Le crapouillot, seconde partie

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La première partie de l’article se trouve ICI

crapouillot26-225x300 Le crapouillot, seconde partieLe Crapouillot, illustre journal satyrique , avait décidé en juin 1966 de jeter son dévolu sur l’activité des Pompes Funèbres par l’intermédiaire d’une enquête dirigée par Monsieur Jean-Jacques PAUVERT.

Après avoir longuement expliqué les origines et la naissance de la loi de 1904, ce dernier arrivât très habilement à intituler l’une de ses rubriques « le trust du deuil » dont voici les passages les plus…. Croustillants !

Monsieur Pauvert relate l’histoire de ce Procureur à la retraite qui, pendant cinq années consécutives (de 1927 à 1932) se fit à la lettre le défenseur de la veuve et de l’orphelin et avait choisi de s’attaquer « aux profiteurs des derniers moments de l’existence : ceux qui vivent très bien de la mort des autres  et plus particulièrement aux Pompes Funèbres Générales ».

Monsieur Perron qui passait son temps à dénoncer par voies de presse (La Dépêche Républicaine notamment) telles ou telles méthodes de tarification émanant de cette société alla même jusqu’à faire publier des preuves accablantes de ces pratiques mais malgré la violence des accusations, cette dernière ne fit l’objet d’aucune demande de rectification.

L’article va même jusqu’à mentionner l’augmentation de capital de la Société Anonyme fondée en 1898 par Monsieur Joseph Husson, entre les années 1956 et 1965 (+ 400 %) et de l’augmentation de la valeur constante des actions ; de plus la liste des informations mentionne l’adresse, le nom des responsables de l’époque, le bénéfice net de l’exercice de 1965 et les différentes entreprises siégeant au Conseil d’administration.

Cette « révélation » poussera le Conseil Municipal de Besançon, dont cette société était l’unique concessionnaire du Monopole, a ouvrir une enquête mais la dite Commission aboutit rapidement à un non-lieu.

Un scandale identique éclata à Troyes à la même époque et le journal local relatait en première page « la grande manifestation de protestation devant la bourse du travail, Place Jean Jaurès, pour la résiliation du Contrat des Pompes Funèbres et la démission des prévaricateurs (des corrompus) ».

Contrairement à celui de Besançon, le scandale de Troyes aboutit à une triple sanction à commencer par le remboursement des sommes indûment encaissées, une amende de 10.000 Francs par le Maire et une action en résiliation de contrat fut intentée par la Municipalité devant le Conseil de Préfecture de Chalons-Sur-Marne.

Le journal expliquât également la manière de procéder des Pompes Funèbres pour conquérir de nouveaux marchés, bâtir, étendre et consolider leur « gigantesque  Trust du deuil » allant même jusqu’à citer des testaments comme celui de Paul Léautaud (écrivain français né en 1872) qui fît un bien mauvais client pour les Pompes Funèbres puisque ce dernier, très explicite, formulait le vœu d’être enterré dans la plus grande simplicité et incinéré au plus bas prix possible sans que ne soit prévenu aucune personne pas même son propre frère !

Les articles parus dans le Crapouillot relataient également les copies de télégrammes envoyés par une société de Montbard, fabricant des articles de deuil, à ses opérateurs de Pompes Funèbres, du succès grandissant d’un nouveau produit…Les fleurs en plastique ! A n’en pas douter un produit d’avenir qu’allaient s’arracher les familles françaises…

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Le journal ira même jusqu’à citer une note du Journal des Finances du 8 janvier 1965 qui disait « Si tant est que l’augmentation de la durée moyenne de la vie vienne réduire, momentanément du moins, son activité, la multiplication des accidents meurtriers de la route rétablira, hélas ! facilement l ‘équilibre. D’autre part, si l’on peut considérer comme un facteur d’expansion, pour des sociétés telles que Materna ou Prenuptia, la croissance démographique dont font état les statistiques, il faut bien admettre que l’activité des Pompes Funèbres s’en trouvera aussi accrue un jour ou l’autre ».

Les pourboires étaient aussi attaqués en expliquant qu’ils étaient donnés officiellement mais facturés officieusement par l’entreprise selon la classe choisie mais encore selon des critères de signes extérieurs de richesse du client et ces « journalistes » comparaient les bénéfices des

Pompes Funèbres de l’époque aux plus grandes entreprises françaises du moment comme Rhône-Poulenc, la Française des Pétroles, Saint Gobain ou encore Renault.

Les pratiques de rémunération des grands dirigeants de ces fameuses multinationales françaises ne choquaient pas mais ceux des Pompes Funèbres étaient détaillés de manière à fustiger l’entreprise de Pompes Funèbres.

Seule la ville de Tours s’offrait les bonnes grâces du journal satyrique car elle avait su reprendre son monopole à son concessionnaire en organisant son propre service de Pompes Funèbres et était considérée comme l’une des plus modernes du moment.

