Les dents de l’amer, la (mauvaise) humeur de Guillaume

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La scène est bien connue : un baigneur profite innocemment de la tiédeur des eaux estivales. Un grand requin blanc arrive et l’avale. Mais est-ce véritablement un scandale ? En tout cas, c’est une rime.

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Grand requin blanc

Les attaques de requins se multiplient, vous en avez peut être entendu parler dans l’actualité. En France, de surcroît. Bon, pas en France Métropolitaine : même si la Bretagne peut s’enorgueillir de la présence placide de squales, le requin-marteau totalement inoffensif, cela fait longtemps qu’on n’a pas aperçu un grand blanc dans le port de Marseille. Non, dans les DOM, à la Réunion.

Il se trouve qu’un requin a fait son casse-croûte d’un surfeur. Du moins est-ce qu’on peut lire dans la presse, vous noterez l’imprécision. Quel genre de squale ? Un requin pèlerin ? Un requin blanc ? Un dormeur ? Un lézard ? Un griset ? Un requin à pointe noire ? Un mako ?

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Grand requin blanc

Et voilà qu’on sonne l’hallali. D’un côté, au titre du principe de précautions, l’on va fermer les centre de loisirs nautiques. Cris et hurlements des professionnels du tourisme. De l’autre, l’on prend des dispositions pour éradiquer la menace. L’on parle de plus en plus de capture et d’extermination systématique. Cris et hurlements des écologistes, scientifiques, et des amoureux de requins.

Parmi les amoureux de squales braillards, vous voyez le troisième en partant de la droite ? C’est moi. Précision dictée par un pur souci d’éthique : il est bon que vous sachiez que cet article n’est pas objectif.

Ceci dit, comparons.

Le requin, sous sa forme moderne, est apparu au crétacé, il y a cent millions d’années. Il est le fruit d’une évolution de trois cent millions d’années : leurs ancêtres sont nés au dévonien. Il est donc 99 millions d’années 800 000 ans plus vieux que l’homme. Il en existe des dizaines d’espèces, qui vont de dix-sept centimètres à vingt mètres. Beaucoup sont végétariens, mais les prédateurs appartiennent souvent à l’espèce des super prédateurs : ce sont de parfaites machines à tuer, au sommet de l’échelle alimentaire. Leur odorat est extrêmement développé. Ils peuvent s’adapter, grâce à leur régulation thermique, à différentes températures d’eau, en fonction de la profondeur. Leur mâchoire est unique au monde. Quel que soit l’angle sous lequel on le regarde, il est non seulement parfait, mais de surcroît esthétiquement sublime. Sa population n’a cessé de diminuer, et 70 % des espèces de requin aujourd’hui sont en voie de disparition. Quand un pêcheur tue un requin, il ne fait pas d’histoires.

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Touriste fin prêt pour un duel au corps à corps avec un grand requin blanc

Le touriste, sous sa forme moderne, est apparue vers 1970. Il est le fruit des trente glorieuses. Ses ancêtres sont nés en 1936, lors de l’apparition des congés payés. Il en existe des dizaines d’espèces, qui vont du cadre supérieur à l’ouvrier. Il se déplace dans des boîtes en fer qui empoisonnement l’air, jette dans l’eau toutes sortes de déchets qui forment de super-îles au milieu des océans et, en se décomposant, modifient l’acidité des pôles, boit des Martinis à la terrasse d’un restaurant en rêvant d’une plus grosse voiture. Il est incapable de s’adapter à son environnement, il lui faut une veste polaire quand il fait froid et un climatiseur quand il fait chaud. Quel que soit l’angle sous lequel on le regarde, on ne peut s’empêcher d’avoir un petit peu honte. Sa population n’a cessé d’augmenter, sauf durant les brèves périodes baptisées « guerres » ou il massacre avec enthousiasme ses semblables, croissance qui va poser de sérieuses difficultés, très bientôt. Quand un requin tue un touriste, le touriste hurle et exige l’extermination de tous les requins, parce que zut, si on ne peut plus surfer sans se faire bouffer, ou va-t-on ?

C’est donc pour le plaisir d’une bande de gommeux désœuvrés qui veulent faire mumuse avec une planche en carbone au sommet des vagues parce qu’ils sont trop fainéants pour relire « Madame Bovary » que l’on réfléchis à la possibilité de porter un coup quasiment fatale à une des espèces les plus anciennes et les plus fascinantes du règne animal.

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Que le requin ait croqué un surfeur, c’est dans l’ordre naturel des choses. De son point de vue, un surfeur, ça se mange. C’est le surfeur qui était en dehors de son habitat naturel.

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Oeuvre d'art ? Non, grand requin blanc

Un jour, l’homme acceptera d’être mis en face de ses responsabilités, il conviendra que, s’il s’aventure en mer, c’est à ses risques et périls, il cessera enfin cette attitude puérile baptisée « principe de précautions » et assumera sa propre mortalité. Alors, il se fera bouffer sereinement, et moi, je n’aurai plus l’impression de radoter.

Ceci dit, quoiqu’il ait fait beaucoup de torts aux squales, et qu’il raconte à peu près n’importe quoi, « les Dents de la Mer » est sans doute l’un des meilleurs films de l’histoire de l’humanité. Il ressort en Blu-Ray le 17 août prochain. Si vous ne l’avez pas vu, c’est le moment. Si vous l’avez vu, vous serez certainement impatients de le revoir.

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