Les morts de l’espace

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Neil Armstrong n’est plus, et c’est avec le cœur lourd que nous avons fait un clin d’œil à la lune (1) en mémoire d’un des derniers authentiques héros du siècle. Héros ? Le mot n’est pas trop fort, tant l’histoire de la conquête spatiale est jalonnée de drames.

Un chiffre résume bien la dangerosité de la conquête spatiale : cinq pour cent des astronautes sont morts en opérations, que ce soit à l’entraînement ou lors d’un vol. Prenez vingt astronautes, un d’entre eux est quasiment assuré de mourir en mission. Ce pourcentage est supérieur à celui des pertes de l’armée Française en zone de guerre.

Honneur au premier

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Valentin Bondarenko fut le premier mort de la conquête spatiale

Le premier mourir fut un cosmonaute (2) Russe, en 1961. Alors qu’il s’entraînait dans une chambre à basse pression, dans un environnement d’oxygène pur, Valentin Bondarenko a accidentellement déclenché un incendie. Brûlé sur tout le corps, le seul endroit ou les secours purent poser une perfusion était sur son pied, préservé par sa chaussure. Il mourra pendant son transport à l’hôpital.

Les autorités soviétiques conservèrent longtemps secrète sa mort, donnant lieu au mythe des cosmonautes fantômes, ces spationautes qui seraient morts en opérations et qui auraient été dissimulées par l’URSS. L’ouverture des archives du KGB n’a pas permis d’en retrouver la moindre trace.

En 1967, l’incident se renouvellera quasiment à l’identique avec la capsule Apollo 1 : les trois astronautes Gus Grissom, Edward White et Roger Chaffee sont tués lorsqu’une étincelle embrase l’oxygène pur de la cabine lors d’un exercice au sol.

Létalité totale

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L'équipage du Voskhod 2. A droite, Alexeï Leonov fut le premeir homme à sortir dans l'espace

Sur l’ensemble des accidents répertoriés lors des missions spatiales, aucun survivant n’a jamais été répertorié, à l’exception de l’équipage d’Apollo 13. Mais l’équipage ayant réussi à contourner le problème, l’explosion d’un module, et personne n’ayant été blessé, l’accident fut catégorisé en avarie, et ses membres d’équipages ne sont donc pas considérés comme des survivants.

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Plus surprenant, l’équipage Russe du Voskhod 2 failli mourir en mission spatiale…Dévorés par des loups ! Suite à une erreur de navigation, lors de leur entrée dans l’atmosphère, la capsule atterrit dans une forêt, dans une zone inaccessible. L’équipage devra attendre toute une nuit que les secours leurs parviennent, et une seconde nuit sur place en attendant qu’une zone d’hélitreuillage soit mise en place. Vingt quatre heures avant, ils effectuaient la première sortie dans l’espace.

On dénombre 24 incidents, incluant Voskhod et Apollo 13, ou les choses auraient pu mal tourner mais quin n’ont fait au final aucune victime, leur ôtant la qualité d’accident.

Le nombre de survivant à un accident spatial est dont très officiellement de zéro.

Coup d’arrêt

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Explosion de la navette Challenger : Greg Jarvis, Christa McAuliffe, Ronald McNair, Ellison Onizuka, Judith Resnik, Michael J. Smith, et Dick Scobee y perdront la vie

Le 28 janvier 1986, la conquête spatial n’est plus ce qu’elle était. Les vols de la navette sont devenus une routine, et les associations de contribuables commencent à demander à la NASA des comptes sur ses programmes dispendieux. Challenger s’envole avec à son bord sept membres d’équipages : Greg Jarvis, Christa McAuliffe, Ronald McNair, Ellison Onizuka, Judith Resnik, Michael J. Smith, et Dick Scobee. Christa McAuliffe est institutrice. Elle a été sélectionnée pour redorer le blason de la NASA, qui envoie ainsi dans l’espace madame tout le monde : lassés des héros, les américains ont besoin d’une figure à laquelle s’identifier. La navette s’élève dans les airs, sous les yeux embués de fierté des parents de Christa McAuliffe. 73 secondes après son décollage, Challenger explose en vol, sous les yeux de millions de téléspectateurs.

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Armstrong, Collins, Aldrin

C’est le signe de la fin des années de gloire : coûteux, risqués, les programmes spatiaux ne sont pas immédiatement rentables, et tombent en disgrâce dans l’Amérique en crise. L’explosion de Columbia en 2003 accélérera le processus, les crédits de la NASA fondant à vue d’œil. L’URSS disparue, les grands programmes spatiaux ne sont plus la priorité de la Russie, en proie à des défis autrement plus importants économiquement.

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En difficulté dans les sondages, le président Obama, emboîtant le pas à Kennedy, vient à nouveau de promettre la lune à ses électeurs. La première question qu’à posé la presse est : quel prix ?

Les années d’héroïsme sont bel et bien finies : aujourd’hui, les considérations financières et la prudence sont de mise. Envoyer des hommes dans l’espace, oui, si cela se fais à prix réduit et sans danger pour des vies humaines. Autant dire que Neil Armstrong restera LE héros, pour longtemps. Alors, lors d’une belle nuit étoilée, n’oubliez pas de faire un clin d’œil à la lune.

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  1. La famille de Neil Armstrong a précisé que le meilleur moyen de rendre hommage au héros d’Apollo 11, était de faire un simple clin d’oeil à la lune, lors d’une belle nuit étoilée.
  2. Lors de la guerre froide, pour se différencier, les Russes baptisèrent leurs hommes cosmonautes, et les américains astronautes. Le terme spationaute a été forgé par le presse européenne, qui souhaitait conserver une neutralité à la conquête spatiale à la fin de la guerre froide.

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2 COMMENTAIRES

  1. Tu as oublié Laïka! Quand même le premier être vivant a avoir voyagé dans l’espace! Et par conséquence le premier être vivant mort dans l’espace aussi.

     
    • Pour être exact, j’ai oublié à peu près 60 personnes. Je n’ai pas non plus parlé des personnels au sol tués lors de l’explosion de fusées, par exemple. Pas la place pour tout le monde, il fallait faire des choix.

       

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