Le cercueil

0
2119

« Le cercueil est un pardessus sans manches »

Pierre Perret

« C’est beau un arbre dans un cimetière. On dirait un cercueil qui pousse. »

Pierre Doris

Si l’on voulait faire de l’humour, on dirait que le cercueil est une boîte en bois dans lequel on range son défunt, et toute la question est : ou va-ton ranger la boîte ? Que l’on voie le cercueil comme une obligation sinistre ou comme un écrin ou l’on installe ce que l’on a de plus précieux, plus qu’un objet, il est un symbole.

Le cercueil, cet inconnu

cerceuil-carton-21-300x173 Le cercueil
Le cercueil

Le cercueil n’est pas vraiment une nouveauté. On trouve des protocercueils chez les premiers homo sapiens, sous forme de boue séchée qui enrobait le défunt. La très haute antiquité n’est pas avare non plus en sarcophages, dont on garde des images vives notamment lors de l’ouverture de la tombe de rois Égyptiens.

L’idée inconsciente du cercueil est de protéger le corps du défunt, même si la raison montre que ce n’est pas le cas. Pour la mise en cercueil, on parle de mise en bière. Ce terme vient du latin bera, qui désignait à l’origine un brancard réservé aux défunts.

Le cercueil a toujours fait l’objet d’un vide juridique, simplement remplacé par la tradition. C’est le code Napoléonien qui en a défini l’obligation, et le Code des collectivités territoriales qui a fini par le normer.

Cercueil réglementé

Le cercueil doit répondre aux obligations définies par les articles Article R. 2213-25 à Article R. 2213-27 du Code Général des collectivités territoriales. D’une épaisseur minimale de 18 ou 22 millimètres selon les circonstances (transport de corps inférieur à deux heures ou à quatre heures avec soins de conservation) , il doit obligatoirement être doté d’un bac étanche et biodégradable au fond, de poignées, de l’huisserie (les vis pour le fermer) et d’une plaque d’identification avec le nom du défunt, cette dernière obligation étant la plus récente.

Il existe une norme non obligatoire, portant le doux nom de D 80-001. Elle stipule que le cercueil

  • Doit supporter un poids de 100 kg pour une longueur de 1,85 m,
    – Doit etre étanche lors d’une inclinaison de 30° sur le tête ou 20° sur le côté,
    – Doit rester manipulable après une chute de 45 cm de hauteur avec le corps à l’intérieur et après un séjour de onze jours dans une atmosphère contenant 80° d’humidité.

    D’une manière générale, le cercueil est vérifié et garanti lors de sa fabrication.

    Il peut également contenir un zinc. Si le défunt était atteint de certaines pathologies précisément définies, si son délai d’inhumation après mise en bière dépasse six jours, ou si le préfet l’exige.

L’avenir du cercueil

il est à supposer que le cercueil va, dans les prochaines années, voir les normes qui le définissent se durcir. De plus en plus, l’exigence de l’écologie va se faire sentir, et les matériaux, vernis, poignées, accessoires etc… devront être biodégradable.

Il arrive aussi des nouveautés, parmi lesquelles les cercueils en carton, défini légalement comme « matériau complexe ». Nous proposerons très prochainement un article plus complet sur ce sujet précis.

La mode ne perce pas encore en France, mais en grande Bretagne, l’on peut voir des cercueils tout à fait personnalisés, directement hérités de la tradition du Gana. Dans ce pays, la tradition veut que le cercueil reflète un des traits de la personnalité du défunt, et cette recherche donne naissance à de véritables oeuvres d’art. Certains menuisiers Ganéens sont devenus à leur insu des artistes connus et exposés dans de prestigieux musées d’art. En France, on en est encore à timidement peindre les cercueils du défunt dans les couleurs de son équipe de foot préférée.

Le cercueil, en tout cas, restera certainement obligatoire. Cette obligation sera de plus en plus contraignante légalement, en même temps que la demande de personnalisation des familles sera de plus en plus forte. C’est le prochain défi du cercueil.

Extraits du code général des collectivités territoriales

Article R. 2213-25
Sauf dans les cas prévus à l’article R. 2213-26, le corps est placé dans un cercueil en bois d’au moins 22 millimètres d’épaisseur avec une garniture étanche fabriquée dans un matériau biodégradable agréé par le ministre de la santé après avis du Conseil supérieur d’hygiène publique de France.
Toutefois, un cercueil d’une épaisseur minimale du 18 millimètres après finition, avec garniture étanche fabriquée dans un matériau biodégradable agréé dans les mêmes conditions, est autorisé si la durée du transport du corps est inférieure à deux heures, ou à quatre heures lorsque le corps a subi des soins de conservation, soit en cas de crémation. Les garnitures et accessoires posés à l’intérieur ou à l’extérieur des cercueils destinés à la crémation sont composés exclusivement de matériaux combustibles ou sublimables et il ne peut y être fait usage d’un mélange désinfectant comportant de la poudre de tan ou du charbon pulvérisé.
Les cercueils peuvent également être fabriqués dans un matériau ayant fait l’objet d’un agrément par le ministre chargé de la santé, après avis du Conseil supérieur d’hygiène publique de France.

Article R. 2213-26
Le corps est placé dans un cercueil hermétique satisfaisant aux conditions fixées à l’article R. 2213-27 dans les cas ci-après
1° Si la personne était atteinte au moment du décès de l’une des infections transmissibles dont la liste est fixée au a de l’article R. 2213-2-1;
2° En cas de dépôt de corps soit à la résidence, soit dans un édifice cultuel ou dans un caveau provisoire, pour une durée excédant six jours;
3° Dans tous les cas où le préfet le prescrit.

Article R. 2213-27
Les cercueils hermétiques doivent être en matériau biodégradable et répondre à des caractéristiques de composition, de résistance et d’étanchéité fixées par arrêté du ministre chargé de la santé après avis du Conseil supérieur d’hygiène publique de France et du Conseil national des opérations funéraires.
Ils doivent ne céder aucun liquide au milieu extérieur, contenir une matière absorbante et être munis d’un dispositif épurateur de gaz répondant à des caractéristiques de composition de débit et filtration fixées par arrêté du ministre chargé de la santé après avis du Conseil supérieur d’hygiène publique de France et du Conseil national des opérations funéraires.
Lorsque le défunt était atteint de l’une des infections transmissibles dont la liste est fixée au a de l’article R. 2213-2-1, le corps est enveloppé dans un linceul imbibé d’une solution antiseptique.

Votes !
Lire aussi :  Être orphelins : L'enfance éternelle

LAISSER UNE RÉPONSE