Le croque-morts amoureux, chapitre 3

0
245

Comme tous les vendredis, nous vous proposons notre feuilleton totalement fictionnel sur les mésaventures d’un croque-morts amoureux. C’est parce que le vendredi, c’est permis. N’hésitez pas à laisser vos commentaires ou suggestions de rebondissements, ça fera plaisir à l’auteur anonyme qui se trouve dans le caveau humide ou Mémoire des Vies l’enferme afin de préserver son inspiration.

Chapitre 3

Ou les croque-morts, de retour au bureau, saluent l’équipe, et se voient narrer une anecdote culinaire

332871-300x200 Le croque-morts amoureux, chapitre 3 De retour au bureau, prêts à entamer une dure journée de labeur, nous tombâmes sur Monsieur Marcel. Monsieur Marcel était fossoyeur, comme il y a a beaucoup ailleurs, mais il était aussi porteur, chauffeur, et à l’occasion Maître de Cérémonies, même si il n’appréciait pas trop cette fonction.

Il était le plus ancien employé de la société, et avait refusé toutes les tentatives de le promouvoir à la réception de famille. « Les paperasses, c’est pas mon truc » grommelait-il. Sa voix de gorges, grave et profonde, un peu voilée par le tabac, et son physique bourru, donnait l’impression qu’il grommelait, râlait, pestait, bref, qu’il avait un sale caractère. C’était, bien entendu, tout l’inverse : il possédait un cœur d’or.

Il avait l’air contrarié, vraiment contrarié, ce matin, et les autres porteur présents arboraient un air goguenard. Il avait dû se passer quelques chose.

Henry s’enquit de la fin du convoi. Hier, nous avions fait les obsèques d’une dame, qui avait spécifié dans ses volontés vouloir être crématisée dans le même crématorium que son époux, mort vingt ans plus tôt, à une centaine de kilomètres. C’était, à l’époque, le seul crématorium de la région. Nous avions donc envoyé Monsieur Marcel, avec pour mission de déposer le cercueil, et d’attendre la fin de la crémation, pour revenir avec l’urne.

Lire aussi :  Chronique toussaint du monde : Mexique, Dia de Muertos

La crémation était prévue à midi.

« Donnes-moi ta note de frais, pour le repas » dit Daniel.

« J’en ai pas. J’ai mangé avec les gars, au crématorium. » explique Monsieur Marcel.

Et quelque chose ne passait manifestement pas.

« Un souci ? » s’enquit Jacques.

« Beeeeen… » hésita Monsieur Marcel, « J’ai été manger avec les gars, dans le bureau du patron, ils avaient fait une omelette. Très bonne, avec des petits lardons fumés et des champignons. Le gars, il l’a préparée sur place, puis il est parti à côté pour la faire cuire. »

Nous nous demandions ou était le problème.

« Donc, on mange l’omelette, le directeur avait fait de la place sur le bureau, on papote, on se boit un petit café, là-bas, ils ont une machine à espressos » son regard alla du distributeur de café lyophilisé aux deux patrons, personne ne fit de commentaires « Puis, la crémation finie, je vais avec l’agent récupérer l’urne dans la technique, derrière les fours… »

« Oui ? » collégial. Nous étions suspendus à ses lèvres.

« Il n’y a pas de salle de pause, juste la salle des familles, vous savez, c’est un tout petit crématorium… »

« Oui ? » nous devions ressembler au choeur des vierges.

« Donc, il avait fait cuire l’omelette dans la salle technique. Forcément. Sauf que nulle part, je n’ai vu de réchaud. J’ai fait discrètement le tour. Nulle part. Juste le four, partie technique. Alors, je pose la question : où l’a-t-il fait cuire, son omelette, hein ? »

C’est vaguement nauséeux que nous nous mîmes au travail.

Note : bien qu’intégrée dans une œuvre de fiction, et largement modifiée dans ses circonstances, l’anecdote ci-dessus est absolument authentique. Et bon appétit, bien sûr.

Lire aussi :  Chronique toussaint du monde : Bolivie, une affaire de crâne
Votes !

LAISSER UNE RÉPONSE