Les QR codes au cimetière, dans les deux sens du terme

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Il y a deux ans, à la Toussaint, on en parlait que de cela : les QR codes qui allaient investir les cimetières pour ouvrir la voie au funéraire de demain. Nous pouvons vous l’annoncer aujourd’hui : l’idée de génie a fait flop. Explication.

qrcode Les QR codes au cimetière, dans les deux sens du terme

Le QR code au cimetière

L’idée du produit est à la fois simple et efficace : graver, ou insérer par divers moyen, un QR code sur un monument funéraire dans un cimetière, afin que le visiteur de la tombe puisse, à l’aide de son téléphone portable, accéder à une interactivité. Historique de la vie du défunt, messages de condoléances, tout est possible, tout est réalisable, tout peut être fait à partir des serveurs des sociétés prestataires pourvu qu’on en paie le prix.

Justement, c’est là que le bât blesse. Et le bât blessera trois fois.

Les tarifs

Le premier problème soulevé par l’introduction de ces QR codes, c’est le tarif, ou plutôt, la jungle des tarifs. En substance, soyons clair : c’est un marché de niche avec un développement possible sur du moyen terme. En langage financier, cela signifie que soit l’on facture un tarif élevé pour réaliser immédiatement un bénéfice, soit on mise sur la quantité avec un tarif plus réaliste en renvoyant les bénéfices à un terme fixé.

Les charges fixes de ces entreprises sont relativement faibles : un local, un ordinateur, le QR code étant bien souvent gravé par un sous-traitant, à quelques exceptions près, et l’hébergement du système sur le serveur. Que faire alors ? Proposer un forfait unique, sachant que, plus le prix sera faible, plus il faudra en vendre pour payer, chaque année, cet hébergement, ou bien proposer une formule d’abonnement ? Cette dernière tend à décourager les familles qui, en terme de funéraire, souhaitent que les choses soient réglées une fois pour toute. Et souligne le problème de la rupture : si l’hébergement s’arrête, tout est perdu. Psychologiquement insupportable. La plupart des sociétés recourent pourtant à cette solution.

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Les autres, par contre, dans l’immense majorité des cas, facturent trop cher : le développement de ce marché nécessite du temps, et le fait de rester des mois, voire des années, sans gagner d’argent, doit être budgété. Ce n’est jamais le cas. Vendre un QR code, dont les développements funéraires sont encore inconnus, à un tarif élevé, entendez par la plus de cent euros, est une aberration pourtant généralement répandue.

L’évolution technologique

Le QR code est un produit de l’évolution technologique, c’est à la fois son atout et sa plus grande faiblesse. Prenons un exemple concret : les générations en charge aujourd’hui des monuments familiaux dans les cimetières sont les enfants du baby boom, qui ont autour d’une soixantaine d’années et qui enterrent leurs parents. Cette génération a connu l’évolution technologique. On leur a vendu des magnétoscopes en leur expliquant que c’était très bien, ils ont ensuite acheté des lecteurs DVD après avoir longuement hésité, pour qu’on leur explique quelques mois plus tard que le Blu Ray était largement mieux, mais que les ingénieurs de chez Sony, LG, Samsung et consorts travaillaient déjà à son remplaçant.

Cette génération a connu les monuments funéraire séculaires, considèrent encore la mort comme quelque chose de sacré, aussi, la plupart rechignent à insérer dans leur monument parfois séculaire un item technologique qui sera peut être, certainement, obsolète très rapidement.

Les pompes funèbres, simple intermédiaires de vente, n’ayant aucune garantie à apporter quand à la pérennité de leurs prestataires, cela complique encore la donne. L’on peut donc affirmer que les QR codes seront sur leur cible commerciale les victimes du développement technologique dont ils sont issus.

1261236241_jean-perlein-fait-visiter-le-cimetiere-118320-200x300 Les QR codes au cimetière, dans les deux sens du termeLa concurrence

La concurrence est saine, la concurrence est propice au développement, oui. Vive la concurrence. Sauf que, aujourd’hui, la concurrence en terme de QR codes a quitté les sphères du difficile pour confiner au ridicule. Il existe, aujourd’hui, près d’une vingtaine d’entreprises qui proposent ce système. Soit une vingtaines de méthodes de travail, d’offres commerciales, de serveurs… Qui se partagent un marché minuscule, peu d’argent pour se développer, et dont le grand nombre qui ne peut déboucher que sur un écrémage allume des alarmes dans la tête des clients potentiels. Parce que le sexagénaire à qui on a fourgué, autrefois, un magnétoscope, puis un DVD, puis un Blu-Ray, il sait se servir d’internet, et il se renseigne. Quand il voit vingt entreprises qui proposent la même chose, et dont la disparition entraînerait la perte de beaucoup de choses très symboliques, l’acheteur potentiel diffère son achat, le temps que le marché se clarifie.

