Le croque-morts amoureux, chapitre 2

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Comme tous les vendredis, nous vous proposons notre feuilleton totalement fictionnel sur les mésaventures d’un croque-morts amoureux. C’est parce que le vendredi, c’est permis. N’hésitez pas à laisser vos commentaires ou suggestions de rebondissements, ça fera plaisir à l’auteur anonyme qui se trouve dans le caveau humide ou Mémoire des Vies l’enferme afin de préserver son inspiration.

Chapitre 2

Ou quatre croques-morts boivent paisiblement un café en devisant des voitures, du football et des femmes comme seuls savent la faire les employés de pompes funèbres.

332871-300x200 Le croque-morts amoureux, chapitre 2 Par des gestes frénétiques, j’essayai d’attirer l’attention du barman : j’avais commandé deux cafés, et voilà que, contrairement à l’habitude, toute l’équipe arrivait matinalement. Jacques et Daniel, les deux associés qui dirigeaient la société, et Henry, le conseiller funéraire qui travaillait depuis vingt ans avec eux, et qui avait pour lourde tâche de faire de moi un assistant funéraire à peu près potable.

Il avait l’air fatigué et vaguement déprimé.

Comme d’habitude, lorsque des croque-morts de retrouvaient assis autour d’une table, se déroulait cet exercice de pur équilibre qui consiste à parler de tout sauf de boulot, en réussissant à placer le travail à toutes les sauces, l’air de rien. Quatre hommes qui se retrouvaient autour d’une table, la conversation allait porter forcément sur les voitures, le football et les femmes. Si j’avais une vague idée de la façon dont on pouvait parler de voitures et de pompes funèbres, j’étais plus dubitatif sur les moyens d’arriver du football à la mort, et assez peu désireux, me rendis-je compte, de voir la conversation dériver sur le sexe. Il y a des mystères qui doivent le rester.

Jacques, tout en touillant le petit café, annonça que leur principal concurrent de la ville d’à côté venait de se commander un tout terrain flambant neuf, toutes options.

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« L’empaffé », Daniel semblait tout à coup se réveiller, « Il ne m’a toujours pas payé les ouvertures de fosses qu’on avait faite pour lui l ‘été dernier ! Fais moi penser à appeler sa secrétaire »

Je l’avais vu dans son 4X4, et je le dis, histoire de m’insérer dans la conversation.

Jacques semblait curieux « Ah bon, il a déjà été livré ? »

J’expliquai que oui, certainement, vu que je l’avais aperçu la veille sortant de la boulangerie et montant dans une voiture flambant neuve, dont la couleur m’avais surpris.

Les trois me regardèrent d’un œil torve avant de s’exclamer presque en chœur « Vert kaki ?!? »

Oui, confirmais-je, surpris, vert kaki.

Henry expliqua, avec un petit sourire,tandis que les deux associés se regardaient l’air entendu « Il adore le vert kaki. Il possède le seul corbillard vert kaki de toute la région. De France, peut être »

Puis il poursuivi, changeant de sujet « Tiens, au fait, le petit Jimmy, vous savez, le petit footballeur du club des Coteaux ? ».

Ca y est , le football

« Celui qui a marqué deux buts contre les espoirs de la vallée ? »

« Oui, celui-la ! »

« Il est bien, ce petit gars, il ira loin ! »

« Mai son frère moins, j’ai été le chercher cette nuit. Accident de bagnole. »

Personne ne dit rien. Ils savaient qui lorsque les pompes funèbres arrivaient sur place, toute tentative de réanimation était vaine. Cependant, il y avait une question, et quelqu’un allait bien finir par la poser

« Il était seul ? »

j’aime avoir raison. Merci Daniel.

« Eh bien, il y avait sa petite copine avec lui, Charlotte, la fille du jardinier municipal, pour l’instant, elle est à l’hôpital, mais je pense que ses parents ne vont pas tarder à venir nous voir »

« Pauvre petite »

Les pompes funèbres sont à ma connaissance le seul métier au monde ou on plaint ses clients.

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« En plus, hier soir, j’avais un rendez-vous, et je lui ai posé un lapin. Je crois que c’est cuit. »

Pauvre Henry.

Autant la vie amoureuse de Jacques et de Daniel était stable, chacun dans son genre, autant celle d’Henry était un désastre.

Jacques était marié depuis vingt ans à sa femme, et le couple vivait des jours heureux et paisibles. Lui travaillait le jour, et parfois la nuit, dans sa société de pompes funèbres, et elle travaillait la nuit, et parfois le jour, dans l’hôpital du coin. Ils se voyaient peu, ne passaient que leur vacances ensemble, quasiment, et avaient alors tellement de choses à rattraper que leur bonheur ridiculisait celui de n’importe quel jeune couple fraîchement foudroyé.

Daniel était lui aussi marié depuis vingt ans avec la même femme, avec qui il partageait une passion immodérée pour le libertinage. Les portefeuilles sont, des nos jours, constamment remplis de cartes de fidélité. Celui de Daniel ne dérogeait pas à la règle, sauf que ses cartes étaient celles de tous les clubs échangistes dans un rayon de deux cent kilomètres. « Rien de tel que les femmes des autres pour se rendre compte que la sienne est formidable ! » expliquait-il. Je n’avais pas cherché à en savoir plus.

Mais la vie d’Henry était un désastre. Et on ne pouvait pas mettre en cause sa bonne volonté.

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