Les fleurs et le funéraire, un amour éternel ?

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Intimement liés, les fleurs et le deuil font bon ménage. Alternative à la bonne plaque de granit quasi indestructible, l’on constate de plus une diminution du budget, crise oblige…

Éphémère classique éternel

06-300x225 Les fleurs et le funéraire, un amour éternel ? Les fleurs. Si l’on donnait le montant cumulé, à chaque croque-mort, lors de son départ à la retraite, de la valeur des compositions qu’il a porté, ses vieux jours seraient vécus dans une opulence rare. Raquettes, coussins, paniers, coupes, « bombes à eau » ou plante en pot, les budgets investis dans l’art floral sont souvent conséquents.

La fleur est l’alternative éphémère aux plaques de granit, pérennes mais encombrantes, l’accumulation au fil des années se faisant, et aux fleurs artificielles, qui, bien que de nombreux progrès en la matière aient été faits, conservent tout de même un caractère… peu naturel. Mais le roi floral est néanmoins menacé : le végétal se trouve aujourd’hui soumis à un régime imposé par la crise, et se voit concurrencé par les associations humanitaires.

L’économie

07-300x225 Les fleurs et le funéraire, un amour éternel ? Même si la crise économique ne frappe pas de plein fouet toutes les familles, elle a tout de même un impact sur le moral. De plus en plus de gens rechignent à investir plusieurs centaines d’euros dans une composition florale, soit parce que cet argent pourrait faire la différence dans leur budget à court terme, soit parce qu’il pourrait être utilisé de manière plus utile.

L’on peu interpréter cette diminution de deux façons : l’une, plutôt négative, est de voir là dedans une forme de sacrifice. L’autre, positive, un recentrage des valeurs. Dans ce dernier cas, la qualité de l’hommage ne serait plus liée à l’argent qu’on y a mis, mais dans sa personnalisation. Tout à coup, dirai-t-on, des familles se rendent compte qu’ils accompagnent le défunt avec des fleurs achetées, alors que les rosiers que le défunt entretenait depuis des années dans son jardin dépérissent faute de soins.

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Le social

281207_155411_PEEL_FJwk8e Les fleurs et le funéraire, un amour éternel ? Une tendance se développe de plus en plus : préférer, aux fleurs, les dons à des associations. Encore, peut être, un effet de la crise. La multiplication de ces demandes tient plus, certainement, à une sensibilisation aux manques. La recherche a besoin d’argent, et peut être par philanthropie (le défunt souhaite que ce qui lui arrive n’arrive plus à d’autres) ou par amertume (« si la recherche avait eu cet argent, ils auraient peut être pu me guérir ») lui, ou sa famille si elle pense que cela lui correspondrait plus, opte pour le don.

Les fleurs sont ici interprétées comme un gaspillage inutile, si l’on pousse l’interprétation à l’extrême.

Et la crémation

Le cas d’une crémation est pose aussi parfois une nouvelle problématique : que faire des fleurs en cas de dispersion, ou si l’inhumation de l’urne dans une éventuelle sépulture de famille est planifiée beaucoup plus tard ? Ou si l’urne est laissée en dépôt au crématorium pour une durée indéterminée ?

Le nombre et l’importance des compositions florales, c’est un fait généralement constaté partout, est substantiellement inférieur à celui des inhumations. Ceci explique peut être cela : l’aspect pratique des fleurs, et qu’en faire, prime sur l’importance de cet offrande symbolique.

L’avenir ?

arton17-300x251 Les fleurs et le funéraire, un amour éternel ? Alors, quel est l’avenir des compositions florales ? Nulle réponse ici. Du côté des fleuristes, deux écoles se font face : ceux qui se plaignent ou cèdent au fatalisme, ou ceux qui cherchent à s’adapter, avec des compositions plus resserrées en terme de budget, mais aussi plus créatives. L’on notera par exemple l’apparition de coussins spécifiques en osier tressé, sans mousse pour l’eau, destiné aux crémations, et qui peut recouvrir le cercueil au moment de la mise à la flamme.

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Les fleurs resteront certainement encore pour des années des composantes du rituel funéraire, mais, à l’instar des plaques funéraires, leur déclin semble inéluctable. Ce marché ne peut plus se contenter, dans tous les cas, de vivre sur ses acquis, et devra se lancer dans une course à la créativité. Pour preuve, la traditionnelle couronne est devenue rare, voire anecdotique.

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