Limousine, convoi de première classe

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La musique aide à se détendre, c’est bien connu. Après une dure journée de cérémonies, à écouter en boucle les même sempiternelles rengaines, pourquoi ne pas faire une vraie découverte ?

Découverte

II-300x300 Limousine, convoi de première classeIl y a, comme ça, des albums sur lesquels on tombe par hasard, et qu’on ne lâche plus. Limousine, c’est un groupe que j’ai découvert en voiture alors que je me promenais de station en station. La vie est bien fichue : parfois, on n’a pas envie d’écouter des radios ou l’on cause, parce que c’est toujours la même actualité qui passe en boucle, et l’on se rend compte qu’on n’a pas un seul CD de Pink Floyd sur soi, pas le moindre Génésis, le vrai, celui avec Peter Gabriel, dans la boîte à gants, et que vous vous résignez à écouter la radio en quête de quelque chose d’écoutable, en priant pour ne pas tomber sur du David Guetta ou du Lady Gaga. Vous tombez donc, par hasard, sur une radio étudiante, qui diffuse un morceau fascinant.

C’est généralement dans ces moments là que vous vous rappelez votre dernière émotion musicale et que vous vous dites que ça fait longtemps que vous n’avez plus entendu quelque chose d’aussi prenant. Et d’aussi neuf, finalement.

Neuf ? D’un premier abord, Limousine ressemble à du jazz lounge, un peu snob. Des harmonies discrètes à la guitare, posée sur le tempo feutré d’une batterie parfaitement maîtrisée, un saxo presque en sourdine et un synthé aux sonorités parfois faussement new age, sur le papier, finalement, ça ne donne pas envie. Limousine n’a pas composé son album pour que les journalistes puissent facilement le chroniquer.

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Ca tombe bien : Limousine n’est pas un groupe à lire. Même pas les paroles : il n’y en a pas. Limousine est un groupe uniquement instrumental, et ça fait un bien fou de ne pas entendre de paroles simplistes beuglées par des apprenties Beyoncé.

Dommage pour…

De la pop atmosphérique, jouée par des musiciens de jazz, sans paroles, diantre, ça va être compliqué de vous donner envie d’écouter Limousine. C’est leur faute, en partie, parce qu’ils ne font pas une musique facile à décrire avec des mots, mais c’est dommage.

Dommage pour eux, d’abord, parce qu’ils méritent plus d’être connus que beaucoup d’autres, à une époque ou will.i.am en featuring avec Britney Spears vendent des disques à la pelle. Rappelons que, pour ce dernier duo, la musique a été entièrement fabriquée par un ordinateur et que les paroles tournent essentiellement autour du refrain, ou Britney Spears répète inlassablement « Britney Bitch ». Pour les non-anglophones, rappelons que « bitch » signifie prostituée, mais en moins poli. C’est leur faute, vous dis-je : pour faire un disque, ils auraient pu faire comme tout le monde, embaucher des spécialistes du marketing, ils ont préféré prendre des musiciens. Drôle d’idée. Bonne idée.

Dommage pour moi, ensuite, petit scribouillard impuissant devant son clavier à trouver les mots pour vous dire qu’il faut absolument écouter Limousine. Si de la bonne musique se vend, il y en aura peut être plus à sortir. Ca ferait du bien, à une époque ou Muse gâche son talent parce qu’ils se rendent compte que la soupe se vend mieux, en ces années ou Radiohead n’a plus rien à dire, ou le rock progressif est définitivement mort, ou le jazz s’est enfermé dans un cocon élitiste.

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Dommage pour vous, ensuite, et surtout, parce que vous loupez vraiment quelque chose.

Atmosphère, atmosphère…

Parce que la grande idée de Limousine, leur génie, même, est de donner à chacun leur album une atmosphère, et à chacun des morceaux qui le composent une véritable ambiance. Certains morceaux, par ailleurs, évoquent des musiques de films. D’autres auraient presque leur place dans une cérémonie. Tous refusent la facilité des grandes envolée mélodramatiques, et recèlent une multitude de subtilités qui se révèlent au fur et à mesure des écoutes.

Tous ont cette capacité qui rend la musique de Limousine si particulière : lancez le CD, installez vous confortablement, vous êtes ailleurs. Instantanément. Tout est balayé, plus rien n’existe, nul besoin d’une période d’accoutumance pour faire le vide en soi, dès les premières notes de « La Gaviota » qui ouvre l’album, vous plongerez. Ou ça ? Seuls vous le savez. Limousine vous fournit le moyen de transport, vous connaissez la destination.

L’album « II » est disponible en CD ou en téléchargement sur Amazon, Deezer, la FNAC, voire même votre petit disquaire, s’il n’a pas encore fermé, ça lui fera plaisir de vous revoir. Il vaut un peu plus cher qu’un paquet de cigarettes, et si vous l’achetez, non seulement il ne vous donnera pas le cancer, mais vous leur donnerez les moyens et l’envie d’en faire d’autres. 

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