Lettre à un aspirant croque-morts

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la-protection-des-jeunes-ap Lettre à un aspirant croque-mortsIl nous arrive à tous, régulièrement, de se faire alpaguer par quelque jeune homme ou jeune fille, sur le thème : « moi aussi je veux être croque-morts ». Récemment, ça m’est arrivé avec un jeune homme de quinze ans, sur un réseau social.

On est alors partagé entre le scepticisme abrupt et la joie la plus enfantine : d’un côté, l’on se dit, avec plus ou moins de bienveillance « C’est quoi ce gamin qui parle de choses qu’il ne connaît pas ? » et de l’autre « Un jeune qui nous prend pour modèles ! C’est pas aux huissiers de justice que ça arriverait ». Vérification faite (et, conscience professionnelle oblige, j’ai vraiment décroché mon téléphone et appelé une étude), les demandes de stage d’adolescents arrivent en quantités beaucoup moins importantes chez les huissiers de justice que dans les pompes funèbres. Note pour les jeunes : il y a un filon.

Ne voyez pas cet article, messieurs et mesdames qui avez moins de dix-sept ans et qui aspirez à une carrière dans cette honorable corporation, comme moqueur ou condescendant. Et si il y a des mots, dans la phrase précédente, dont vous ne connaissez pas la signification, lisez plus, c’est mon premier conseil.

Puisque, aujourd’hui, je me propose de vous fournir une liste de conseils afin d’intégrer cette carrière, des concrets, des solides, des qui vous seront utiles, quel que soit le poste que vous visez.

Premier conseil : faites des études

Les pompes funèbres sont un métier à part, auquel aucune filière scolaire ou universitaire prépare spécifiquement. Il existe des formations, auprès d’organismes professionnels ou en interne, qui vous apprendront ce que vous devez savoir. Ces formations sont aujourd’hui de plus en plus exigeantes et

de plus en plus techniques. Faire des études vous habituera à apprendre, vous donnera une base de connaissances, de technique d’analyse et d’apprentissage, que vous n’aurez pas avec un vulgaire BAC en poche. Ne vous leurrez pas : dans les années 50, un baccalauréat se méritait et avait une valeur certaine. Aujourd’hui, c’est à peine plus qu’une formalité administrative, et un BAC ne vaut rien. Entre un jeune qui se présente avec une formation d’assistant funéraire passé dans un organisme payé à prix d’or juste après son Bac, et un gars un peu plus âgé qui a fait la même formation, a un mastère en droit et a travaillé comme porteur pendant ses vacances pour payer sa chambre, un employeur ne prendra jamais le premier, à moins de devoir une faveur à ses parents.

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Deuxième conseil : faites des études

Les pompes funèbres sont un métier difficile, et, si vous avez de la chance, mal payé. Et quand je dis que c’est dur, c’est dur. Ne vous laissez pas abuser par ce que vous voyez à la télévision : un cadavre, c’est impressionnant, c’est pas beau, ça sent pas bon, et je ne vous parle que des gens qui sont mort bien sagement dans leur lit, en vous épargnant au passage les suicides divers et variées, saut sous un train compris, ou les découvertes de corps après plusieurs semaines de décomposition. Il n’y a pas d’état d’esprit propice au travail dans les pompes funèbres : on peut ou on peut pas le faire, c’est tout. J’ai vu des grands costauds qui avaient du vécu s’enfuir littéralement en courant après quelques heures de travail, et des petits gars timides qui avaient l’air de ne pas être encore sortis des jupes de leur mère ramasser des morceaux de cadavre sans broncher. On ne peut pas savoir si on supportera le métier avant de l’avoir fait. Faire des études, avoir un diplôme, quel qu’il soit, permet de se ménager une porte de sortie : si vous n’arrivez pas à faire ce métier, vous en aurez un autre au cas ou.

Troisième conseil : faites des études

Parce que vous serez au contact de familles en deuil, qui font preuve d’une confiance énorme en vous confiant le corps de l’être qu’ils ont aimé par dessus tout. Faire des études permet d’acquérir de la maturité, de la discipline et une forme de culture générale. Si la famille se rend compte qu’elle a confié son défunt à quelqu’un qui est incapable d’aligner deux mots sans faire une faute, ils ne vous le pardonneront jamais.

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Quatrième conseil : faites des études…

… Mais n’en oubliez pas pour autant d’avoir des passions, des hobbys et une vie social à côté. Les pompes funèbres, c’est le métier de la mort. Il faut avoir une vie en dehors des heures de travail, sinon, à force de ramener la mort à la maison, c’est vous que vos collègues viendront chercher.

Voilà. Peu importe les études que vous ferez. Idéalement du droit, des lettres, mais si c’est l’électromécanique qui vous branche, foncez. Ce n’est pas à l’école ou à l’université que vous apprendrez ce qu’il faut pour faire de vous un bon croque-morts, mais si vous n’y allez pas, il y a de fortes chances que vous passiez à côté si vous n’y allez pas.

Dernière chose : e vous précipitez pas. Ne vous lancez pas, par exemple, dans une formation de thanatopracteur longue et coûteuse tout de suite. L’avantage des formations, c’est que vous pouvez la faire n’importe quand. Autant commencer au bas de l’échelle, grimper gentiment les échelons, essayer tous les postes, et voir celui qui vous va le plus. C’est un métier ou l’on vous demandera de la polyvalence : quoique vous fassiez, vous ne vous ennuierez jamais.

Un dernier conseil, pour la route, toi qui a quinze ans et qui me lis : profites bien de tes deux mois de vacances. Viendra un temps ou tu regretteras celui-là.

Puisque l’actualité du funéraire est plutôt morose, et que ce sont les vacances, nous proposons de consacrer la journée du mardi à toutes les questions que les jeunes peuvent se poser sur les pompes funèbres et la mort. Posez-les en commentaires.

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2 COMMENTAIRES

  1. C’est un conseil qui pourrait s’appliquer à beaucoup de métiers!
    Et la vocation dans tout ça? C’est vrai qu’une certaine culture est nécessaire, savoir écrire, savoir parler aussi, mais on peut avoir tout ça sans avoir un master!

     

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