Les Unes célèbres : Guillaume Apollinaire, la mort d’un poète

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Le célèbre écrivain meurt de la grippe espagnole deux jours avant la signature de l’Armistice en novembre 1918.

Les 11 et 12 novembre, tous les journaux français titrent sur la même chose : la signature de l’armistice, qui met fin à la Première Guerre mondiale. Mais une nouvelle triste est venue se glisser dans les pages ; le 9, Guillaume Apollinaire meurt, à l’âge de 38 ans de la grippe espagnol. Le célèbre écrivain qui était aussi engagé militairement, promu lieutenant le 28 juillet 1918, il est déclaré « mort pour la France ».

Le Figaro du 11 novembre lui rend hommage:

Poète d’une fantaisie violente et cruelle, inventeur d’images et de rythmes, prosateur né et d’une érudition puissante, Guillaume Apollinaire ouvrait des routes nouvelles et il inspirait, animait tout un groupe d’artistes. Sa mort est la perte la plus cruelle que la jeune littérature ait à pleurer depuis la guerre.

L’Action Française également :

Ce poète, qui avait encore raffiné sur les subtilités de l’art contemporain, avait fait trois parts au moins dans sa vie littéraire. Aimant l’érudition, on pouvait le rencontrer, à la Bibliothèque nationale, qui étudiait par exemple le théâtre italien du XVIIIe siècle ; pour contenter son activité il donnait à la presse quotidienne et aux revues des contes, des chroniques, des notes d’une excellente prose traditionnelle, portant la marque d’un esprit précis ; enfin, à sa manière rare et parfois déroutante, il servait les Muses.

Le Siècle du 12 novembre :

“[…] son esprit hardi s’était plu à réaliser des audaces typographiques qui n’empêchaient pas la beauté limpide des vers.”

Parti au front en mars 1915, Guillaume Apollinaire avait été à la tempe en 1916 par un éclat d’obus. Évacué à Paris, l’auteur des calligrammes entame une longue convalescence. Malheureusement affaiblit il contracta deux ans plus tard, la grippe espagnole, dont l’épidémie tuera plus de 20 millions de personnes dans le monde.

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Il meurt le 9 novembre dans son appartement du boulevard Saint-Germain. Edmond Rostand, lui aussi, en fut victime le 2 décembre. Il repose au cimetière du Père-Lachaise à Paris.

La maison des morts

Guillaume Apollinaire

S’étendant sur les côtés du cimetière
La maison des morts l’encadrait comme un cloître
A l’intérieur de ses vitrines
Pareilles à celles des boutiques de modes
Au lieu de sourire debout
Les mannequins grimaçaient pour l’éternité

Arrivé à Munich depuis quinze ou vingt jours
J’étais entré pour la première fois et par hasard
Dans ce cimetière presque désert
Et je claquais des dents
Devant toute cette bourgeoisie
Exposée et vêtue le mieux possible
En attendant la sépulture

Soudain
Rapide comme ma mémoire
Les yeux ses rallumèrent
De cellule vitrée en cellule vitrée
Le ciel se peupla d’une apocalypse
Vivace

Et la terra plate à l’infini
Comme avant Galilée
Se couvrit de mille mythologies immobiles
Un ange en diamant brisa toutes les vitrines
Et les morts m’accostèrent
Avec des mines de l’autre monde

Mais leur visage et leurs attitudes
Devinrent bientôt moins funbèbres
Le ciel et la terre perdirent
Leur aspect fantasmagorique

Les morts se réjouissaient
De voir leurs corps trépassés entre eux et la lumière
Ils riaient de voir leur ombre et l’observaient
Comme si véritablement
C’eût été leur vie passée

Alors je les dénombrai
Ils étaient quarante-neuf hommes
Femmes et enfants
Qui embellissaient à vue d’oeil
Et me regardaient maintenant
Avec tant de cordialité
Tant de tendresse même
Que les prenant en amitié

Tout à coup
Je les invitai à une promenade Loin des arcades de leur maison

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Et tous bras dessus bras dessous
Fredonnant des airs militaires
Oui tous vos péchés sont absous
Nous quittâmes le cimetière

Nous traversâmes la ville
Et rencontrions souvent
Des parents des amis qui se joignaient
A la petite troupe des morts récents
Tous étaient si gais
Si charmants si bien portants
Que bien malin qui aurait pu
Distinguer les morts des vivants

Puis dans la campagne
On s’éparpilla
Deux chevau-légers nous joignirent
On leur fit fête
Ils coupèrent du bois de viorne
Et de sureau
Dont ils firent des sifflets
Qu’ils distribuèrent aux enfants

Plus tard dans un bal champètre
Les couples mains sur les épaules
Dansèrent au son aigre des cithares

Ils n’avaient pas oublié la danse
Ces morts et ces mortes
On buvait aussi
Et de temps à autre une cloche
Annonçait qu’un autre tonneau
Allait être mis en perce
Une morte assise sur un banc
Près d’un buisson d’épine-vinette
Laissait un étudiant
Agenouillé à ses pieds
Lui parler de fiançailles

Je vous attendrai
Dix ans vingt ans s’il le faut
Votre volonté sera la mienne

Je vous attendrai
Toute votre vie
Répondait la morte

Des enfants
De ce monde ou bien de l’autre
Chantaient de ces rondes
Aux paroles absurdes et lyriques
Qui sans doute sont les restes
Des plus anciens monuments poétiques
De l’humanité

L’étudiant passa une bague
A l’annulaire de la jeune morte
Voici le gage de mon amour
De nos fiançailles
Ni le temps ni l’absence
Ne nous feront oublier nos promesses

(…)

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

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