L’invasion des profanateurs de sépultures, la (mauvaise) humeur

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Il est une « mode » dont on parle parfois, la profanation de cimetières. Cette « incivilité » est bien plus grave que ce qu’il n’y paraît, et doit se voir opposer une réponse intransigeante.

Les profanateurs, leur vie, leur œuvre

Profanation-Wolfisheim_pics_390-300x191 L'invasion des profanateurs de sépultures, la (mauvaise) humeurEst profanateur de sépulture celui qui porte atteinte à l’intégrité d’un monument, de son contenu, et de ce qui y est disposé. Parfois étendue, parfois atténuée, un profanateur, c’est cela. Il en existe de différents types.

Le premier, le voleur. Pingre, malhonnête, jaloux, il va s’emparer d’une composition florale, d’une plaque, pour la placer sur un autre monument, auquel il souhaite rendre hommage. Mais quel hommage ? Une offrande obtenue par la malhonnêteté et la spoliation ? Drôle de présent en vérité. Quelle valeur peut avoir ce symbole offert, acquis et choisi pour un autre ?

On m’objectera que certains ont peu de moyens. Et ? Ce qui compte, c’est venir se recueillir, pas la splendeur du cadeau. Celui qui offre un présent volé est juste un voleur.

Est profanateur le pseudo « gothique » qui va démolir les tombes pour répondre à ce qu’il croit être les impératifs de son mouvement. Inspiré de l’expressionnisme Allemand, d’une certaine forme de romantisme macabre, du fantastique aussi, le véritable gothique préférera lire Lautréamont que d’aller briser des pierres tombales. Celui qui se rend dans les cimetières pour les détruire n’appartient certainement pas à ce mouvement basé sur l’esthétisme : c’est juste un imbécile.

Est profanateur celui qui, ivre mort, va aller dégrader un monument en prétextant son éthylisme passager. Lui est méprisable. L’alcool n’est pas une excuse, il endort les réflexes et désinhibe, mais n’éteint pas le sens moral. L’alcool ne fait pas faire ce que l’on ne ferait pas habituellement, il fait faire ce qu’on n’ose pas faire habituellement. Celui qui prend le prétexte de l’alcool pour justifier l’injustifiable ment : c’est juste un lâche qui se cache derrière une bouteille.

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Enfin, l’ahuri avec une vision. Il croit qu’en s’en prenant aux symboles, religieux ou autres, dans les cimetières, il fait passer un message. Triple buse : en s’en prenant ainsi à des morts, il prouve avant tout sa lâcheté. En offensant ainsi la mémoire de ceux qui ont fait le passé, il attaque tous les vivants, et dessert sa cause, quelle qu’elle soit, et tous ceux qui la défendent légalement. Les idées se défendent dans des tribunes, dans des débats. Les propositions sont adoptées ou rejetées par les scrutins, pas par les sépultures.

Il en existe d’autres, et pourtant, à travers tout cela, il n’en existe qu’un : un imbécile, irrespectueux et méchant, sans doute irrécupérable. Au mieux, un malade à soigner, au pire, un criminel à enfermer. Mais jamais, au grand jamais, quelqu’un à essayer de comprendre.

La symbolique funéraire pour les nuls

Le cimetière n’est pas un dépotoir. On ne s’y débarrasse pas de boîtes vides et inutiles qui ont autrefois été des personnes. Le cimetière est l’endroit ou repose l’âme d’une civilisation. L’on considère parfois, en ethnologie, qu’une civilisation peut être considérée comme telle à partir du moment ou elle ritualise la mort.

Il en existe des multitudes. Qu’on livre un corps, en haut d’une tour, aux vautours, qu’on le brûle, qu’on l’immerge, chaque rituel a ses raisons symboliques qui marquent la convergence d’une culture entière vers ce moment précis. L’on s’en rend compte lorsque, arrivé en terre inconnue, on essaie de se faire expliquer un rite funéraire : très vite, l’explication va se mâtiner de précisions indispensables qui concernent pourtant l’ordre du vivant.

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Parce que toute la raison d’être de la symbolique funéraire est là : autant c’est un hommage aux morts, autant c’est un ensemble de gestes destinés aux vivants. Une manière de montrer son affection autant que de reconnaître la part que le défunt a apporté à la société.

Par extension, c’est donc cela que le profanateur foule de ses pieds sales : l’affection envers des défunts qui manquent, l’apport qu’ils ont fait au monde qui l’a vu, ce profanateur, naître, et tous ces objets, rituels et symboliques qui représentent sa propre civilisation. C’est tout cela qu’il insulte de ses gesticulations destructrices et vaines.

Plus grave encore, en s’attaquant ainsi à des morts qui ne peuvent plus interagir avec le monde, qui ne peuvent plus se défendre, qui ne peuvent plus rien d’autre qu’être le point de convergence de la peine et du deuil, en un sens, de ce qui nous rend humains, le profanateur montre son irrespect non seulement d la mort, mais aussi de la vie. Ce qui n’en fait plus seulement un individu méprisable, mais un individu dangereux.

Chacun doit prendre conscience qu’une profanation de sépulture, pour toutes ces raisons, n’est jamais à prendre à la légère. Il y en a eu, selon certaines sources, 378 en 2011 en France, chacun concernant une ou plusieurs tombes. Certaines ont été médiatisées, d’autre moins ou pas du tout. Aucune n’était compréhensible, pardonnable ou justifiable.

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