Lettre ouvert à un monsieur qui manifestement s’ennuie

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L’article dont il est question ici peut se trouver dans notre revue de presse ou bien directement ici.

Cher Monsieur,

colere-300x241 Lettre ouvert à un monsieur qui manifestement s'ennuie Vous fîtes l’objet, ce matin, d’un filet rien que pour vous dans ma revue de presse. J’ai l’habitude de la rédiger en buvant mon café, le matin, et lisant l’article qui vous concernait, j’ai manqué de peu défaillir. Ah, non, ça c’est vous. J’ai manqué plutôt sauter de rage en crachant mon café. Ce qui aurait provoqué la destruction, peut être, de mon ordinateur, les liquides, il n’aime pas, et de mon mug préféré, celui avec la pochette d’Animals, de Pink floyd, dessus.

Pour le coup, je vous en aurai voulu. Un ordinateur, c’est pas donné, mais bon, ce n’est que du matériel, mais mon mug Animals, ça non ! D’ailleurs, j’en profite, en écrivant, pour réécouter ce fabuleux et très sous-estimé album du meilleur groupe du monde, Pink Floyd (Quoi ? Les Beatles ? Vous plaisantez. Qui ? Les Rolling Stones ? Connais pas). A un moment, Roger waters chante ceci, accompagné par les riffs assassins de David Gilmour :

« Vous passez gentiment votre temps dans les prés,
Vaguement conscients du malaise qui plane.
Vous devriez faire gaffe :
Il y a peut-être des chiens dans le coin. »

C’est de circonstance, je trouve.

Rappelons, si vous le voulez bien, les faits. Vous étiez dans un cimetière, pour y visiter la tombe d’un membre de votre famille, comme des millions de gens. Soudain, vous voyez, j’essaie d’être gentil, j’accentue l’impact en utilisant ce mot, soudain, vous passâtes devant le caveau de quelqu’un que vous connaissiez, caveau qui était ouvert.

Là, vous déclarez avoir fait un léger malaise, pas si léger que cela, puisqu’il vous a fallu près d’une heure dans votre voiture pour vous en remettre. Du moins est-ce que vous prétendez. Une heure, c’est long. Je note au passage que, tout choqué que vous ayez été, vous avez eu le réflexe de regarder votre montre.

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C’était un caveau avec ouverture par devant, et si vous connaissiez aussi bien que moi ce type de sépulture, vous sauriez qu’il faut s’en approcher et se pencher pour en voir le contenu. Et si le contenu avait été, disons, limite, le marbrier aurait fait le nécessaire. C’est donc juste la vision de ce caveau ouvert qui vous a ainsi offusqué ? J’espère que vous n’avez ni internet ni la télévision chez vous : on y voit pire à chaque instant.

De surcroît, vous avez appris plus tard que votre amis avait été « incinéré » et qu’il était donc dans une urne. Tout ça pour ça. Pour votre gouverne, sachez qu’on dit « crématisé ». J’ai fait un malaise devant le mot que vous avez employé, d’ailleurs, il m’a fallu une minute pour m’en remettre, je pense porter plainte contre vous.

Parce que, bien entendu, vous vous êtes rués chez les gendarmes pour réclamer justice. Les agents de la maréchaussée, qui ont dû être quelque peu surpris, vous ont opposé une fin de non-recevoir. Sous prétexte que cela arrive tous les jours, partout. Sachez, cher Monsieur, que ce n’est pas un complot contre vous : chaque jour, en effet, des milliers de gens passent devant des milliers de tombes ouvertes, parce qu’une inhumation doit ou vient de s’y dérouler. Cela fait quelques siècles, maintenant, que l’on procède ainsi, et l’on n’a pas encore trouvé le moyen de faire autrement.

Sauf erreur de ma part, pour l’inhumation du membre de votre famille sus-cité, il a fallu ouvrir la tombe. Il y avait, puisqu’il s’agit de votre famille, certainement des gens que vous connaissiez, dedans, au moins à la fin. Vous êtes resté hospitalisé combien de temps, consécutivement au choc, déjà ? Ce n’est pas précisé. A moins que vous n’ayez la sensibilité selective.

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L’article se conclut par votre promesse de vous battre. Fort bien. Juste pur savoir quelle sera l’intensité de ce combat, j’aimerai savoir exactement combien de dommages et intérêts vous espérez vous faire avec cette histoire ?

Vous vous demandez le rapport avec Pink Floyd ? Ce n’était pas pour vous, c’était pour les marbriers :

« Vous passez votre temps travaillant dans les cimetières,
Vaguement conscients de la malveillance qui plane.
Vous devriez faire gaffe :
Il y a peut-être des procéduriers dans le coin. »

Je ne sais pas quel âge vous avez, cher Monsieur, peut être êtes vous à la retraite, ou sans emploi, en tout cas, vous disposez de suffisamment de temps libre pour le gaspiller en imbécillités. Puis-je attirer votre attention sur la brièveté de l’existence ? Il y a tant de choses à faire, certainement plus intéressantes. Je sais pas, moi, abonnez-vous à la bibliothèque municipale, faites du bénévolat dans une association, allez au cinéma.

Parce qu’un jour, inévitablement, quelqu’un ouvrira un caveau pour vous, et il sera trop tard pour regretter le temps perdu.

Acceptez, cher Monsieur, mes salutations.

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1 commentaire

  1. Cet article a un côté “donneur de leçon” qui est déplorable, pourquoi tant de haine à l’égard de ce pauvre monsieur? Je comprends parfaitement la réaction de ce dernier.

    Un règlement de cimetière digne de ce nom ou un marbrier compétent va cacher l’ouverture du caveau pour que le public ne puisse voir à l’intérieur. Il en va du respect dû aux morts et du maintien de l’ordre public.

    La couverture du caveau permet également d’éviter la profanation de la sépulture ou le vol de l’urne. Quand on voit le nombre de vols dans les cimetières par les temps actuels, ce n’est pas du luxe.

    Dernière précision : on dit “incinéré” et non pas “crématisé” (c’est un néologisme, mais ce n’est pas du français correct).

     

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