Le Père Lachaise, 1

0
2427

Le cimetière du Père Lachaise. Prétendre le décrire, c’est vouloir concurrencer Balzac et Flaubert, qui ont, respectivement dans « Ferragus » et « L’éducation sentimentale », brossé des portraits saisissants de ce lieu. Le meilleur moyen d’en sentir l’atmosphère, c’est de s’y promener : vous ne manquerez pas de guides, et vous y serez en bonne compagnie.

C’est un autre aspect que nous voulons aborder, la tradition aujourd’hui, et la modernité dans l’article de demain : l’aspect musée en plein air du lieu ne doit pas faire oublier que le cimetière et le crématorium sont des pôles funéraires toujours actifs, et franchement tournés vers l’avenir.

716730-300x225 Le Père Lachaise, 1Napoléon, toujours lui

Tout part d’une volonté de Napoléon, alors consul « chaque citoyen a le droit d’être enterré quelle que soit sa race ou sa religion ». Voilà qui réglait le problème de tous ceux, comédiens, excommuniés, agnostiques, qui n’avaient pas le droit à une sépulture en « terre consacrée ».

Une difficulté se posa alors : depuis 1765, une loi interdisait de créer des cimetières dans les villes.

Plusieurs cimetières furent créées en dehors, à l’époque, des limites de Paris. Parmi eux, le Mont Louis, qui allait devenir le Cimetière de l’est, sur ordre du préfet de police de Paris. Une grande partie des 17 hectares avaient appartenu au Père La Chaise, confesseur de Louis XIV.

C’est l’architecte Alexandre Brongniart qui dessina les plans des grands axes, pensant pour la première fois le cimetière comme un jardin, vallonné, planté d’arbres et décoré de statue, un endroit qu’il voulait être un cimetière de référence.

Des débuts difficiles

La première inhumation sera celle d’une petite fille de cinq ans, Adélaïde Paillard de Villeneuve. D’autres suivirent, mais peu nombreuses. Les parisiens rechignaient à se faire enterrer au Père Lachaise, excentré de Paris, dans un quartier réputé pauvre. En 1814, on comptait moins de 1000 tombes.

La mairie de Paris se saisit alors de l’affaire, voulant promouvoir ce grand terrain semblant désespérément vide, et mis en place une stratégie que l’on pourrait, aujourd’hui, qualifier de marketing. L’idée, simple et géniale, était de donner du prestige à ce cimetière, en y déplaçant des célébrités.

Lire aussi :  Toussaint 2016 : Deuil- Numérique-Famille, triptyque gagnant

Molière et La Fontaine y furent déplacés en grande pompe, et un monument Néo-gothique érigé pour Éloïse et Abélard. C’était le signal attendu par les Parisiens : sous le regard des amants mythiques, au côté de celui qui avait donné son surnom à la langue Française, et non loin du Fabuleux Fabuliste, les Parisiens vinrent en masse y acquérir des concessions.

Si bien que se posa un autre problème : 17 hectares, c’était un peu exigu, finalement. Quelques extensions plus loin le cimetière s’étendait sur 46 hectares en 1850.

L’on passera sur les personnalités qui y ont leur dernière demeure, et les petites et grandes histoires qui y sont rattachées : déjà, la place nous manque.

« Je peu résister à tout, sauf à la tentation »

Nous remercions Oscar Wilde pour le titre du présent paragraphe. Oscar Wilde qui gît également au Père Lachaise, et dont la statue qui ornait le tombeau quelque peu excentrique de ce grand homme se vit amputé de son vit par trop provoquant.

Oui, l’on ne peut pas parler du Père Lachaise sans évoquer les personnalités qui y reposent.

« On ne peut pas parler du père Lachaise sans parler de Jim Morrisson » assénait un jeune homme à un rédacteur de mémoire des Vies. Certes, sa tombe est la plus fréquentée. Mais, et alors ? Pourquoi Jim Morrisson plus que des écrivains illustres, Apollinaire, Balzac, Eluard, les frères de Musset, de Nerval, des sculpteurs, Ingres, entre autres, des personnalités de la chanson et de la musique, de Liszt à Bécaud, du spectacle, de la science, de l’industrie, du journalisme, de l’histoire, la grand et la petite…

Comment ne pas être ému, au détour d’un petit sentier de la division 10, d’apercevoir une tombe modeste, et, s’en approchant, de pouvoir lire « Pierre Desproges, 1939 – 1988 » ?

Lire aussi :  Assises du Funéraire : L'intervention du sénateur Jean-Pierre Sueur

Comment pouvoir choisir un des ces grands noms plutôt qu’un autre ?

Le Père Lachaise a ceci de fantastique qu’il nous amène forcément à réfléchir sur notre vie, ici, au milieu des morts et de leur grandeur, et à ce que nous avons accomplis.

Mais le Père Lachaise n’est pas un lieu uniquement solennel. Les conservateurs ont tous leurs anecdotes à raconter. Une au hasard ? Celle de ce touriste, manifestement égaré, qui cherchait la « tombe de Mozart enfant »…

Le Père Lachaise est la tombe des vivants et le conservatoire de leur grandeur.

PlanPere_lachaise1-300x291 Le Père Lachaise, 1Et des nouveautés, déjà à l’époque

En 1889 s’érige sur le terrain du Père Lachaise un bâtiment unique en France : un crématorium. Le premier à y être crêmatisé sera, encore une fois, un enfant, fils de médecin, en janvier 1889. Ce crématorium restera le seul de France jusqu’à celui de Rouen dix ans plus tard.

L’emplacement de ce crématorium avait été déterminé par Brongniart dès les premiers dessins des plans du cimetière. Mais il s’était heurté au mentalités de l’époque, pour qui la crémation était une hérésie, une atteinte à l’intégrité de cadavres. Il faudra attendre l’évolution des mentalités, et l’influence de la Société pour la propagation de la crémation, fondée en 1880. Ce n’est alors plus malgré les oppositions, mais au vu de la demande, que la Ville de Paris construira le bâtiment, qui subira encore un grand nombre d’aménagements et de modifications, améliorant l’œuvre de l’architecte Formigé, et accompagnant le crématorium au fur et à mesure de l’évolution de la pratique.

Il y aurait encore tant à dire rien que sur le crématorium. Décidément, nous aimons la phrase de Wilde : nous pouvons résister à tout, sauf à la tentation de le faire, dès l’article suivant.

Votes !

LAISSER UNE RÉPONSE