Le nouveau diplôme des croque-morts

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La nouvelle a fait grand bruit dans nos rangs, et l’on découvre peu à peu les modalités du nouveau diplôme imposé dans la branche du funéraire.

140 heures au lieu de 96 pour les conseillers funéraires et un module de stage en entreprise.

Je considère qu’une fois de plus, a été imposée une loi dont les conséquences n’ont pas été mesurées à leurs justes titres.

diplome2010-300x275 Le nouveau diplôme des croque-morts

La formation de conseiller funéraire coûte entre 1000et 2000selon les organismes et il s’agît déjà d’une somme pour le chômeur qui cherche à se reconvertir dans un métier de vocation. Pour le petit entrepreneur aussi, qui peine déjà à maintenir la tête hors de l’eau et qui devra certainement raquer 10 à 20% de + pour former ses employés. Employés qui lui manquaient déjà pendant les 2 semaines et demie que comportait la formation de base.

Du temps en plus, de l’argent en plus aussi. Sanctionner cette formation par diplôme ne peut pas être négatif en soit, et le stage en entreprise est un module qui, je tiens à le souligner, est une très bonne idée. Mais je veux dénoncer des objectifs qui pour moi ne sont pas atteints dans la profession et qui ne le seront certainement pas grâce à ce nouveau diplôme.

La formation pour exercer ce métier est indispensable. Je regrette simplement qu’elle ne soit pas continue. Dans la petite ville où j’exerce, certains concurrents travaillent toujours « à l’ancienne » et n’ont pas forcément prit en considération le dernier bouleversement du funéraire, à savoir la loi du 19 décembre 2008 et qui nous a simplifié les démarches concernant notamment le transport de corps. J’ai moi-même eu la chance d’être informée de cette loi par mon ancien formateur aux 96h, sans lequel, peut-être moi aussi, j’aurais continué à attendre la réponse de la mairie de Machin pour effectuer un transport de corps. Et justement, les Mairies, parlons-en.

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Je ne vais pas mettre tout le monde dans le même panier ni généraliser. Mais les pires contre-informations que j’ai pu entendre depuis que je pratique ce métier, émanaient trop souvent des employés de Mairie. Il y a ceux qui ne savent pas, et à qui je me fais un plaisir d’expliquer. Et il y a ceux, qui inventent des lois, des règlements et des décrets imaginaires absolument aberrants. En tant que professionnelle, je me dois de rester courtoise quand j’entends des absurdités aussi grosses que des éléphants, prendre sur moi et parfois même me plier à une administration qui me met des bâtons dans les roues sans même savoir qu’il existe ce magnifique ouvrage que l’on appelle le CGCT. Je me plie à des lois ou des règles qui n’ont pas lieu d’être, parce que j’ai une famille qui compte sur moi pour organiser des obsèques, et que se mettre un Maire à dos n’a jamais porté ses fruits dans le métier.

Alors quand j’apprends que le jury du nouveau diplôme sera composé de maires, adjoints au maire ou délégués municipaux, j’ai envie de m’arracher les cheveux. Quand je vois qu’une des principales personnes qui d’après moi est apte à juger si, oui ou non je ferais un bon croque mort, à savoir le chef d’entreprise de PF ou le conseiller funéraire ne fera pas partie de ce jury, je peste.

Je n’ai pas attendu ce diplôme pour savoir que mon métier est reconnu, parce que je le sais, ne devient pas conseiller funéraire qui veut. Mais quitte à faire un diplôme, j’aurais aimé que l’on arrête de faire l’autruche sur des points qui me paraissent essentiels.

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Les professionnels du funéraire ont besoin d’être informés en continu de la règlementation et de son évolution, quitte à passer par des formations d’un ou deux jours tous les 2 à 3 ans, quand quelque chose change. Avoir ce diplôme m’aura peut-être permis d’obtenir mon poste à cet instant T, mais ne prouvera pas que je le fais toujours aussi bien 10 ans après. Venez me voir dans 5 ans, et dîtes moi si je fais quelque chose de travers, on ne peut pas corriger une erreur quand on ne sait même pas que cela en est une. Et par pitié, formez mes partenaires employés de mairie, agents hospitaliers et policiers sans lesquels nous ne pouvons travailler. Puis tant que j’y suis, j’apprécierais que la DGCCRF torde le coup à des pratiques qui sévissent même après 1993, et s’intéresse un peu plus à notre branche.  Sur le terrain.

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7 COMMENTAIRES

  1. Je suis tout à fait d’accord avec votre réaction.
    Par ailleurs, pour les stages, vers quelles entreprises de pompes funèbres va-t-on envoyer les stagiaires ?
    C’est également très surprenant que les maires soient associés au diplôme alors qu’ils n’ont déjà pas le temps de nous signer rapidement les registres d’Etat Civil pour que l’on obtiennent les actes de décès.
    Par contre, pour les mises à jour sur les changements de législation, mon partenaire sur la prévoyance entre autre : Le Voeu, à un service juridique plutôt performant, à notre écoute et surtout qui nous fait part de ces fameux changements de législation.

     
  2. Oui, le problème des entreprises pour caser des stagiaires va se poser aussi!
    C’est un + d’avoir un tel service avec Le Voeu, mais certaines entreprises même si elles seront de + en + rares tiennent à leur totale indépendance et n’en bénéficient pas!

     
  3. je propose que les élus et les agents d’état civil effectuent un stage avec une société de transport de corps

    souvent oubliée dans le funéraire voir des horreurs on verra après les réactiions

     
  4. Le texte sent le vécu et ce qui métonne le plus dans cette loi vite et mal écrite c’est l’abscence de réaction des soit-disant syndicats de Pompes Funèbres (et non de croque mort!) qui restent atones et aréactifs devant cette mesure !
    Ont ils été consultés au préalable? Personne ne le sait! Le CNOF a-t-il été saisi pour avis? personne ne le sait! La FFPF? La CPFM? Personne ne le sait!
    Par contre ils sont bien là à vous, à nous représenter contre une cotisation parfois bien élevée mais peu justifiée pour le manque cruel d’information à ce sujet…
    Ils ont prévenu pour la plupart que la loi était dans les cartons et qu’elle allait changer mais qu’ont-ils faits pour l’éviter?
    Pas grand chose à priori ou si peu vu le triste résultat, on tricote des lois vite et mal écrites, on les détricote aussi vite, c’est même à la mode en ce moment mais au final qui est le plus lésé?
    L’entrepreneur de Pompes Funèbres bien entendu, qui au final va devoir se délester de personnel pendant deux ou trois longues semaines sans aucune contrepartie financière du reste et combien de temps attendra son salarié avant de passer devant cette commisssion dont les membres eux-mêmes ne connaissent pas rigoureusement les lois qu’ils sont censés appliquer?
    Cela prêterait à rire si ce n’était pas encore d’actualité mais malheureusement le mal est fait et avant qu’il y ait un Décret pour modifier cet abracadabrantesque loi sans queue ni tête, il coulera de l’eau sous les ponts soyez en certains…

     

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