Le Formol

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Pour rappel, un article de Régis Narabutin, écrit pour défendre le formol, à une époque ou celui-ci était remis en questions. Il est, nous semble-t-il, toujours d’actualité.

cerveau_formol_mag_banner-300x197 Le Formol
Cerveau dans un bocal de formol

La nouvelle réglementation communautaire va engendrer une importante réduction du nombre de substances mises sur le marché.

Une procédure préalable de notification a permis d’identifier environ 1000 substances actives en Europe. La majorité d’entre elles ont été retirées du marché avant 2006, à l’initiative des industriels, en raison des coûts des évaluations. Les autres (364 substances) devaient être évaluées avant 2009; on peut estimer que la France aura à évaluer environ 11 % de ces substances. Dès 2004, elle a entamé l’évaluation de 7 substances actives prioritaires et à partir de mai 2006, elle était chargée d’évaluer 12 substances complémentaires. Par assimilation aux produits à usage agricole, on estime qu’une « substance active » donne lieu à la formulation de 10 produits biocides. Il est par conséquent prévu que les 400 substances existantes à évaluer génèreront environ 4000 produits biocides dont environ 20 % (800 produits) seront distribués en France.

Comme les substances, chacun de ces produits doit également  être évalué pour ses effets sur la santé humaine et sur les organismes vivants ainsi que pour les risques qu’il présente pour les travailleurs, pour les consommateurs et pour l’environnement.

 La réglementation qui se met en place prévoit l’établissement de listes communautaires “positives” de substances autorisées (toutes les autres sont interdites) et un régime d’autorisation des produits biocides dans chaque état membre :

On désigne par “biocide” les pesticides à usage non agricole dont la substance active exerce une action contre les organismes vivants nuisibles.

On distingue alors 23 classes de biocides appartenant à 4 groupes :

Groupe 1 : Les désinfectants (hygiène humaine et animale)

Groupe 2 : Les produits de protection (du bois, des conteneurs, fluides industriels etc)

Groupe 3 : Les produits anti-parisitaires comme les rodenticides et les répulsifs

Groupe 4 : Les autres produits (protection des aliments, anti-salissures, fluides d’embaumement, lutte contre les vertébrés etc

Tout fabricant, importateur, vendeur ou responsable de la mise sur le marché en France de produits biocides doit transmettre sans délai à L’ Institut National de Recherche et de Sécurité des informations relatives à ces produits comprenant la composition chimique, le type de produit etc.

Cette obligation s’applique à tous les produits biocides, anciens ou nouveaux, ayant reçu ou non une autorisation de mise sur le marché dans le cadre de la règlementation biocide; ces informations seront utilisées pour répondre à toute demande d’ordre médical en vue de mesures tant préventives que curatives et notamment en cas d’urgence.

Quand on parle de classification, il s’agit de la classe dans laquelle la substance active s’inscrit et le produit principal utilisé que l’on appelle substance active .

Dans le cas présent  cette dernière doit être classifiée, le formol en fait donc partie.

Nathol 2000, distribué par la société EIHF et Thanadès ont vu leurs agréments supprimés car les produits utilisés à leur conception n’avaient pas été répertoriés à temps dans cette loi biocide qui classe les actifs , la question n’est pas de savoir si ces produits contenaient ou non du formol ou n’importe quelles autres substances mais seulement si ces fabricants avaient  déposés la liste des agents actifs de leurs formules en temps et en heure auprès de la Commission Européenne en charge de ce dossier.

La loi sur les biocides prévoit également une législation draconienne quant aux publicités et au marquage des étiquettes des produits de conservation. En aucun cas les fabricants de fluides ne peuvent inscrire sur leurs étiquettes ou sur leurs publicités vantant les mérites de leurs produits les mentions “Bas risques pour la santé” et “Biocides à faible toxicité”tant que l’Allemagne, Pays en charge de ce dossier, n’a pas rendu son avis (pas de date de fixée pour l’heure).

Dans un rapport du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) établi par  Laure Dessart, Charles Louis Serpentini, Florence Benoît Marquié et Armand Lattes en 2006 et intitulé “Fluides d’embaumement, une vie après le formol”, ces scientifiques avaient travaillé sur une étude comparative de différentes solutions de transition en vue de remplacer le formol dans l’activité qui est la notre.

Le but de cette recherche était de proposer des alternatives au formol avec des composés différents, moins toxiques si tant est que le formol le soit autant qu’on veuille bien le prétendre (voir convention de Barcelone en 2007 en fin d’article).

