Les chemins de l’Ankou : Interview de Daniel Giraudon

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La semaine dernière, nous vous avions dit tout le bien que nous pensions du livre de Daniel Giraudon, sur les chemins de l’Ankou. Nous n’avons pas pu résister au plaisir de prolonger ce voyage en interviewant l’auteur, qui s’est bien volontiers prêté au jeu.

Prédestiné

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Daniel Giraudon

Comme le souligne avec humour Daniel Giraudon, il était prédestiné dès son plus jeune âge à suivre les chemins des croyances et légendes de la mort en Bretagne : « A dix ans, je rentrais au lycée Anatole le Braz à Saint-Brieuc et je faisais connaissance avec l’œuvre du folkloriste ». C’est ce qui lui donna sans doute l’envie de marcher sur les traces de l’auteur de La légende de la mort sur laquelle plane l’ombre d’un personnage original et inquiétant, l’Ankou, la personnification masculine du trépas en Bretagne. En effet, dans cet ouvrage, Anatole Le Braz exprimait le souhait que d’autres poursuivent son travail de collecte. Plus de cent ans après, Daniel Giraudon vient de répondre à cet appel en publiant à son tour une nouvelle légende de la mort en Bretagne.

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Anatole Le Braz dans son travail de collecte

Pour autant, ce n’est pas un véritable travail de continuation au sens strict du terme que Daniel Giraudon a accompli « Comme Le Braz, et pendant de longues années, je suis allé sur le terrain à la rencontre des anciens, afin de poursuivre ses remarquables enquêtes. On a pu reprocher à Le Braz d’avoir un peu noirci le trait et c’est pourquoi j’ai ajouté cette pointe d’’humour propre aux Trégrorois également perceptible dans un sujet aussi délicat que celui de la mort. Anatole Le Braz ne l’ignorait pas mais ce n’est pas ce que ses lecteurs souhaitaient en cette période romantique à la fin du XIXe siècle. »

Patrimoine et langage

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Sur les Chemins de l'Ankou, de Daniel Giraudon, éditions Yoran Embanner

« On a aussi pu regretter de ne pas trouver de témoignages en langue bretonne dans l’ouvrage d’Anatole Le Braz. C’est pourtant bien en breton qu’il avait effectué la plupart de ses enquêtes. Mais là encore, le public de l’époque n’y était pas préparé. De plus, Anatole Le Braz aimait beaucoup la langue française et cela se sent dans nombre de ses récits. Alors, et en même temps pour apporter encore plus d’authenticité aux témoignages, j’ai souhaité les donner dans la langue où je les ai recueillis, c’est-à-dire assez souvent en breton avec leur traduction. J’ai retranscrit aussi quelques récits de Haute-Bretagne.C’est en outre une façon de rendre hommage à la culture de ceux qui m’ont livré leurs trésors de mémoire, et aussi pour en conserver toute la subtilité ».

«Il manquait aussi une iconographie au texte de Le Braz  J’ai cherché le plus possibleà donner des images qui collent au texte. Ce ne sont pas juste des illustrations pour faire joli, ce sont des documents ethnographiques. » Force est de constater que, déjà magnifiques, excellemment commentées, elles contribuent à enrichir le texte. Pari réussi, donc.

Chercheur passionné

Daniel Giraudon est professeur des universités. Il s’est efforcé de pousser plus loin la recherche dans le domaine des croyances populaires au sujet de la mort en Bretagne tout en restant prudent sur certaines hypothèses. Quand on lui demande si les informateurs n’ont pas été difficile à trouver, il semble surpris « Non, pas du tout ». Puis il ajoute « Ce n’est pas le livre d’une année. Cela fait quarante ans que je travaille sur le terrain. Je ne me suis jamais contenté de voir les informateurs une fois ou une fois et demi ,je suis allé les voir et les revoir. C’est ainsi que l’on gagne leur confiance et ils finissent par devenir des amis, ravis de transmettre un patrimoine ».

Sauvetage d’une culture populaire

Lorsqu’on lui demande si son livre est la collecte d’un temps disparu, sa réponse est claire « C’est une œuvre de sauvetage, oui qui restitue la base de notre culture populaire, une culture jamais valorisée ». Et cette identité bretonne, tellement à part en France, doit elle beaucoup à la Mort ? « Les morts plus que la mort ont leur importance dans la vie des gens, du moins pour ceux que j’ai interrogés. Ici, ils sont par la pensée toujours à leur côté. A la campagne, on croit à leur influence sur le quotidien des vivants, la prospérité de la ferme, la fertilité du sol, la santé des hommes et des bêtes. Lors des conversations en famille, on fait souvent référence aux anciens. On conserve le mobilier des défunts, le buffet du grand-père, la chaise de la grand-mère, et quand on ouvre un tiroir, on l’ouvre après son aïeul. »

Mais il est temps de prendre congé. Daniel Giraudon bien d’autres choses intéressantes à raconter, mais il laisse le soin à ses futurs lecteurs de découvrir un monde de croyances qui firent sans doute frissonner les générations qui nous ont précédés. Alors, outre le fait de répéter que nous avons parcouru avec plaisir les chemins de l’Ankou, il faut reconnaître que ce livre est un ouvrage de référence pour qui s’intéresse aux traditions populaires relatives à la mort et à son légendaire qu’Anatole Le Braz aurait certainement apprécié.

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