Le croque-Morts amoureux, chapitre 7

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Comme tous les vendredis, nous vous proposons notre feuilleton totalement fictionnel sur les mésaventures d’un croque-morts amoureux. C’est parce que le vendredi, c’est permis. N’hésitez pas à laisser vos commentaires ou suggestions de rebondissements, ça fera plaisir à l’auteur anonyme qui se trouve dans le caveau humide ou Mémoire des Vies l’enferme afin de préserver son inspiration.

Chapitre 7

Où nous retrouvons notre narrateur dans une situation surprenante au terme d’une ellipse.

332871-300x200 Le croque-Morts amoureux, chapitre 7Je me demandais ce que je foutais là. Debout dans un costume-cravate, essayant de garder un visage impassible. Sauf que cette fois-ci, je n’étais pas payé pour ça, et tout le monde avait l’air heureux.

Henri se tenait pas très loin, derrière le maire, qu’il connaissait, bien entendu. Je serai à sa place le samedi suivant. Ma mère lançait des regards tantôt en ma direction, tantôt dans celle d’Henri, qui lui lançait en retour des regards enamourés. Je regrettai que mon père ne soit plus là. C’était la vie. Je passai mon temps à enterrer les pères des autres, le mien non plus n’était pas immortel.

Depuis ces quelques mois, ou j’étais devenu conseiller funéraire titulaire, Henri était passé pour moi du stade de formateur à celui d’ami. C’était tout naturellement que j’avais pensé à lui pour être mon témoin lorsque j’avais acheté la bague, avant même que ma future épouse me dise oui. J’étais persuadé qu’il accepterait. Mais j’étais loin de me douter qu’il en profiterai pour épouser ma mère.

Jacques et Daniel, les patrons, leurs épouses respectives, tous les employés de la boîte et leurs conjointes, même quelques agents de l’hôpital local étaient là. Impassibles et sérieux. Trop sérieux.

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Oh, bon sang : je les connaissais : ils passaient leur temps à rigoler. Sauf au boulot, bien sûr, mais à la moindre occasion, c’était la franche poilade. Ce sérieux ne voulais pas dire qu’ils respectaient la solennité de l’instant : il n’y avait pas de solennité, pour eux, en dehors de la présence d’un mort. Ca voulait juste dire qu’ils préparaient un coup d’éclat. Et quand ils avaient l’air aussi serein, c’est que le coup d’éclat serait efficace, ils en avaient la certitude.

Moi j’étais inquiet, du coup. Ce qui les rendait d’autant plus heureux.

C’était bon de voir que tout le monde avait répondu à l’invitation. Je supposait que c’était parce qu’ils m’aimaient bien. Tout le monde était là.

Sauf, bien entendu, la thanatopractrice.

J’avais développé une allergie des thanatopracteurs. Je considérai qu’ils se prenaient pour l’aristocratie des pompes funèbres, qu’ils prêchaient, qu’ils discouraient, bref, qu’ils étaient parfaitement insupportables. Je ne cachais pas cette allergie, d’ailleurs.

Mais je dois vous laisser, chers lecteurs. Il y a un frémissement dans la foule, pas le frémissement qui se produit lorsque le cercueil entre, plutôt celui, plus rare, quand entre dans la pièce, au bras de son père, une thanatopractrice magnifique dans sa robe de mariée, sur le visage de qui on peut lire le plus grand bonheur et la satisfaction manifeste de celle qui a eu le dernier mot.

Ce sont des choses qui arrivent.

Je vous raconterai pourquoi et comment dans le dernier chapitre, d’accord ? Et je vous raconterai aussi comment Henri s’est retrouvé à épouser ma maman.

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Mais la semaine prochaine.

Parce que là, maintenant, tout de suite, je vais me marier. Avec une thanatopractrice.

Ne contrariez jamais une thanato. Son trocart est certainement même invité à sa noce.

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