteur, le manipuler sous des faux airs de pure bonne foi, et l’on sent l’espièglerie de celui qui maîtrise son récit quand, au détour d’une révélation fracassante, on l’entend presque dire « je t’ai bien eu ».

Il sait aussi, et c’est une qualité rare, trousser des personnages. Je peux vous garantir que, une fois le livre refermé, vous n’oublierez pas Nola.

D’accord, mais de quoi ça parle ?

En panne d’inspiration, Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, va chercher refuge chez son ami et maître, Harry Quebert, écrivain lui aussi célèbre pour un chef d’œuvre, « Les origines du mal ». De retour chez lui, Marcus apprend l’arrestation de Harry Québert, pour le meurtre d’une adolescente disparue trente ans auparavant, Nola, avec laquelle Harry entretenait une liaison.

Laissant tout tomber, Marcus revient chez Québert, bien décidé à découvrir la vérité sur l’affaire et à innocenter son ami. Bien décidé aussi à faire de la vérité sur l’affaire Harry Quebert le sujet de son prochain livre.

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Il apprendra, bien sûr, cette vérité. Ces vérités, plutôt, tant il découvrira que rien ou presque de ce qu’il croyait savoir n’est vrai.

La force du livre, la force principale, est de jouer aux montagnes russes avec les sentiments de son lecteur. Au fur et à mesure qu’on en apprend plus sur Nola, autour de qui tout tourne, on se surprend à être déçu ou impressionné par elle. Son fantôme obsédant hante littéralement le texte. L’on est aussi épaté par le procédé de l’auteur : c’est fou ce qu’une histoire racontée par un personnage peut sembler à la fois vraie et fausse lorsqu’on en apprend tous les éléments.

Le livre est tellement plein de surprises, de personnages, de rebondissements, qu’il faudrait plusieurs pages pour bien les raconter. Presque sept cent, en fait Joël Dicker l’a déjà fait, courez le lire.

Alors, « La vérité sur l’affaire Harry Québert », roman de l’année ? Oui, sans conteste.

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1 commentaire

  1. J’ai presque terminé ce livre que j’ai acheté par hasard. Il est vrai que parfois on se dit: mais comment a-il-fait pour organiser son plan parce qu’on va de rebondissement en rebondissement. Parfois on se dit: ras le bol. Et juste à ce moment , un nouveau rebondissement. On sait que l’on se fait manipuler mais c’est le charme du livre.

     

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