Le corbillard

2
1369

Le corbillard est le véhicule indispensable, aujourd’hui, aux pompes funèbres. Mais d’où vient l’usage, et le nom, de cette funeste voiture ?

La peste, encore

corbillard-300x214 Le corbillard
Bienvenue dans le catafalque

Le nom corbillard ne désignait pas, à l’origine, une charrette, mais un bateau. Et c’est durant cette fameuse épidémie de peste ou furent baptisés les croque-morts et la bière, celle d e »mise en bière », bien entendu, que le véhicule des pompes funèbres trouva son nom, ou plutôt son surnom.

Durant les épidémies de peste du XIéme siècle, les corps amoncelés à Paris posaient problème. Des fosses communes avaient été creusées, entre Paris et l’actuelle ville de Corbeil. Le plus simple, à ce moment là, pour évacuer les corps, était d’utiliser un bateau qui faisait la liaison entre Paris et Corbeil, et qui était appelé le corbeillard.

Le nom resta aux charrettes qui, ensuite, servirent aux obsèques, et, déformations après déformations, devint corbillard. Tout simplement, quitte à faire de la peine aux habitants de Corbeil.

Une révolte ? Non, une révolution

Le corbillard Continua son chemin dans l’histoire. Elitiste, il fut d’abord réservé aux riches, d’abord sous la forme d’une charrette à bras, puis, à partir de la renaissance, sous la forme d’un carrosse hippomobile. Le peuple, lui, continua de se contenter de la charrette ou de la force des bras.

Ce fut la révolution Française, encore, qui démocratisa la voiture hippomobile pour tout le monde. Au terme d’une longue période d’incertitudes, le monopole des pompes funèbres revint à l’église, qui avait pour mission de fournir le véhicule. La différence de classe sociale était alors marquée par le nombre de chevaux qui composait l’équipage, de un à six.

Lire aussi :  Chronique : La nature assassine, Pompéi

Puis, au début du XXéme siècle, le corbillard se motorisa. Les chevaux et le moteur à explosion cohabitèrent, à certains endroit, jusqu’aux années 1970, ou le cortèges hippomobile disparut au profit exclusif du corbillard motorisé. A certains endroits, l’usage des chevaux est interdit, à d’autres, il est toléré, mais reste surtout l’apanage de cortèges de prestige.

Aujourd’hui

Le corbillard, aujourd’hui, a été scindé en deux véhicules, ou en un seul polyvalent : transport de corps avant et après mise en bière, selon qu’il est équipé ou non d’un compartiment réfrigéré. Son homologation fait l’objet d’un passage aux mines et d’un numéro d’agrément après qu’il ait été équipé d’un catafalque.

On regrettera peut être qu’aujourd’hui, le corbillard soit devenu un véhicule comme un autre : il était un temps ou les automobilistes laissaient passer les convois funéraires. Aujourd’hui, il est fréquent de voir un corbillard arrêté à un cédez-le-passage tandis que le flot de la circulation s’écoule, indifférent.

Finissons ce petit article avec une chanson de Armand Gouffé (1775 – 1845) et une proposition : pourquoi ne nous posteriez-vous pas une photo de votre corbillard, en commentaire de cet article ?

« Le Corbillard » Armand Gouffé

Que j'aime à voir un corbillard !
Ce début vous étonne?
Mais , il faut partir, tôt ou tard ,
Le sort ainsi l'ordonne ;
Et, loin de craindre l'avenir,
Moi , dans cette aventure,
Je n'aperçois que le plaisir
De partir en voiture.
En voiture , nos bons aïeux
Se plaisaient; mais du reste ,
Chez eux , quand on fermait le» yeux ,
On était plus modeste.
Nous n'avons pas , vous le voyez ,
Leur ton , ni leur allure ;
Nous mettons les vivants à pieds ,
Et les morts en voilure.
Le riche , en mourant , perd son bien ;
Moi , je vois tout en rose :
Je n'ai rien , je ne perdrai rien ,
C'est toujours quelque chose;
Je me dirai : D'un parvenu
Je n'ai pas la tournure ;
Pourtant , à pied je suis venu ,
Et je pars en voiture.
De ces riches', qu'on trouve heureux,
Quel est donc l'avantage?
Ils font, par des valets nombreux,
Suivre leur équipage.
Ce luxe ne m'est point permis ,
Ma richesse est plus sûre ;
Un jour , ou verra mes amis
Derrière ma voiture.
A mon départ , en vérité,
Je songe , sans murmure ,
Pourvu que, long-temps , la gaîté
Piemise ma voiture.
O gaîté, ! lorsque tu fuiras ,
Invoquant la nature,
Je dirai ; Fais , quand tu voudras ,
Avancer ma voiture!
Votes !

2 COMMENTAIRES

LAISSER UNE RÉPONSE