Le croque-Morts amoureux, chapitre 6

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Comme tous les vendredis, nous vous proposons notre feuilleton totalement fictionnel sur les mésaventures d’un croque-morts amoureux. C’est parce que le vendredi, c’est permis. N’hésitez pas à laisser vos commentaires ou suggestions de rebondissements, ça fera plaisir à l’auteur anonyme qui se trouve dans le caveau humide ou Mémoire des Vies l’enferme afin de préserver son inspiration.

Chapitre 6

Où il est conté une anecdote sur la difficulté pour un croque-morts d’annoncer son métier, et peut être aussi un vague message sur l’art et la manière de le faire.

332871-300x200 Le croque-Morts amoureux, chapitre 6« Nous nous étions donné rendez-vous dans un restaurant »

Quel genre de restaurant ? M’enquis-je.

« Un grand restaurant » répondit-il.

Cher, supposais-je. Il aimait faire les choses en grand, donc.

« Et juste ce soir là, j’allai fermer, rentrer chez moi me changer pour le rendez-vous, tout ça, quand la famille est entrée. »

Quelle famille ?

« la famille, celle qui arrive une minute avant la fermeture »

Oui. Je voyais. Cette famille-là. Celle qui arrive juste au moment ou vous alliez fermer le bureau, pour organiser des obsèques, avec un dossier compliqué sous le bras. Il y a deux genres de croque-morts, m’a-t-on expliqué. Le mauvais croque-morts, lui, demande à la famille de revenir le lendemain. Le bon croque-morts se résigne et reste s’occuper d’eux sur le champ.

Henri était un bon croque-morts.

Lorsque la famille partit enfin, il lui restait dix minutes pour se rendre à son rendez-vous. Juste ce qu’il lui fallait pour le trajet. Il s’empara d’une bouteille de déodorant dans le tiroir de son bureau, s’en aspergea, vérifia sa mise dans le miroir : costume de croque-morts, tant pis, il ferait avec.

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Il arriva pile à l’heure au restaurant, elle se fit désirer vingt minutes : le protocole subtil qui régit les relations hommes-femmes était respecté.

Elle avait un physique plaisant. Inutile de la décrire ici : on n’est pas dans un magazine de mode. Mais elle était aussi jolie que souriante, et Henri sentait qu’il ne la laissait pas indifférent.

Le repas se déroula sans encombres, la conversation dérivant d’un sujet à l’autre, sans véritable fil conducteur, comme lorsqu’un couple se découvre et bondit d’un sujet vers une autre comme autant de merveilles qu’un enfant découvre dans un magasin de jouet. Ce qui est véritablement dommage, c’est que toutes ses merveilles seront reprochées plus tard, quand la routine sera installée et devenue lassitude.

Henri me racontait une soirée idyllique. J’attendais avec impatience ce qui clochait, puis, comme il semblait peu désireux d’en venir au fait, je lui posait franchement la question.

« C’est le boulot, bien sûr »

Il ne lui avait pas dit sa profession ?

« Pas vraiment. Je lui ait dit que j’étais dans le recyclage, tout au début, elle n’avait pas insisté, moi non plus »

Et donc, il lui avait annoncé la couleur ?

« En quelque sorte. Elle m’avais mis à l’aise, j’étais fatigué, j’avais un peu bu… »

Et donc ?

« Et donc, dans un grand éclat de rire, je lui ai dis que j’étais croque-morts, que je recyclai du cadavre »

Peu élégant.

« Non, peu élégant. Tellement peu élégant qu’elle s’est levée et elle est partie ».

Elle s’est levé ? Elle est partie ? Mais, elle a dit quoi ?

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« Rien. Elle n’a rien dit. Elle s’est levée, elle est partie, sans un mot. Sur le site de rencontres, elle m’a bloqué comme indésirable. J e n’ai jamais plus eu de nouvelles ».

Voilà qui concluait une belle histoire.

(à suivre)

Note : à l’attention de ceux qui pensent que l’auteur exagère, l’anecdote contée ici est tirée de faits réels.

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