Le Patrimoine Breton, seconde partie

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Seconde partie de notre voyage dans le patrimoine Breton, vous trouverez ici le premier chapitre

dolmen_de_men_gouarec-300x174 Le Patrimoine Breton, seconde partie
Dolmen de Men Gouarec

Les dolmens qui étaient des tombeaux souvent surmontés d’un tumulus à ne pas confondre avec les mégalithes qui étaient d’origines celtiques; ces édifices, antérieurs à la christianisation du peuple breton étaient d’anciens lieux de culte dévoués à des divinités antiques et à des génies païens. Très tôt, le principe de la pierre dressée vers le ciel fut adopté par les hommes du néolithique (entre –5000 à – 2000). Dans ce cas, on parlera de mégalithes cultuels

Pour l’époque , Cela relevait du défi de pouvoir dresser ces colosses de pierre dont certains avoisinaient les 340 tonnes, quelque uns servaient de lieu d’incantations à des dieux et déesses païens et d’autres étaient utilisés en tant que repères astrologiques.

L’un des plus connus est le menhir de Champ Dolan à Dol De Bretagne (Ille et Vilaine) qui étonne par ses mensurations, presque 10 mètres de haut, entièrement en granit et étant donné la distance entre la carrière la plus proche et le lieu où il se dresse cela laisse supposer qu’il a été transporté sur environ 4 km !

Ce n’est que vers le XIIIème siècle que ce dernier fut « christianisé » et que l’on trouva les premières croix de granit.

Lorsqu’ils n’ont pas été détruits, les menhirs « christianisés » prirent plusieurs formes :

  • Des croix furent érigées à côté du menhir ou dans les environs proches

  • Le menhir était surmonté d’une croix ou d’une statue biblique

  • Une niche était creusée dans le menhir pour y abriter une statue

  • Le menhir était sculpté en bas-reliefs sur une face et représentait des instruments de la Passion

Les calvaires sont des ouvrages d’art qui ne peuvent s’admirer qu’en Bretagne car ils n’ont pas fait école dans le reste de l’ Europe ; ils sont tous datés mais on ne possède pas d’archives relatant leur construction, certains étaient peints suivant les possibilités financières des donateurs.

Et même si l’église souhaite faire oublier ces pratiques ancestrales, les Bretons continuent parfois à offrir des offrandes aux menhirs comme cette tradition d’enduire de beurre ce dernier avant que les femmes stériles ne se frottent le ventre pour devenir fécondes…

On distingue les Calvaires des Croix, les premiers sont d’origines celtes avec une influence chrétienne suite à l’évangélisation de la Bretagne, les deuxièmes sont d’abord un signe chrétien puisqu’elles expriment la foi.

Les croix ont longtemps été des sortes de repères comme des panneaux indicateurs d’une époque aujourd’hui révolue ! A ce sujet on distingue plusieurs genres de croix telles que :

  1. Les croix de limites qui pouvaient marquer la limite de deux domaines comme la croix de mi-grève qui symbolisait la séparation entre la Seigneurie épiscopale de Saint-Malo et le Compté du Plessis-Bertrand.

  1. Les croix évènementielles qui datent plus du XIX ème siècle et qui immortalisaient le théâtre d’une scène tragique comme un accident ou un crime, les plus célèbres sont les sept croix groupées à la sortie de Plélan-Le-Petit (22) qui rappellent l’assassinat de sept personnes durant une nuit de Noël. A côté de l’ Île Grande (22) se trouve une minuscule île, Enès Aganton (l’ Île Canton), on y remarque deux croix de granit plantées à cent cinquante pas environ l’une de l’autre. La croyance veut qu’elles se rapprochent tous les sept ans de la longueur d’un grain de blé, quand elles se rencontreront, ce sera la fin du monde…

  1. Les croix doubles qui ont plusieurs significations selon les époques et les lieux. Certaines traditions les présentent comme des lieux de repos lors de processions funèbres, d’autres les envisagent comme la croix « tombale » d’un couple et à notre époque, elles seraient plutôt vues comme le lieu mémorial d’une union…

  1. Les croix littorales quant à elles sont construites à l’aplomb des falaises et bien souvent face à la mer, on les trouve en nombre très important sur tout le littoral armoricain et elles exercent une fonction double. D’une part, elles servent de lieu de mémoire suite à une tempête ou un naufrage, d’autre part elles sont considérées comme une prière permanente destinées aux marins.

  1. Les croix de cimetières, on les trouvait autrefois au sein de l’enclos paroissial (à partir du XIXème siècle car avant les défunts reposaient dans l’ossuaire).

