Le mystère du Mary Celeste

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Il en est des fantômes comme d’autres sujets, dans les professions funéraires : L’on passe trop de temps avec les morts pour y croire. Il faut quelque chose d’un peu plus gros. On l’a trouvé : un bateau.

A l’abordage !

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Le Mary Celeste en 1890

Le 4 (ou le 5, les dates varient parfois) décembre 1872, il y a 140 ans aujourd’hui, l’équipage du Dei Gratia, commandé par le capitaine Morehouse, aperçu à l’horizon la voile d’un bateau dont la trajectoire allait croiser la leur. L’homme de permanence à la vigie, Johnson, appelle l’officier marinier Wright pour lui faire observer quelques anomalies : le bateau a une trajectoire étrange, et les voiles sont mal positionnées. Le second Maître va à son tour quérir le capitaine. Morehouse observe le bateau à la longue vue.

Il le reconnaît : c’est le Mary Celeste, un brigantin, parti une semaine avant lui de New York, commandé par son ami Benjamin Spooner Briggs. “Je ne vois pas d’homme à la barre !” s’exclame-t-il. De plus en plus intrigué, le capitaine ordonne de mettre le cap vers le bateau, et, arrivé à portée de vois, le hèle à plusieurs reprises. Rien ne bouge à bord. Finalement, le capitaine décide d’envoyer un canot avec Johnson, Wright et un troisième marin nommé Oliver Deveau. Wright et Deveau montent à bord. Personne ne vient à leur rencontre.

Exploration

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L’abordage du Mary Celeste par le Dei Gratias

Durant une heure, les deux marins explorent le Mary Celeste de la poupe à la proue. Il est vide de toute présence humaine. Les voiles sont mal bordées, les gréements emmêlés, la drisse de la grande voile est coupée, la barre à roue tourne dans le vide, l’habitacle de cette dernière gît brisé à terre, la trappe principale menant à la cale est bien en place, mais certains panneaux d’écoutille gisent, démontés. Il y a trente centimètres d’eau dans la cuisine, six mois de provisions dans le magasin, dont une partie est gâtée, et de l’eau potable en quantité. Bref, rien ne manque à bord, sauf l’équipage. Qu’est-il devenu ? Aucun indice ne l’indique. Le Mary Celeste n’est pas sur le point de couler, il reste parfaitement manœuvrable. Il n’y a donc aucune raison apparente pour l’avoir abandonné. Le mystère est complet. Dans la cabine du capitaine, Oliver Deveau trouve le journal de bord. La dernière entrée date du lundi 25 novembre : “À cinq heures, l’île de St Mary à l’ESE.” C’est l’île Santa Maria des Açores.

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En fouillant bien, les deux hommes constatent encore qu’il manque plusieurs instruments de navigation : le chronomètre, le sextant, ainsi que le contrat de transport maritime, le livre de navigation et une petite yole. L’équipage l’a-t-il empruntée pour s’enfuir ? Mais pour fuir quoi ? Qu’est-ce qui a pu conduire un capitaine et ses hommes à abandonner le Mary Celeste, apparemment en parfait état de naviguer ? Quelle raison peut bien expliquer ce geste désespéré pris normalement en dernier ressort, avant un naufrage ? Le capitaine Morehouse et son équipage s’interrogent longuement sans trouver de réponse. Finalement, ils décident de piloter le voilier fantôme jusqu’à Gibraltar pour réclamer la part de marchandise due aux découvreurs d’une épave en mer. Les cales du Mary Celeste sont remplies de tonneaux d’alcool.

Le bateau maudit

Le Mary Celeste avait tout, dès sa mise à l’eau, du bateau maudit. Le premier capitaine mourut quelques semaines à peine après sa prise de commandement. Puis le brigantin fut vendu de propriétaire en propriétaire, qui tous firent faillite.

Un bateau de sauvetage manquait à l’appel. Mais l’enquête démontra qu’il avait été perdu par accident à New York, et qu’il n’avait pas été remplacé. L’alcool à bord était dénaturé, donc impropre à la consommation. L’équipage n’aurait pu s’enivrer. L’équipage était d’ailleurs constitué d’hommes rigoureux et expérimentés. Pas du genre à se mutiner.

L’equipage du Dei Gratia finit par toucher un sixième de la valeur de la marchandise assurée, soit l’équivalent de 120 000 euros aujourd’hui, une coquette somme. L’enquête ne parvint jamais à une conclusion satisfaisante.

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La plupart des chercheurs aujourd’hui pensent qu’une évacuation d’urgence a été ordonnée, suite à l’embrasement d’une petite partie de l’alcool contenu dans les tonneaux, par crainte de l’explosion. L’incendie se serait étouffé de lei-même, mais l’équipage se serait perdu en mer, incapable de regagner le navire.

Le bateau, rendu à son légitime propriétaire, continua de porter malheur. Le père d’un des armateurs se noya alors qu’il se trouvait à bord. Le brigantin fut alors revendu, dix-sept fois en douze ans, jusqu’à ce qu’il coule lors d’une tentative d’escroquerie à l’assurance qui avait mal tourné.

Certains ont prétendu avoir retrouvé l’épave, mais, faute d’identification formelle, la Mary Celeste est toujours considérée comme perdue, et son mystère toujours irrésolu.

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