Le Patrimoine Breton, première partie

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Les calvaires.

calvaires-plougastel-france-5016137958-941861-224x300 Le Patrimoine Breton, première partieAu hasard de petites routes de Bretagne ou au cœur des enclos paroissiaux, le promeneur croise fréquemment ces petits édifices, généralement en granit. Les calvaires sont des ouvrages narratifs qui ne représentent pas forcément les miracles de Jésus. La dévotion de l’époque (à partir du XVIème siècle) était plutôt liée à l’humanité du Christ (et de la Vierge Marie), sa naissance, sa vie, sa souffrance et sa mort. Certains d’entre eux relataient les épisodes de l’histoire sainte et étaient considérés comme « la bible des pauvres ». On en distingue trois sortes :

  • Tout d’abord, on trouve les calvaires monolithiques qui ne sont pas les plus anciens mais sont généralement constitués en un seul bloc de pierre (avec ou sans base) et relatent une histoire ou un fait marquant. Beaucoup d’entre eux furent érigés pour conjurer la peste de 1598 ou même en action de grâces après sa disparition.

  • On distingue aussi les calvaires à une seule croix, le plus célèbre de tous reste celui de Guimiliau (29) qui comprend plus de 200 personnages  et qui fait partie des sept calvaires monumentaux bretons!

  • Enfin, on remarque les calvaires à croix multiples, (généralement trois) représentant la crucifixion de Jésus et des 2 larrons.

La structure du calvaire est composée d’une base surmontée d’un mace (appellation qui désigne un massif en pierres de taille plus ou moins architecturé, généralement rectangulaire) et d’une frise sur lesquelles reposent trois fûts. Le premier sur la gauche symbolise le « bon » avec un ange, celui de droite symbolise le «  mauvais » avec le diable et le fût central, bien plus haut que les deux autres possède généralement deux branches sur lesquelles on trouve la Vierge à gauche et St Jean à droite. Encore au-dessus on aperçoit un croisillon supérieur sur lequel figurent des cavaliers et surplombant cet édifice on remarque le crucifix (INRI).

Certains d’entre eux possèdent des « croisettes » qui servaient aux porteurs à pied lors de cérémonies funèbres. Ces derniers portaient le cercueil à dos d’homme et à certains croisements, déposaient le cercueil sur cette pierre plate que l’on nommait ainsi car elles se situaient aux croisements de chemins(3).

Les plus connus et surtout les plus anciens se situent pour les Côtes d’ Armor à Bulat-Pestivien (1550) et à Kergrist-Moëlou (1578).

Celui du Finistère comme Guimilliau qui a été sculpté vers 1581 doit son originalité à la grande simplicité de la crucifixion sous laquelle fourmille un monde de personnages en mouvement.

Les arcades percées dans les contreforts permettaient de processionner.

La niche qui abrite la statue de Saint-Pol-Aurélien est encadrée de colonnes cannelées et au-dessus, sur la plate-forme, figure une Résurrection aux nombreux gardiens.

La gueule du Léviathan qui évoque dans l’art chrétien les limbes devient ici la gueule de l’enfer où des démons tentent d’introduire « Katell Golet »(1). La libération d’ Adam et Ève par le Ressuscité est placée à côté.

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Celui de Brasparts est un tout petit peu plus récent bien que celui de Tronoan de forme rectangulaire et sur deux niveaux soit certainement l’un des plus anciens (1450).

Au pied de la cathédrale des dunes, éclairé le soir par les rayons du phare d’ Eckmühl, le calvaire de Tronoan se dresse à deux pas de l’océan au fond de la baie d’ Audierne. Le socle monumental supporte les trois croix et la frise « bible de pierre », fondée sur les récits évangéliques ; tout cela sculpté dans la pierre de Kersanton. Plus surprenant encore, la Vierge de l’adoration des Mages est couchée les seins dénudés !

L’Ille et Vilaine, la Loire Atlantique et le Morbihan sont également pourvus en calvaires comme ceux de Pléchatel (35), Pontchâteau (44) avec ses statues grandeur nature ou Guéhenno (56).