Un tableau récapitulant les seuils d’irritabilité avait même été rédigé en fonction du nombre de ppm (particules par million) décrivant les effets “indésirables”  allant de « 0.8 ppm pour un seuil de “détectabilité sensorielle” à 50 à 100 ppm pour un dommage sérieux lors d’une exposition de 5 à 10 minutes, la toux quant à elle se faisait sentir à partir de 10 à 20 ppm, l’irritation des muqueuses et un larmoiement à partir de 4 à 5 ppm et une irritation oculaire et ORL entre 2 à 3 ppm  contre 1 à 2 ppm pour un seuil d’irritation léger ».

Même si ces données sont avérées, il existe comme pour tous produits dits toxiques des précautions simples à mettre en œuvre telles que le port d’un masque de type FFP2 ou FFP3 ainsi que le port de lunettes de chirurgie et chaque métier possédant ses contraintes, le notre ne fait pas exception à la règle.

Lors de manipulations dans un laboratoire, un chimiste portera des gants et selon le type de produits manipulés il se protègera aussi la sphère ORL; le tout étant de prendre les dispositions adéquates en prenant en compte l’environnement dans lequel nous nous trouvons selon qu’il s’agisse d’un laboratoire équipé de ventilations hautes et  basses ou d’un domicile qui constitue un local technique non adapté et dans lequel il nous faille prendre toutes sortes de précautions pour nous même d’abord et pour la famille ensuite  qui veillera son défunt dans une pièce pas toujours propice à ce type de soins.

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Seulement, l’action du formol se doit d’être bactéricide d’une part mais aussi fongicide, virucide et sporicide quant au liquide de conservation en lui même (incluant le formol dans sa composition), il se doit de posséder différentes propriétés telle que la fixation des tissus (par les agents conservateurs comme le formol ou d’autres aldéhydes de type glutaraldéhyde), il doit permettre une bonne diffusion par la présence d’anticoagulants, il permet également grâce à des agents hydratants de garder une certaine souplesse des tissus et enfin il doit colorer légèrement la personne bien que cette dernière qualité peut être compensée par une cosmétologie spécifique.

Mais cet article mentionne que le formol provoque un dessèchement, une décoloration des tissus “rendant un aspect grisâtre” et qu’il convient de trouver une alternative à ce souci.

Je ne remets pas en question le travail de ces chercheurs car n’étant pas scientifique, en revanche je suis thanatopracteur et j’ai l’expérience que me confèrent les soins que je pratique quotidiennement et tout thanatopracteur, surtout débutant (ce n’est pas péjoratif) a déjà été confronté à ce problème de grisonnement qui n’est pas, comme le prétendent ces scientifiques, un phénomène récurrent et systématique propre au formol.

Certes, cette décoloration se retrouve  dans quelques cas et notamment lorsque l’injection que l’on a faite a été mal appréciée par le technicien et que ce dernier a trop dosé sa “préparation” provoquant ainsi une déshydratation des tissus et une coloration grisâtre tout autour de la sphère ORL; cette même décoloration se retrouve également lorsque cette  sphère ORL n’a pas été assez bien désinfectée laissant le champ libre aux bactéries anaérobies présentes dans la bouche, favorisant leur développement et donc une coloration grise qui contrairement au premier cas (surdosage) émettra une odeur légère ou plus prononcée selon les corps, assez caractéristique, aigrelette et âcre.

Les auteurs répertorient différents agents susceptibles de “remplacer” la molécule formol et notamment :

Le chlorure de zincmais , révèle l’article, son aspect final n’est pas satisfaisant au niveau de l’esthétique puisqu’il produit…….une coloration grisâtre et un manque de souplesse des tissus ! Et l’article mentionne qu’il a été observé des “affections cutanées sévères” alors même si ce dernier ne semble pas poser de problèmes dits environnementaux, il ne réunit pas toutes les caractéristiques qu’un fluide de conservation se doit de posséder et n’est pas exempt de danger non plus.

Le sulfate d’aluminium qui semble ne pas avoir d’application dans le domaine de l’anatomie bien qu’il possède des propriétés “anti infectieuses, coagulantes et tannantes” relate l’article mais sa caractéristique principale est qu’il demeure insoluble dans l’alcool ce qui rend la conservation délicate puisque  l’alcool est un solvant indispensable  au bon fonctionnement d’un liquide d’embaumement… De plus, vu le peu de renseignements sur son éventuelle toxicité, il est difficile, semble t il d’émettre un avis favorable ou défavorable

L’hydrate de chloralqui a déjà été utilisé dans des laboratoires d’anatomie pour la conservation de tissus humains mais là encore, aucune  étude sur sa toxicité ou non toxicité n’a été faite récemment….