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Le problème, c’est que le marché ne se clarifie pas, au contraire : de nouveaux acteurs apparaissent plus vite que les autres disparaissent. Avec des argumentaires fallacieux, ou les mots « Nouveau », « exclusif », « révolutionnaire » décrédibilisent l’entreprise avant même sa première vente. Aujourd’hui, quelqu’un qui investirait ce marché des QR codes dans les cimetières en prétendant proposer quelque chose de neuf ne réussirait qu’à se couvrir de ridicule. Et ils sont nombreux : la technique est facile à mettre en œuvre, et ne coûte presque rien, hormis le serveur, source de tous les maux.

Au milieu de tout cela, il y a les opérateurs funéraires. Déjà rétifs à l’aspect trop « gadget » de la chose, le trop grand nombre d’offres et l’insécurité qui règne autour de la pérennité de la prestation découragent de plus en plus ceux qui souhaitaient les proposer.

A moins d’un retournement de situation, les QR codes au cimetière devraient, dans moins de deux ans, servir de cas d’école pour illustrer un marché prometteur qui s’est tué lui-même par opportunisme et manque de recul.

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14 COMMENTAIRES

  1. Je dirige un groupe associatif dédié à la préservation du patrimoine funéraire. Contacté par plusieurs de ces prestataires, nous n’avons pas donné suite à ce genre de proposition. L’expérience nous a appris que les nouveautés technologiques de ce type n’ont pas beaucoup d’écho auprès des concessionnaires peu soucieux de voir leurs sépultures transformés en panneau d’affichage si réduit soit-il. Autre chose, il y a au Père Lachaise, plusieurs sépultures arborant un QR (dont une très visitée) je mène des visites guidées regroupant parfois plusieurs dizaine de visiteurs, très rarement l’un d’entre eux sort son portable pour voir ce qu’il y a derrière… Il en est de même pour les programmes sur Smartphone supposé guider les visiteurs, le résultat est pratiquement nul…

     
    • Très bon article, vous avez tout à fait raison.
      Je suis actuellement responsable dans l’entreprise leader depuis toujours sur ce marché (QR code) en France, et bien sur pour respecter la déontologie de ce site, je tairai son nom.
      L’idée peut en effet paraître judicieuse à première vue, mais un choix s’impose rapidement à vous : avoir un QR code sur lequel vous n’avez aucun contrôle, et dont l’adresse de redirection pourra être changé sans que vous ne puissiez faire quoique ce soit, ou comme il a été justement dit, avoir un QR Code qui est lié à la durée de vie d’un serveur. Donc plus de serveur, plus de QR code. Un choix qui n’en est finalement pas un, car très souvent l’utilisateur n’est même pas informé de ces spécificités. Autrement dit une fausse bonne idée dans ce cas précis, car les sépultures, elles, sont là pour bien plus longtemps. Et ne croyez pas ceux qui vous disent que vos codes managés (2e cas) sont valables à vie, une aberration (si l’entreprise part en liquidation, ne pensez pas que quelqu’un va payer de sa poche pour maintenir les serveurs…)
      Le QR Code peut aujourd’hui être un formidable moyen de communication dans beaucoup de cas, mais ses contraintes technologiques ne permettent pas à mon sens d’être utilisés dans ce cas précis, ou alors à court terme (jusqu’à 3 ans), et avec un QR code managé (QR code qui vous permet de changer son contenu si besoin dans le temps, qui vous permet de garder le contrôle)

       
      • Je trouve relativement ridicule de prétendre que l’hébergement représenterait un risque quelconque… Wake up, tout est hébergé sur internet, et ce depuis sa naissance. Vous avez une page facebook ? Des mails ? Des images ? Tout est hébergé… Et ? On ne doit avoir confiance qu’en Google et les multinationales ? Quelle belle mentalité… Un serveur ne coute pas à ce point cher, surtout si l’entreprise est petite. Un hébergement peut se faire sur 10 ou 20 ans avec un investissement minimum. Il est également possible d’avoir une clause de contrat qui impose la société de Qr-code de garantir la prestation pour x années (ce qu’elles font en général !).