« Il fallait dans une ville bourgeoise, vaincre le préjugé ancien. L’étiquette « Service Municipal » avait conservé un caractère péjoratif, explique l’un des responsables, nous avons donc réalisé des services impeccables et même luxueux, avec des cercueils de première qualité au prix des services ordinaires…Nous avons même bouleversé les traditions en lançant les tentures violettes, à la romaine ».

Le Maire de Tours avait même décidé de limiter à trois classes les enterrements arguant que les indigents seraient enterrés comme les autres « ce qui n’empêche pas la Ville de Tours à procéder à 80 % des convois de l’année et à équilibrer parfaitement son budget ».

Que fallait il de plus au Crapouillot pour encenser la Ville de Tours et la monter au faîte des Régis les plus vertueuses et honnêtes de la profession ?

Menton est également cité en exemple avec la création du premier funérarium de France en 1962 par l’entreprise Roblot (ceux qui ont eu l’opportunité d’effectuer leur stage pratique de thanatopracteur à Nice auprès de Jean-Pierre Giuge ou de Yves Fourrier ont certainement eu l’occasion de s’y rendre ) suivi par la création du second établissement de France à Villeneuve-Saint-Georges par les Pompes Funèbres Générales qui, étrangement, ne rencontre pas la même estime que son confrère car la construction aurait été jugée trop chère pour l’époque.

Les articles suivants s’intitulèrent « Un marché fragile » (par Robert Miquel) du fait de la non autorisation de la publicité et des « ruses » employées par les entrepreneurs de Pompes Funèbres pour rabattre le client chez soi plutôt que chez le concurrent ou encore « Le convoi de 14 heures » (par Jean Cau) qui relatait que « ‘enterrer un pauvre ou enterrer un chien ne faisait guère de différence » (photos à l’appui) puis en flânant de pages en pages vous trouverez aussi «  La pièce en 5 actes » qui est un document commercial (une plaquette illustrée) réalisé à l’attention des représentants de la firme avec recommandation expresse de ne jamais perdre plus de dix minutes de son précieux temps auprès d’un client éventuel  mais aussi « La course au cadavre » tirée de confidences soustraites à un régleur de convoi.

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Le plus  affligeant  reste sans doute l’article écrit par Jacques Delarue « Si vous vous réveillez dans votre cercueil » qui affirme qu’environ 1 personne sur 500 était inhumée vivante du fait de la délivrance trop hâtive des permis d’inhumer et des progrès constants de la médecine  avec nombreux exemples à l’appui et notamment la lettre manuscrite de Frédéric Chopin qui disait « Comme cette terre m’étouffera, je vous conjure de faire ouvrir mon corps pour que je ne sois pas enterré vif… ».

Et comme le reportage se devait de bien finir, on publia « l’humour et la publicité » en détaillant des faire parts mortuaires humoristiques du décès de Madame Veuve Nicotine grâce à l’emploi des Cachou Lajaunie…

Si tant est que l’on puisse faire des commentaires, on peut simplement dire que de tout temps, quelque soit l’époque, notre activité n’a cesser d’attiser la curiosité, bien souvent malsaine et déplacée, véhiculant un nombre considérable d ‘ « idées reçues » ou toutes faites bien plus aisées à écrire que de faire une enquête de fond précise et minutieuse qui aurait pu expliquer les différentes compétences que regroupe l’activité des Pompes Funèbres.

A quand un article de presse sur le rôle de chaque intervenant (car si on les énumère on doit pouvoir arriver à environ 10 personnes distinctes) mentionnant leur fonction, leur qualification, leur responsabilité, leur implication dans cette tâche ; la raison pour laquelle ils se sont orientés vers cette activité plutôt qu’une autre, ce qu’ils en retirent….

En bref, démontrer à nos concitoyens que cette activité de service public se doit de rester telle qu’elle est car elle fait vivre des gens impliqués et rigoureux qui n’ont de cesse de se remettre en question afin d’offrir aux familles endeuillées non seulement une prestation conforme à leurs attentes mais aussi un réconfort et une oreille attentive à leurs interrogations.

Une chose est sûre, la plupart de ces censeurs seraient à n’en pas douter, absolument incapables, si on leur demandait, d’effectuer le travail qui est le notre dans le respect et la dignité qui nous caractérise et ce pour deux raisons essentielles :

D’une part, par méconnaissance mais d’autre part par phobie et répugnance de tout ce qui peut avoir attrait de près ou de loin au monde du funéraire et …. de la mort.

La critique, aussi acerbe et amère puisse t-elle être, semble être le seul moyen que ces derniers aient découverts pour l’exorciser sans doute, pour la fuir probablement, pour l’éviter…..incontestablement pas !

Régis Narabutin, Artisan thanatopracteur

 

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