Les politiques et la mort

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Les hommes politiques n’abordent jamais de front ce sujet, qui reste un des grands tabous de notre société : la mort. Certes, il y a des incartades, à travers des sujets connexes, comme l’euthanasie. Mais jamais, franchement, le problème du devenir du corps et de l’hommage au défunt n’est abordé comme un véritable enjeu.

hommes-politiques-197x300 Les politiques et la mortUn problème de communication

Le problème qui se pose, c’est celui du monde de l’image. La société, quoiqu’on en dise, est de plus en plus superficielle, il n’y a qu’à regarder les produits culturels consommés, et les communicants ont bien compris, lorsqu’ils ont fait main basse sur la politique, que d’affronter les tabous serait néfaste.

Prenons l’exemple de l’euthanasie : le sujet n’est jamais véritablement tranché par un des grands paris majoritaires. Lorsqu’il reparaît sur le devant de la scène, c’est soit sous la pression d’un lobby, soit par une affaire qui suscite l’émotion du public. La stratégie adoptée est alors toujours la même : temporiser le temps que l’opinion s’apaise, puis passer à autre chose.

Et il s’agit d’euthanasie, qui traite du vivant, même en fin de vie. Les affaires relatives à la mort sont passées sous silence, ou bien renvoyées à la rubrique faits divers des médias régionaux. Rares sont les histoires de pompes funèbres qui ont l’honneur d’une couverture nationale. Dès lors, à partir du moment ou l’opinion n’est pas sensibilisée, comment un quelconque lobby pourrait il entamer une démarche ? Certes, l’opinion publique est concernée, mais la société qu’elle constitue est dans le déni. Elle se persuade que si l’on ne parle pas de la mort, celle-ci finira par s’en aller.

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Un problème d’intérêt

Et les pompes funèbres sont un secteur lucratif, en terme de chiffre d’affaire, en terme de taxes perçues. Il suffit de voir la différence de prix, à matériel et méthodes similaires, entre certains crématoriums, pour se rendre compte que l’apport des défunts au budget de la collectivité n’est pas négligeable. Pas plus que ne l’est, pour l’état, la TVA perçue. Michel Leclerc avait soulevé récemment ce problème auprès de la présidence de la République, celle-ci a réussi à lui répondre sans parler une seule fois de mort. C’est un exploit à souligner.

Le mort est solvable, et fiscalement rentable. Le problème des gouvernants étant actuellement de trouver de l’argent, on les voit mal prendre l’initiative de tarir la manne.

Un problème de mauvaise réputation

Il ne faut pas se leurrer : les croque-morts ont mauvaise réputation. Imaginez des gens, dans l’absolu, qui gagnent de l’argent en faisant disparaître un cadavre qui était il y a peu l’être aimé, pendant une période de deuil ou l’on n’a pas encore accepté tout à fait son décès. Il subtilise l’objet de l’amour pour lui faire subir un sort brutal (le brûler ou l’enterrer) et demande de l’argent pour cela. C’est inexact, bien entendu, du point de vue du professionnel, mais cette caricature prédomine dans l’esprit des gens. La faute à qui ? A une caricature populaire ou bien à une profession opaque par nécessité qui ne sait pas toujours bien expliquer son travail ?

Dès lors, les politiques auront beau jeu de ne pas s’en mêler. S’ils penchent du côté des professionnels du funéraire, l’on aura vite fait d’entendre parler de « mafia » ou « d’intérêts », la fin du monopole et la distance prise entre les pompes funèbres et le service public étant encore floue chez les consommateurs pour qui la fin du monopole est juste une histoire de business. Et les politiques n’ont pas non plus intérêt à se ranger du côté du public, par crainte que la profession entière ne se fédère et soulève quelques lièvres gênants.

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Un problème

En attendant, la situation stagne. Le statu quo arrange. Il arrange les politiques, qui n’ont pas à associer leur image à celle de la mort, ni se priver de l’argent généré. Il arrange beaucoup d’opérateurs funéraires qui n’ont pas trop le temps de se consacrer à cette croisade, et il arrange le public, pour qui la mort dure trois jours, entre la signature du certificat de décès et l’inhumation du cercueil ou de l’urne.

Le travail passe par une prise de conscience du public de ses intérêts, du travail énorme fourni par les pompes funèbres et de son importance dans le processus de deuil, des intérêts énormes en jeu, et surtout du fait que, immanquablement, ils sont concernés.

L’enjeu est de remettre les pompes funèbres à leur place, celle d’un acteur majeur de la société, au plan financier, social, psychologique et sanitaire. Et cela, quel que soit le résultat des élections et le bulletin que vous aurez mis dans l’urne.

Votes !

1 commentaire

  1. […] Il a conclu son intervention en développant les thèmes qui lui sont cher, la transformation des cimetières en « espaces de vie » et son combat contre la TVA sur les contrats obsèques, sur lesquels il s’était par ailleurs expliqué dans la longue interview qu’il nous avait accordée (ICI) et lors de l’envoie de sa lettre aux candidats à l’élection présidentielle (ICI). […]

     

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