Les sept calvaires monumentaux de Bretagne dont Guimiliau et Troanan font partie, il reste cinq autres édifices :

  • Le calvaire de Guéhenno qui fut construit en 1550 est le plus à l’est des grands calvaires. Il a été profondément remanié au XIXème siècle après avoir été ravagé pendant la Révolution. Parmi les scènes d’origine, on remarquera la Piéta et la Mise au Tombeau

  • Le calvaire de Pleyben est construit sur un massif en forme d’arc de triomphe, il a été construit entre 1738 et 1742 et taillé dans la pierre de Kersanton (aujourd’hui pratiquement introuvable). On y trouve des groupes sculptés dès 1555 et ce n’est qu’en 1650 que Julien Ozanne a ajouté sur la frise Est trois groupes supplémentaires ainsi que la Cène. La Mise au Tombeau et la Résurrection du Christ sont les groupes les plus remarquables.

  • Le calvaire de Plougastel date des années 1602, 1603,1604, ce dernier aurait été élevé à la suite d’un vœu fait pour obtenir l’arrêt de la propagation de la peste. Sur la frise et la plate-forme s’alignent près de deux cents personnages dans une position hiératique qui confère à l’ensemble une grande solennité. Seule la représentation de l’enfer où les démons retiennent Katell Golet(1) interrompt ce silence de la pierre.

  • Le calvaire de Plougonven a été édifié en 1554 et il est composé de trois croix (calvaire à croix multiples) et de groupes sculptés en pierre de Kersanton (2). Parmi tous les personnages, deux retiennent l’attention : Le Mage de race noire dans l’ Adoration des Mages et le diable à tête cornue, au rictus impressionnant dans la Tentation du Christ au Désert. Sa particularité est qu’il constitue la pièce maîtresse d’un enclos paroissial sur une butte dominant les Monts d’Arrée.

  • Le calvaire de Saint Thégonnec, daté de 1610. Son iconographie se concentre sur le récit de la Passion et de la Résurrection du Christ. Toutefois, la scène de la Crucifixion reprend ici sa place essentielle.

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Les scènes contées sur les calvaires bretons sont classées en deux catégories :

  • Les périodes de Prélude telles que l’ Annonciation, la Visitation, la Nativité, les Mages, la fuite en Égypte, la Présentation, Jésus parmi les docteurs de la loi (les gardiens du temple et représentants de la caste sacerdotale), le Baptême et enfin la Tentation.

  • Les périodes de Postlude qui comprennent l’entrée dans Jérusalem, la Cène, le lavement de pieds, l’agonie de Jésus, l’arrestation chez le Grand Prêtre, le reniement de Pierre chez Pilate, le Chemin de Croix, la crucifixion et donc la mort de Jésus, la Piéta, l’ensevelissement et enfin la résurrection.

Quant aux personnages les plus évoqués, on distingue André, l’apôtre de Jésus et frère de Pierre, les Anges (Gabriel, de l’ Annonciation et Michel).

Certains autres anges d’une taille réduite recueillent le sang du Christ dans un calice entretenant ainsi la légende du Graal.

Quelques rares calvaires représentent les douze Apôtres mais les plus communément sculptés restent Pierre, Paul et Jean que l’on retrouve dans la Cène, la Crucifixion, la Pietà et l’Ensevelissement.

Les Bergers qui symbolisent les pauvres accueillant et hébergeant Marie et Joseph dans leurs étables.

Le Diable souvent représenté d’une façon vilaine et difforme et qui représente les scènes de tentation porte plusieurs noms selon la région, parfois on dira « Pôtr he ivino houarn » (l’homme aux ongles de fer), « Pôtr he dreid marc’h » (Le gars aux pieds de cheval), « Cornik » (Le Cornu) ou encore « Pôtr Rouz » (l’homme Roux). Un dicton trégorrois dit ceci :  « An diaoul zo eun dèn honest : na c’houll man evit man » ce qui signifie « Le diable est un honnête homme, il ne demande rien pour rien ».

Les Évangélistes que sont Mathieu accompagné soit d’un homme soit d’un ange, Marc suivi d’un lion, Luc sculpté avec un bœuf et enfin Jean avec un aigle.

Les Docteurs de loi qui sont les gardiens du temple

Les Grands Prêtres (les juges de Jésus).

Bibliographie :

Jacques Briard, « Dolmens et Menhirs » aux Éditions Gisserot

Eugène Royer, « Fontaines Sacrées et Saints Guérisseurs » aux Éditions Gisserot

Edmond Rébillé, « Pierres Légendaires » aux Éditions Jos

« La légende des Saints Bretons » par Anatole Le Braz (fruits d’une enquête entreprise entre 1892 et 1895)

« La légende de la mort chez les Bretons armoricains » par Anatole Le Braz

« La nuit celtique » de Donatien Laurent et Michel Tréguer aux éditions Terres de Brumes

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