        Donc ce que vous dites est aussi ridicule que de prétendre que Facebook va effacer soudainement vos photos de vacances par plaisir. C’est encore et toujours la peur du progrès et du changement qui fait dire ces choses.

         
        • Bonjour!
          Nous parlons du marché français! Rien ne peu garantir la pérennité du mémorial, même un contrat en cas de défaillance de l’entreprise.
          Vous travaillez pour un site utilisant les QR code?
          Eric

           
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  3. C’est étrange car il y a deux ans environ j’ai sorti mon smartphone pour flasher un QR Code et j’ai trouvé l’idée très très bonne. Il faut developer l’idée mais je suis persuadé que le QR code peut faire un bon en avant

     
  4. Article de piètre qualité ! Tout l’argumentaire n’a absolument AUCUN intérêt sachant que la situation concurrentielle était LA MÊME aux USA et au Japon où le concept fait un tabac… A aucun moment la mentalité du consommateur n’est pointée du doigt (bha oué, il a toujours raison le consommateur roi, même quand on sait son caractère conformiste).

    Si ça ne fonctionne pas en Europe, c’est car la mentalité est vieillotte, réactionnaire et conservatrice. Voilà le point du problème !

    Le fait qu’il y ait une forte concurrence est une bonne chose… Vous voulez que tout soit centralisé chez Google avec un monopole monstre et la revente de données ? Cool ! Et le jour où ils font faillite, au revoir les données du monde entier. Ne dit-on pas qu’il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier ?

    Le QR-code est un langage binaire simplifié. A moins de mettre des écrans tactile sur les tombes, il n’existe pas d’alternative en développement. On l’utilise depuis 40 ans et il n’y a pas de raison qu’il devienne obsolète (c’est pas des micro-puces qui évoluent chaque année !)

    Alors oui, y’a des petits comiques qui voient le marché et développent en vitesse un Qr-code tombal de basse qualité… Alors qu’il y en a d’autres qui font bien leur travail, avec une visée de long terme… Mais visiblement votre vue sur la question est orientée et manichéenne à souhait.

    Je vous invite à jeter un oeil sur le marché Belge où des acteurs proposent des Qr-code en inox indestructible capable de tenir plusieurs décennies sans perte à moins de 99€… et avec un contenu enrichit, ce qui réclame un investissement conséquent contrairement à ce que laisse supposer l’article dont l’auteur n’a visiblement pas la moindre expérience dans le développement TIC.

    Une honte de lire des choses si orientées qui font manipuler les lecteurs.

     
  5. Je suis co-fondateur d’Adangelis, acteur sur ce marché, et c’est à ce titre que je souhaite commenter les principaux aspects de vos échanges :

    Tarifs et hébergement :

    La pérennité de l’hébergement sur le web est un faux problème car la plupart des entreprises hébergent toutes leurs données dans le « nuage », c’est à dire chez des tiers payants. C’est un phénomène généralisé qui engendre aussi bien la vulgarisation de l’offre qu’une augmentation exponentielle de la capacité de stockage et amène ainsi naturellement la baisse des prix du service rendu. On ne peut avancer cet argument pour douter de notre modèle économique.

    Evolution technologique :

    Je ne vais pas reprendre ce qui a déjà été formulé de manière très claire par Delenoa mais seulement ajouter que la technologie QR tient d’un algorithme si simple que son utilisation en est devenue gratuite le jour même où elle fût inventée. Le QR a pris une place que nous ne soupçonnons pas dans notre vie de tous les jours puisqu’il intervient aujourd’hui à tous les échelons de l’industrie et de l ‘économie. On ne peut remettre eu cause son énorme succès. Y aura-t-il des évolutions ? Il y a toujours des évolutions et ce n’est donc pas non sur ce constat qu’on peut conclure à une fatale périclité du concept. Les commentaires que je lis au sujet de l’évolution des supports visuels de lecture (DVD, etc.. ) sont bien l’illustration que l ‘évolution technologique est un facteur majeur de la croissance économie de notre société et que tous le secteurs sont confrontés à ce challenge. Alors pourquoi pas nous ? Dans ce monde aux technologies évolutives, le QR présente toutefois un risque mineur d’évolution brutale, pire, de rupture totale puisqu’il fait déjà partie de notre quotidien à tous. De plus, il ne représente un challenge économique pour personne puisqu’il est déjà gratuit et fonctionne sans contraintes. C’est un peu comme si l’on avait peur de voir disparaître la technologie du robinet. Ca fonctionne parfaitement et c’est gratuit.

