Le croque-morts amoureux, chapitre 5

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Comme tous les vendredis, nous vous proposons notre feuilleton totalement fictionnel sur les mésaventures d’un croque-morts amoureux. C’est parce que le vendredi, c’est permis. N’hésitez pas à laisser vos commentaires ou suggestions de rebondissements, ça fera plaisir à l’auteur anonyme qui se trouve dans le caveau humide ou Mémoire des Vies l’enferme afin de préserver son inspiration.

Chapitre 5

Où nos deux compères, de retour de réquisition, devisent gaiement des joies des sites de rencontre et de l’importance d’y soigner son profil. Le meilleur, bien entendu.

332871-300x200 Le croque-morts amoureux, chapitre 5 « Le problème, avec les sites de rencontre… » ânonna mon compère.

Nous étions partis arroser dignement notre réquisition au bistrot du coin. Et, ma curiosité aidée par l’alcool (j’avais moins de réserve à poser mes questions, et lui moins de gêne à y répondre), je l’avais interrogé sur les sites de rencontre qu’il utilisait pour trouver la femme de sa vie.

Avec la ferme intention, mais je ne le lui avais pas avoué, d e m’y inscrire moi-même.

« … Mon verre est vide ! » fini-t-il.

Inconvénient de l’alcool : le mixage entre deux phrases indépendantes et sans lien entre elles. C’était mon tour de payer la tournée. J’adressai un signe au barman.

« L’inconvénient, donc » reprit-il « c’est que, bon, il faut remplir un profil. Et que les femmes, elles sont en quête de sécurité. Alors, tu as beau dire que tu ne fumes pas, que tu es fidèle et que tu partages les tâches ménagères, tu vois, au bout d’un moment, il faut aussi que tu expliques comment tu vas prendre part au fonctionnement financier du ménage » Il me jeta un regard plein de sous entendu « C’est pas qu’elles soient vénales, hein, c’est juste que les gigolos, c’est bon pour les vieux standards du jazz, pas pour la vraie vie, tu vois ? »

Je voyais. Je le lui dis.

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« C’est bien. Je pensai, ce que j’ai dis tout à l’heure, au flic, tu sais ? T’iras loin. »

J’eus le bon goût de rougir.

« et donc, là il suffit pas de dire que tu gagnes plus de quinze mille euros par an. Ou vingt. Ou trente » il surprit mon regard « hé ! T’affoles pas. J’ai de l’ancienneté ! » il sembla réfléchir, puis il poursuivit « Non, il faut dire ce que tu fais pour gagner ton fric. Tu comprends ? »

A nouveau, j’acquiesçais.

« Parce que, bon, tu pourrais être, je sais pas, moi, tueur à gages pour la mafia, ou producteur de films pornos, à ce compte »

J’acquiesçai, encore, sans oser l’interrompre. Même si j’étais à peu près persuadé que les tueurs à gages gagnaient plus que cela. J’avais, un temps, songé à embrasser cette carrière lucrative, mais le manque de sécurité de l’emploi, dans tous les sens du termes, et un vague relent de moralité, m’avaient refroidis, avec un certain esprit d’à propos et un calembour douteux. A ma décharge, j’étais jeune.

« Donc, il faut inscrire ta profession. Pas une profession bidon, une vraie : imagine que tu tombes sur la femme de ta vie, et qu’elle ne supporte pas le mensonge ! »

« Les femmes n’aiment pas le mensonge, en général » ajoutais-je.

« Ha ! Tu vois ! Donc, ta profession. Eviter croque-morts, surtout. C’est péjoratif. Ainsi que toutes les références au funéraire. Toutes les gothiques vont rappliquer ventre à terre. »

« Ben, elles sont super jolies, en général, les gothiques » commentais-je.

« Et tu crois que si celles-ci étaient si jolies que cela, elles auraient besoin de s’inscrire sur des sites de rencontres ? Il y a des exceptions partout. »

C’était frappé du sceau de la sagesse éthylique. J’opinai.

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« Donc, j’indique que je suis spécialiste des arrangements préparatoires » finit-il.

« Et ça marche ? »

« Disons qu’il faut que je gagne du temps »

« Et tu as déjà décroché des rendez-vous ? Au bout d’un moment, elles doivent demander des précisions, non ? »

« Ouais » il sembla réfléchir, puis il me raconta son dernier rencard. J’écoutais en me disant que je tenais mon chapitre 6.

 

(à suivre)

 

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