  1. Les croix pattées que l’on ne retrouve pas qu’en Bretagne (aussi les régions centrales et méridionales), elles se dessinent comme des stèles monolithiques et sont taillées dans la granulite ( granit à très gros grains) ou dans le schiste. On y trouve parfois un cercle à l’intérieur, symbole qui évoque l’éternel recommencement ou la roue solaire.

  1. Les croix à double traverses, la plus plausible des explications semble que ces croix furent rattachées à l’ancien évêché de Dol, élevé au titre d’archevêché par Nominoë qui fut couronné Duc de Bretagne dans la cathédrale de Dol en 848 (et ce jusqu’en 1199).

  1. Les croix à inscriptions qui se situent très souvent dans la région de Combourg, ces croix sont très fragiles et les inscriptions sont très difficilement déchiffrables. La plupart d’entre elles portent les lettres «  JSH » (Jésus Sauveur des Hommes). Elles datent du XVII ème siècle pour la plupart.

  1. Et enfin les croix Templières, érigées par les Templiers avec l’accord du Duc Conan le Gros lorsque ces derniers construisirent des commanderies à travers toute la Bretagne, certaines d’entre elles sont poinçonnées d’une croix de Malte.

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Les enclos paroissiaux.

L’enclos paroissial est très répandu en Bretagne, on le rencontre dans les bourgs bretons et il symbolise la rencontre entre le monde des vivants et celui des défunts (entre le sacré et le profane.)

Cet endroit est considéré comme sacré par les habitants car chaque dimanche, ces derniers y retrouvent leurs proches tant défunts que vivants. A cette époque, la mort n’était pas un sujet tabou, on vivait avec (ou tout du moins on apprenait à vivre avec) et ce rapport était teinté de « merveilleux », d’ « allégorie » et de « poésie ». Le Breton, grâce à son héritage celte pratiquait une  cohabitation  fantasmatique avec la mort.

L’architecture d’un enclos est très spécifique. Il se constitue de quatre éléments indissociables :

  • Le cimetière dont les inhumations étaient faites ad sancto, c’est à dire vers les murs de l’église. L’arbre consacré des cimetières bretons est l’if, il n’y en a habituellement qu’un seul et l’on dit qu’il y pousse une racine dans la bouche de chaque mort.

  • L’église. Celle de Plougonven par exemple a été construite de 1507 à 1523 et a été partiellement détruite par un incendie en 1930 (reconstruite en 1933). Sa particularité tient du fait qu’elle conserve sur son côté Nord des statues anciennes de Sainte Barbe, Saint Joseph, Saint Jean-Baptiste et une Piéta. De même, sur son mur Sud, on y observe Saint Yves (le Patron de la paroisse), Sainte Anne portant la Vierge qui porte elle même Jésus enfant ainsi que Saint François d’Assise.

  • L’ossuaire pour ne parler que de Plougonven est remarquable par ses fenêtres à arcades trilobées, il date du XVI ème siècle ; ses reliques et ossements ont été transférés en 1884. L’ossuaire de Saint Thégonnec (29) renferme le trésor de la paroisse dans lequel on trouve une croix processionnelle en vermeil à double traverse offertes par les Seigneurs de Penhoat en 1610 ! Traditionnellement à la Toussaint, après les « vêpres de l’Anaon » (Anaon en breton signifie l’âme) , avait lieu la « procession du charnier », par les sentiers entre les tombes, la foule se dirigeait vers l’ossuaire, clergé en tête et le prêtre entonnait un air lugubre.

  • Le calvaire de Plougonven a été érigé en 1554 et il est le second en importance après celui de Tronoan (ou Tronoën). Il a été restauré par Yan Larc’hantec et représente les principales scènes de la vie et de la passion du Christ (celui de Guimiliau est réparti sur deux étages, vingt-cinq scènes et près de deux cents personnages).

Au premier niveau on distingue aisément l’ Annonciation, la Visitation, la Nativité, l’ Adoration des Mages, Jésus au temple, le Baptême de Jésus, la Tentation au désert, l’ Arrestation de Jésus et Saint Yves entre les deux plaideurs.

Au deuxième niveau on aperçoit la Flagellation, le Couronnement d’ Épines, Jésus devant Pilate, Véronique et les Femmes de Jérusalem, Jésus portant sa croix, la Mise au Tombeau de Jésus, la Visite de Jésus aux Enfers et Jésus ressuscite.

Tout en haut, on observe Jésus en croix avec sa Mère et Saint Jean, les deux larrons, deux soldats et au-dessous Jésus est descendu de la croix pour être mis au tombeau.