Alors même si certains composés ayant faits l’objet de dépôts de brevets tels que le Diéthylacétal(brevet Russe), le Glyoxal (qui possèderait la même toxicité que le formol), les Acides ou Sels qui s’utilisaient déjà aux XVII et XVIII ème siècle dans diverses préparations fastidieuses ou encore des dérivés iodés tel que le Dr Barrow semble le décrire dans une composition “ne contenant pas d’aldéhyde formique mais dont l’agent principal de conservation est un désinfectantiodé non toxique”  ( à ce propos comment un désinfectant peut il conserver ? )

La seule et unique “piste” plausible pour l’heure réside dans ce que l’on nomme les “Libérateurs de formol”puisque pour reprendre les propos de ces chercheurs “l’efficacité du formol étant largement prouvée”, il ne reste plus qu’à orienter les recherches vers des molécules qui libèreraient du formol tel que le “quaternium 15″ qui libère par un “procédé d’hydrolyse du méthylène glycol (et du fait qu’il soit instable), se décompose en formaldéhyde et en eau donc en formol “! De plus, même si la teneur en formol semble peu élevée, les temps de “relargage” sont trop longs pour l’application que l’on veut en faire à savoir les soins de conservation !

Il reste les “Agents Tannants” utilisés comme son nom l’indique dans les industries du cuir qui permettent de transformer la peau en cuir et selon ces chercheurs cela  constituerait une barrière anti-microbienne mais cette industrie utilise des sels de chrome qui sont reconnus toxiques mais aussi l’arsenic que l’on ne retrouve plus dans les formules des liquides d’embaumement depuis le décret 76-435 de 1976 (ni cadmium, ni plomb ni arsenic); seuls les sels d’aluminium restent intéressants car pour le coup, non toxiques…

Et comme la nature fait bien les choses, il existe des tannins végétaux issus de différentes écorces de plantes et d’arbres  tels que le mimosa, l’acacia ou encore le chêne et sont utilisés dans les conservateurs du bois car possédant des propriétés anti-fongiques.

L’article précise qu’il “semble” “que l’acide tannique puisse être utilisé dans des mélanges de conservation “.

“Les dérivés de Sucre”sont mentionnés également suite à la découverte du corps d’un homme retrouvé dans un marécage des États Unis et parfaitement conservé depuis 2000 ans grâce aux propriétés anti-microbiennes et conservatrices de la tourbe; le tannage observé sur la peau de cet homme serait le résultat d’une combinaison complexe contenants des résidus d’un acide particulier et qui aurait provoqué ce tannage. Le problème demeure dans le fait que ce type de molécule n’existe pas dans le commerce sous forme oxydée et qu’il faille oxyder les polymères et dont le coût reste assez élevé.

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Et enfin l’article relate  qu’il existe des “brevets déposés par de grandes marques de cosmétiques utilisant différentes molécules à base de solutions de tannage qui ne poseraient pas de problèmes environnementaux comportant des sels, des acides carboxyliques, acryliques, crotoniques ainsi que des polymères (car non toxique et biodégradable)” mais leur application dans notre domaine n’est pas envisageable puisqu’ils  sont “solubles dans l’eau et engendrent des augmentations de la viscosité (alors que les liquides de conservation ont sensiblement la même viscosité que l’eau)”.

Le coût est non négligeable semble t il mais cela reste une piste à développer…Comme tant d’autre serais je tenté de dire ! Ce rapport mentionne aussi  la DHA” (Dihydroxyacétone),  autre molécule qu’un célèbre groupe  de cosmétique utilise à des fins d’autobronzants mais qui présente un coût bien plus élevé que le formol….

Enfin, après avoir exploré toutes ces pistes, ces chercheurs pensent que les Liquides Ioniques peuvent être la planche de salut des thanatopracteurs car ils possèdent de nombreuses qualités comme leur faible toxicité et le fait qu’ils soient d’excellents solvants, recyclables et peu onéreux et surtout ne rejetant aucun Composés Organiques Volatils; l’article va même jusqu’à mentionner que des essais ont été concluants sur des “tissus” d’animaux et que l’on pouvait noter une absence de décomposition, une bonne odeur et une coloration inchangée mais l’article ne précise pas pendant combien de temps et dans quelles conditions ont été faits ces essais ?

formol_zoom-z-219x300 Le Formol
Molécule de formol

Au moins, ce travail a le mérite d’avoir exploré toutes les pistes scientifiquement exploitables en exprimant les avantages et les inconvénients que chaque molécule possède mais le fait est qu’actuellement, rienne peut remplacer le formol tant par son mode d’action, son efficacité et son faible coût qui en font une molécule incontournable du paysage thanatopraxique moderne.

Pour finir, je pense que soustraire le formol du marché serait un non-sens et une lourde erreur et nous reviendrions alors environ 150 ans en arrière en terme de conservation des corps.

