Le croque-morts amoureux, chapitre 1

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Comme tous les vendredis, nous allons vous proposer un feuilleton, portant sur la vie amoureuse d’un croque-morts. Il est inédit. Il est écrit au fur et à mesure. Toute tentative de corruption de l’auteur afin d’en connaître la fin est donc inutile, même si celui ci tient à préciser que « Hé, attends, ça dépends du montant, hein ! ». Nous tenons à préciser que l’auteur s’est fait connaître dans des proportions restreintes pour ses capacités à digresser, ceci pouvant parfois expliquer cela.

Chapitre 1

Ou, après quelques considérations générales sur les débuts d’histoires, nous plantons pour ainsi dire le décor de cette histoire qui sera en directe relation avec le caractère du héros, conté par son Watson du pauvre.

332871-300x200 Le croque-morts amoureux, chapitre 1 Il était une fois, dans un bistrot… Je ne sais pas si vous avez remarqué le nombre infiniment peu élevé d’histoires qui débutent dans un bistrot, estaminet, troquet, ou tout autre débit de boisson doté d’une licence IV ? J’ignore les raisons de cet ostracisme, mais ce n’est pas le cas de la mienne. Celle-ci débute effectivement dans un estaminet, sis face au cimetière, à côté d’une société de pompes funèbres.

Mais je ne me suis pas présenté. J’ai nom Roderick de Bonté-Gracieuse, assistant funéraire stagiaire, et président de l’APHPPI, Association des Prolétariens Handicapés Par un Patronyme Inadéquat. Ceci étant, au stade ou nous en somme de notre histoire, totalement anecdotique. Je ne suis pas le héros de cette histoire. Juste son chroniqueur. S’il était Holmes, je serais son Watson, s’il était… Mais la métaphore holmesiéne me va bien, surtout que la société de Pompes Funèbres ou nous travaillions était située 221B, rue des Boulangers.

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Vous ne serez pas sans notre l’incongruité d’appeler la rue où se trouve le cimetière rue des Boulanger, au lieu de quelque chose de plus pragmatique, comme rue du Cimetière. Vous ne serez peut être pas surpris d’apprendre, à ce compte, que la rue ou se trouvaient tous les boulangers se nommait ruelle des Morts. Cette incongruité remontait à l’immédiat avant-guerre, sans que personne ne soit capable de donner plus de précisions, comme par exemple « quelle guerre ? ».

Ce pouvait être n’importe quelle guerre. Notre ville les avait toutes connues. Une garnison romaine avait séjourné dans la ville voisine, sise à l’est, et une troupe de gaulois était établie dans une autre paisible cité nous jouxtant à l’ouest. Lorsque l’inévitable affrontement avait eu lieu, le paisible village qui deviendrait notre ville avait servi de champ de bataille. Plus tard, au moyen-âge, un seigneur qui avait établi son château dans la ville de l’Est, et un nobliau prétentieux, qui possédait un castel à l’Ouest, avaient fini par s’affronter de manière sanglante et sans merci, à mi-chemin. Chez nous, donc. Je passera sur l’épisode Napoléonien, et les canonnades entre l’empereur qui venait de l’Ouest et quelque Général Prussien surgi de l’est, pour passer à la première guerre mondiale, un cas assez unique ou les Français et les Allemands avaient creusé leurs tranchées chacun d’un côté de la ville et s’étaient canardés joyeusement sans trop prêter attention à ce qui les séparait. Durant la seconde, La ville à L’ouest était entièrement dévolue à la résistance, tandis que celle de l’Est, les portraits de Pétain ornaient chaque maison. Inutile de dire qu’en juin 44, ça a drôlement chauffé sur la place du village. De NOTRE village.

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Et nous dans tout ça, de quel côté étions nous ? De celui de ceux qui, avec une belle abnégation, arrivaient sur un champ de ruines, poussaient un soupir résigné, et reconstruisaient, vite parce que les hivers sont durs, dans le coin.

Le fait que nos voisins ne se soient jamais affrontés dans leurs villes respectives leur donna à tout les deux le statut de « Petite cité de caractère », du fait de leurs architectures intactes, tandis que nous souffrions de la réputation d’être la ville la plus moche de la région, « hâtivement bâtie de bric et de broc après la seconde guerre mondiale ».

Un jour, les maires des deux cités ennemies décidèrent de s’associer dans une grande conurbation historique, afin de mettre leur patrimoine en valeur. Il fallait y associer la ville qui les séparait, nous, donc. Nous refusâmes par un référendum, à l’unanimité des voix, sauf une abstention.

Il ressortit de cette affaire que nous fûmes affublés d’une solide réputation de rabats-joie.

Cette histoire peut sembler anecdotique dans le récit de la vie du Don Juan le plus calamiteusement malchanceux de toute l’histoire des Pompes Funèbres, mais elle prend son sens, croyez-moi, elle prend son sens.

Mais je digresse. Et, l’heure tournait. Je commandai deux cafés, assis à notre endroit habituel, au bout du comptoir, un peu à l’écart,lorsqu’un fracas soudain à la porte annonça le début d’une journée de labeur.

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