Une des particularités de ce calvaire est que les costumes (sauf ceux de Jésus et de la Vierge) sont ceux que les paysans et les bourgeois du XVI ème siècle portaient !

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On entre généralement dans l’enclos paroissial (celui de Plougonven a été classé par les Beaux-arts et date du XVI ème siècle) par une porte monumentale appelée aussi arche triomphale ou « porz a maro » en breton qui signifie porte de la mort. Cette dernière figure l’entrée du juste dans l’immortalité en soulignant la notion de « passage » que l’on retrouve dans les rites liés à la mort.

Un mur d’enceinte entoure un cimetière minuscule et comme ce dernier est très limité, les reliques des morts devaient être exhumées fréquemment pour laisser la place aux nouveaux défunts.

Les ossements étaient alors entassés dans des petits réduits, percés de trous d’aération, qu’on élevait contre l’église.

La «mode» des enclos paroissiaux s’  éteignit  en 1695 par un décret royal confirmé par le Parlement de Bretagne sept ans plus tard, interdisant les constructions religieuses nouvelles sans nécessités reconnues….

L’ « Ankou » est un personnage signifiant la mort (ou la misère) elle est représentée tantôt sous la forme d’un squelette tenant une faux dont le tranchant est tourné en dehors et drapé d’un linceul (dont la tête vire sans cesse au haut de la colonne vertébrale afin qu’il puisse embrasser d’un seul coup d’œil toute la région qu’il a mission de parcourir) tantôt comme un homme très grand et très maigre, les cheveux longs et blancs et la figure ombragée d’un large feutre. Elle jouxtait l’ossuaire et rappelait que le monde des morts cohabitait avec celui des vivants.

Le char de l’ Ankou « karrik ann Ankou » est traîné par deux chevaux attelés en flèche, celui de devant est maigre, efflanqué et se tient difficilement sur ses jambes, l’autre est gras et franc du collier et l’ Ankou se tient debout dans la charrette. Elle est escortée par deux compagnons à pied, le premier « conduit » le cheval de tête à la bride, l’autre a pour fonction d’ouvrir les barrières des champs ou des cours et les portes des maisons et également d’empiler dans la charrette, les morts que l’ Ankou a fauchés.

L’ Ankou avait deux pourvoyeuses principales, la Peste (« Ar Vossenn » en breton) et la Disette (Gernès en breton signifie la Cherté), elle en avait même une troisième, la Gabelle (Ann Deok kolen, le droit du sel en breton) mais elle a été supprimée par la Duchesse Anne.

Dans son livre « La légende de la mort », Anatole Le Braz relate qu’ à Plégat Guerrant, sur le bord du chemin vicinal de Guerlesquin, il y a une fontaine appelée Feunteunan-Ankou (la Fontaine du Trépas). « Celui qui veut être renseigné sur son destin n’a qu’à s’y rendre la première nuit de mai, sur le coup de minuit et à s’y pencher au-dessus de l’eau. S’il doit mourir sous peu, au lieu de son image vivante, c’est la tête qu’aura son squelette qui apparaîtra ».

Petit à petit, ces nécropoles sont devenues de plus en plus imposantes et plus soignées architecturalement et prirent la forme de reliquaires pour enfin servir de chapelles funéraires.

Au sein de cet enclos figuraient bien entendu un calvaire et une église.

Les églises et les chapelles renferment, encore à l’heure actuelle, des vitraux absolument époustouflants, des bannières, des retables de bois ou de pierre d’une polychromie quasi intacte et bien entendue des statues de Saints bretons. A Landerneau (29), une église représente la Vierge Marie les seins dénudés et il semblerait que ce soit la seule de toute la chrétienté !

Bibliographie :

Jacques Briard, « Dolmens et Menhirs » aux Éditions Gisserot

Eugène Royer, « Fontaines Sacrées et Saints Guérisseurs » aux Éditions Gisserot

Edmond Rébillé, « Pierres Légendaires » aux Éditions Jos

« La légende des Saints Bretons » par Anatole Le Braz (fruits d’une enquête entreprise entre 1892 et 1895)

« La légende de la mort chez les Bretons armoricains » par Anatole Le Braz

« La nuit celtique » de Donatien Laurent et Michel Tréguer aux éditions Terres de Brumes

(1) A l’occasion du travail effectué sur le squelette de Saint Frezal, un de nos éminents confrères participait officieusement à cette étude, il s’agissait de Paul Clerc, Maître Artisan thanatopracteur. Je le remercie de m’avoir fourni ces précieuses indications à travers le rapport d’expertise complet qu’il m’a fourni et qui m’a permis d’étayer cet article.

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