Qu’aurions nous à proposer aux familles comme alternative ? Un liquide dit « bio » mais sans efficacité ?  Une table réfrigérante ? Une bonne dose de carboglace ? Prenons le temps de la réflexion et ne décidons rien dans l’urgence car cela nous desservirait, assurément.

Il faut Continuer à chercher des solutions alternatives bien entendu mais ce n’est que mon avis de petit thanatopracteur de province….

Sources :

Laure Dessart est responsable du Laboratoire des Compatibilités dans une Société de cosmétiques

Charles-Louis Serpentini est Docteur en Chimie

Florence Benoît-Marquié est Maître de conférence en chimie

Armand Lattes est Professeur de chimie

Formacare: Conférence scientifique internationale à Barcelone

Le formaldéhyde en route vers la réhabilitation à Barcelone, le 21 septembre 2007.

« L’utilisation commune du formaldéhyde dans les produits de consommation et d’autres applications n’engendre pas de risques pour la santé humaine. C’est ce qui ressort de la conférence scientifique internationale sur le formaldéhyde qui s’est tenue hier et aujourd’hui à Barcelone.

En présence d’instituts parmi les plus prestigieux au monde et des représentants de l’Allemagne, de Suède, du Royaume-Uni, des Pays-Bas, d’Israël, des États-Unis et du Brésil, la conférence s’est transformée en un des plus importants débats scientifiques de l’histoire de la recherche sur le formaldéhyde.

Formacare, l’association européenne de l’Industrie du formaldéhyde était l’organisatrice de la conférence à laquelle ont également participé des représentants de la Commission Européenne et a fait un discours sur le statut de la législation chimique européenne.

Le signal “la voie est libre” pour le formaldéhyde dans son traitement et son utilisation modernes se base sur un certain nombre d’études scientifiques récemment publiées (ou non encore publiées) sur l’épidémiologie et la toxicologie du formaldéhyde.

Ce signal arrive 3 ans après que le Centre International de la Recherche sur le Cancer (CIRC) a provoqué une vive controverse en classant le formaldéhyde parmi les produits cancérigènes pour l’être humain en 2004. Cette évaluation se fonde principalement sur des expositions historiques de travailleurs remontant à l’année 1937, à savoir une époque lointaine à laquelle l’exposition au formaldéhyde était bien plus fréquente qu’aujourd’hui.

“La classification d’IARC est surprenante si l’on considère les données épidémiologiques limitées et contradictoires sur laquelle elle est basée”, commente le Professeur Hans-Olov Adami, Chair Department of Epidemiology à l’université d’Harvard.

Le professeur David Coggon, du Conseil de la recherche médicale de l’université de Southampton, ajoute ” En comparaison avec la plupart des substances chimiques, il y a une base substantielle d’évidence épidémiologique sur le formaldéhyde. Si il y a un risque de cancer dû à des expositions similaires à celles des pays occidentaux, il doit être très limité”.

Obtenir des données fiables et encourager une discussion scientifique ouverte était la responsabilité recherchée par l’industrie, a déclaré le Secrétaire Général de Formacare, le Docteur Detlev Clajus. “Le dialogue de Barcelone est un grand succès et servira de base à un dialogue constructif avec les autorités nationales et Européennes. Nous nous réjouissons de la reconnaissance et du soutien manifestés par la Commission Européenne”, a conclu le Dr Clajus.

C’est le professeur Elke Anklam, Directrice d’un des instituts du Joint Research Center de la Commission Européenne qui a présidé la première session principale sur l’épidémiologie.

Sur la base des résultats scientifiques récents présentés à la conférence, l’évaluation du formaldéhyde par le CIRC se fait de la manière suivante :

1) L’évidence de la formation du CNP est très ambigüe

2) La leucémie liée au formaldéhyde hautement improbable

3) Pas d’effets mutagènes observés :

4) Des limites empêchent les irritations sensorielles.

Plus d’informations et les détails, y compris sur les présentations de la conférence et des résumés des études présentées sur le site :  http://www.formacare.org

Régis Narabutin, Artisan thanatopracteur

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2 COMMENTAIRES

  1. Article très bien réalisé. Merci.
    Je suis moi même thanato dans un fac de médecine en Belgique.
    J’aimerais savoir ou en est réellement cette règlementation (interdiction) sur l’utilisation du Formol ?

    Jusqu’il y a peut, nous faisions notre sérum de conservation nous même basé sur formule efficace.
    Celle-ci comportait, évidement, du formol, de hydrate de chloral, de l’alcool, etc…. Mais depuis les bruits concernant l’interdiction du formol, nous somme passé à des solutions “toutes faites” et “prête à l’emploi” Mais vu mes longues années de pratique du métier, je constate que ces produits ne sont pas efficace sur du long terme. Notre bon vieux Formol nous manque !

     

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