Le croque-morts amoureux, chapitre 4

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Comme tous les vendredis, nous vous proposons notre feuilleton totalement fictionnel sur les mésaventures d’un croque-morts amoureux. C’est parce que le vendredi, c’est permis. N’hésitez pas à laisser vos commentaires ou suggestions de rebondissements, ça fera plaisir à l’auteur anonyme qui se trouve dans le caveau humide ou Mémoire des Vies l’enferme afin de préserver son inspiration.

Chapitre 4

Ou les deux compères se rendent sur les lieux d’une réquisition, et ou ils prennent une magistrale leçon de médecine légale

332871-300x200 Le croque-morts amoureux, chapitre 4La journée au bureau s’écoula comme une déclinaison sur le thème « A l’impossible, nul n’est tenu, mais lors de l’entretien d’embauche, je n’ai pas embauché ce monsieur nul ». En même temps, cela faisait plusieurs semaines que l’activité était au plus bas, il fallait bien que cela se paie.

L’avantage avec des journées comme celle-là, c’est qu’on n’est pas embêté par la circulation lorsqu’on rentre le soir chez soi : cela fait belle lurette que les autres sont rentrés chez eux, on fini la vaisselle, et sont en train de lire une histoire à leurs enfants en priant pour que le morpion s’endorme avant le début du film.

J’étais devant la télé lorsque le téléphone sonna. C’était Henri « Une réquisition, ca te dis ? » Ca ne me disait rien. J’étais en formation. Je répondis « Ca me dit »

Il se marrait « Tu mens bien » et me donna l’adresse. Un quartier huppé.

Nous nous retrouvâmes sur place. La gendarmerie était la. Un adjudant vint à notre rencontre avec l’air embêté. Il nous expliqua que le type était mort pendu dans sa cage d’escaliers, qu’il avait laissé une lettre, bref, avait rempli ses obligations traditionnelles de candidat au départ anticipé, mais que son statut social avait forcé ces messieurs de la maréchaussée à demander l’avis du légiste. Du coup, il fallait attendre l’homme de l’art. Ils étaient désolés, expliquaient ils, et auraient pu porter plainte contre l’expression de leur visage pour haute trahison, ils nous avaient appelés beaucoup trop tôt, là dessus nous étions d’accord, et il allait falloir attendre que le docteur arrive.

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« Au fait, c’est quoi cette histoire de statut social ? C’est un élu, un ponte, ce gusse ? » demanda Henri. Le gendarme sembla hésiter avant de répondre, en me jetant un coup d’œil « C’est bon, poursuivit Henri, il est de la partie, le petit, on va le garder chez nous, mais lui dit pas, ça le motive pour bosser. Tu peux causer, il est correct »

Le gendarme lâcha « Il était dentiste »

J’étais surpris. Je demandai « Et alors ? Qui aurait idée de tuer un dentiste ? »

Les deux me regardèrent « C’est quand, la dernière fois que tu as eu une carie ? »

Je réfléchis. Le souvenir revint. La roulette. Le type qui faisait semblant de croire que les « Argh, argh » qui exprimaient mon martyre était le récit circonstancié de mes vacances à la Martinique, ou je n’avais jamais mis les pieds. 3Ouais, je comprend. Il vaut mieux vérifier »

Pendant que nous attendions, je bavardai avec le gendarme, et Henri, qui semblaient bien se connaître. J’appris en glanant de bribes et en lisant entre les lignes, que les deux se voyaient régulièrement au club d’échecs du coin, et que leur principal sujet de conversation étaient les femmes. Celles qu’ils rencontraient sur Meetic, plus précisément, et sur lesquelles ils se faisaient des comptes rendus circonstanciés. « Halte aux arnaques », telle étaient leur devise.

Nous fûmes interrompus par l’arrivée du médecin légiste. Tel le prêtre de l’Exorciste, il se présenta dans son imperméable boutonné jusqu’au col, un chapeau sur la tête, sa mallette dans la main. Digne comme un bailli royal, il s’avança, rompant la petite foule en uniforme, jusqu’au pied de l’escalier, leva la tête, et considérant le corps approximativement trois secondes, il diagnostiqua, solennel « Il est mort ». Puis, avec une rapidité dont on n’aurait pas pu soupçonner un homme d’allure aussi placide, il sortit un certificat de décès, le rempli, le signa, le glissa dans les mains du gendarme la plus proche, puis, sur un ultime « Bonne soirée, messieurs », il disparut dans la nuit. En tout, il était resté moins de trois minutes sur place.

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« Tu ne connaissais pas le Docteur ? » me demanda Henri.

Nous chargeâmes le corps et partîmes. Mais déjà, j’avais l’esprit occupé : je venais de m’inscrire sur Meetic, et je réfléchissais au moyen de bénéficier des lumières de mon collègue sans me trahir.

C’est le cerveau bouillonnant que je partis vers le chapitre 5.

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