Les professionnels du funéraire face à la mort : appel à témoignages

2
1748

Il est déconseillé, lorsqu’on travaille dans les pompes funèbres, de ressasser sur son travail. Mais éviter le rabâchage n’empêche pas de réfléchir. Petite réflexion sur les travailleurs du funéraire et la mort.

Même pas peur

evolution_de_la_mort-300x208 Les professionnels du funéraire face à la mort : appel à témoignagesNe pas avoir peur des morts ne veut pas dire ne pas avoir peur de la mort. Le temps n’est plus ou le croque-morts était le bedeau de l’église, fervent croyant et persuadé que le paradis l’attendais, avec peut être un court séjour au purgatoire s’il forçait trop sur la boisson. Pardon pour ces clichés, mais ils ont le mérite d’être explicites.

Le travail des pompes funèbres est aujourd’hui un métier presque comme un autre. Presque, parce que la fascination-répulsion qu’il exerce sur certains a tendance à vous gâcher vos dîners en ville. Mais le professionnel est un homme comme un autre, c’est à dire qu’il est souvent une femme, qu’il se lève à contrecœur, essaie de faire chauffer son café dans le micro-ondes en ayant oublié de le mettre en route, peste contre les embouteillages et le prix du carburant, est un fan absolu de Nicolas Canteloup, ou considère que Laurent Gerra est bien meilleur imitateur, ou bien s’en fiche et écoute Beyoncé… Mais surtout, n’a aucune certitude quand à la vie après la mort, dans un sens ou dans l’autre.

La Mort, sa vie, son œuvre

La-mort-2-300x277 Les professionnels du funéraire face à la mort : appel à témoignagesDéfinir la mort en tant que telle est difficile. Du moins, si l’on évacue ces histoires de tunnels de lumière, d’angelots qui jouent de la trompette en sourdine mieux que Miles Davis (1), de harpe sur un nuage, et autres clichés. Posez la question du paradis à un religieux, un jour, quelle que soit la religion, et vous verrez que la réponse, la plupart du temps, relève de la théologie. Purement abstraite, donc. Le paradis, s’il existe, ne semble pas envisageable par une âme forcément étriquée dans sa conception mortelle. Vous voyez ? On en parle depuis deux ligne, et déjà, on théologise (2).

Lire aussi :  Edito : uberiser les pompes funèbres, une fumisterie

La mort serait une fête. Une fête ou se trouveraient les gens que vous aimez le plus au monde, ou l’on servirait vos boissons préférées, ou un buffet proposerait une profusion des mets dont vous vous délectez, et ou vous pourriez manger, boire et converser sans fatigue, sans indigestion ni gueule de bois. Ce genre de fête là, sauf que là, vous ne seriez pas invité. Vous iriez vous coucher tôt en sachant que l’événement se déroule sans vous. Parce que vous êtes mort.

Bien entendu, être mort signifie aussi, toujours dans la conception athéiste, ne plus penser. Ne plus exister. Le néant. Plus rien. Impossible à s’imaginer, à conceptualiser, donc terrifiant.

La grande Question

521mort-290x300 Les professionnels du funéraire face à la mort : appel à témoignagesLe lien est là : aucun croque-morts de ma connaissance, moi y compris, n’a jamais assisté à une manifestation surnaturelle prouvant de manière éclatante et indubitable l’existence de la vie après la mort, des fantômes et j’en passe (3). La chose en laquelle il est le plus facile de croire, lorsqu’on travaille dans le funéraire, serait donc techniquement la mort-néant.

Certains, bien sûr, ont la foi. Peu importe en quel Dieu, d’ailleurs, l’offre est importante. Ceux-là font ils le lien entre leur métier et leur religion ? Ou bien compartimentent-ils ? Dans un cas comme dans l’autre, quelles conclusions tirent-ils de leurs réflexions inévitables ?

D’autres ne croient en rien. Comment alors peuvent-ils supporter la présence des morts, qui indubitablement doit leur faire penser à leur propre trépas, et à cette fête à laquelle ils ne seront pas conviés ?

En somme, quel rapport le professionnel du funéraire entretient-il avec sa propre disparition ? C’est la question que nous nous posons à Funéraire Info, tant en tant que professionnels du funéraire qu’en tant que journalistes. Et c’est la question que nous VOUS posons aujourd’hui. Aussi, nous vous invitons à nous faire part de vos réflexions et témoignages en vue d’un futur article.

N’hésitez donc pas à nous contacter, en commentaires ou en utilisant le formulaire.

(1) Ce qui ne veut pas dire que les anges sont meilleurs que Miles Davis, simplement, eux ont eu l’éternité pour s’entraîner et n’ont théoriquement que ça à faire de leurs journées.

Lire aussi :  Spécialistes et communautaires, l'avenir des pompes funèbres ?

(2) Le verbe « théologiser » n’existe pas. Je sais. Mais vous avez compris ce que je voulais dire, c’est l’essentiel, non ?

(3) Sans doute parce que je ne les connais pas tous. Si l’un de vous a déjà rencontré, dans le cadre de son travail, un phénomène de la sorte, qu’il se manifeste auprès de la rédaction. Vite.

Votes !

2 COMMENTAIRES

LAISSER UNE RÉPONSE