    Concurrence :

    Y a t-il réellement une vingtaine d’entreprises qui inondent le marché ? Je peux affirmer ici que nous avons très peu de concurrents. Nous voyons effectivement arriver beaucoup de projets non aboutis sur le marché (faute de moyens) mais on se doit de prendre le temps d’analyser toutes les offres pour se faire une opinion synthétique qui débouche sur un classement sérieux plutôt que de porter un jugement hâtif qui conclut à un rejet massif de la profession. Je suis à la disposition de celui qui chercherait à prendre quelques heures pour faire ce travail de tri.

    Panneau d’affichage sur les tombes :

    L’esthétique de notre médaillon a justement été conçue pour éviter toute une intrusion visuelle sur les tombes (on peut le voir sur notre site).

    Utilité même du concept :

    Je comprends effectivement assez facilement qu’un groupe de 20 personnes créé un rythme de mouvement qui n’incite pas forcément à l’appréciation du concept surtout s’il y a déjà un guide présent pour énoncer la biographie du défunt concerné. Notre concept ne s’adresse pas à segment de marché.

    Pour conclure, il est dans la nature humaine de douter de l’intérêt des nouveautés et c’est assez normal. On doit se poser des questions avant d’adhérer. Et même s’il est vrai qu’il suffit d’un bureau et de quelques ordinateurs pour devenir acteur dans notre profession (beaucoup de métiers n’en demandent pas plus), je pense que, comme toujours, ce sont avant tout la patience, l’intégrité et les moyens consacrés au développement d’un projet qui constituent ensemble le facteur déterminant de son succès. Et, si le statisme est dans la nature même du Funéraire, nous croyons vivement pouvoir apporter quelque chose à son évolution et, pour y arriver, nous comptons aussi sur le soutien de ce qui se plaignent largement du manque d’innovations dans la profession.

     
  6. Merci d’avoir posté un article dans funéraire infos.J’ai placé sur la tombale de mon fils un mémorial sous la forme d’un beau petit médaillon.Grâce à votre société,Adangelis,j’ai reussi parce que votre projet est très bien fait.Je suis atterée par tous ces arguments négatifs au sujet de ces codes.Il faut laisser les morts tranquilles,parlons en de ces tombales séculaires qui ne sont pas entretenues,parlons en de ces logos sur certaines tombes posés par une entreprise.Il faut surtout comprendre que dans notre société,il faut évacuer la mort.Le défunt,enterré rapidement doit laisser les vivants se reconstruire.Il faut tourner la page très vite,alors,retracer toute une vie,s’investir dans ce projet,faire confiance dans une entreprise,n’en parlons pas.Et ci ce n’était pas fiable…Quand à moi,je pense que des sociétés comme Adangelis devraient pouvoir continuer dans cette voie afin de permettre à ceux qui le souhaitent de “faire vivre” leur défunt un peu plus longtemps.

     
  7. Merci à Monsieur Monnier pour son explication très claire. Mon sentiment est que le problème vient des mentalités françaises, les tombes sont un lieu séculaire blah blah blah. Pourtant, bon nombre de familles, d’amis, ou de simples visiteurs peuvent déposer ce qu’ils veulent sur la tome qu’ils visitent… Les familles juives ne laissent elles pas des pierres du souvenir ? Visitez la tombe de Serge Gainsbourg, et vous trouverez des mégots, des feuilles de chou, des tickets de métro… Clairement un QR code a toute sa place. L’argument de la pérennité des serveurs est ridicule, c’est un argument aussi valable pour Facebook.
    Le QRcode funéraire est il mort ? Pas sûr, cela fonctionne dans d’autres pays. Un nouvel arrivant : memoryQRcode. Comme quoi, il y a peut être un marché ? 😉

     

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