Marianne, hors-série “Les textes – La mort”

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Le magazine Marianne propose un hors-série, ayant pour thème « Les grands textes sur la mort ». Bien évidemment, nous l’avons lu attentivement.

Les infiltrés, encore ? Non, Apostrophe !

49669-225x300 Marianne, hors-série "Les textes - La mort"C’est une coïncidence, n’en doutons pas, mais ce hors-série est le deuxième numéro d’une collection qui débutait avec l’argent pour thème. L’argent, la mort… Serait-ce une trilogie qui se clôturerait par l’amour, (ou simplement le sexe, selon votre degré de cynisme) et qui résumerai à elle seule les grandes obsessions de l’humanité ?

Plaisanterie mise à part, penchons-nous sur la question que vous, professionnels du funéraire qui constituez 95 % de notre lectorat en dehors des périodes de poisson d’avril, interrogation fondamentale qui est la suivante : « Est-ce que ce magazine va m’être d’un quelconque utilité au travail ? » et la réponse sera bien entendu non, décidément et formellement non.

Ne partez pas, ce n’est pas fini ! Ce n’est pas parce que le magazine n’a pas d’utilité professionnelle fondamentale qu’il est interdit de se cultiver sur son univers, celui de Thanatos, et, en ce sens, l’on n’est pas déçus : de sapiens, ses pages regorgent, puisque les auteurs convoqués ici sont légion, et chacun une pointure en son domaine : de Baudelaire à Hugo, de Epicure à Pascal, j’en passe, de la plus royaliste (Simone de Beauvoir) au plus gueulard (Flaubert), en passant par le bon (Montaigne) la brute (le méconnu, et à découvrir, André Héléna) et le truand (ce vieil escroc de Freud).

Message personnel à la rédaction de Marianne : je constate avec un souverain déplaisir et une vive consternation que, si vous avez eu le bon goût d’insérer dans votre ouvrage un texte du grand philosophe Arthur Schopenhauer, extrait de son Magnus opus « Le monde comme volonté et représentation » (le titre dont vous usez « Le monde comme volonté et comme représentation » est inexact et issu d’une ancienne traduction moins fidèle au texte puisque le titre original est bien « Die Welt als Wille und Vorstellung » et non « Die Welt als Wille und als Vorstellung ») vous n’avez pas considéré comme digne l’impression de son nom sur la couverture. C’est mal. Ne le faites plus. Signé : un admirateur de Schopenhauer.

Donc, ces textes ont pour objectif de donner à voir les représentations de la mort à travers l’intellect, dans son abstraction mais aussi dans sa concrétisation. Ainsi, le texte de Victor Hugo, plaidoyer contre la peine de mort, est suivi de la description brutale d’une décollation au petit matin.

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Ces textes sont donc là pour donner à voir tantôt une forme de culture de la mort, tantôt une forme de la mort dans la culture, mais sont, comme nous vous l’expliquions plus haut, inexploitables dans un contexte industrieux. A moins que vous ne vouliez vous suicider professionnellement en lisant « Une Charogne » de Baudelaire lors d’une cérémonie.

La Mort, ils en font quoi, dans Marianne ?

L’opus se décompose, pardon, c’était tentant, en quatre parties : « Penser la mort », où les auteurs pensent leur mort, celle des autres, la fin en général, puis la seconde partie, « Mourir Hier et aujourd’hui » au titre explicite s’intéresse tant au suicide solitaire qu’au crime de masse, la troisième partie se verra, elle consacrée au cadavre, avec un petit passage chez les travailleurs de la mort, hélas très succinct et trop poétique pour être concernant vis à vis de la profession, enfin, « Présence des morts » traite du deuil, réussi ou raté, de façon assez subtile. Une conclusion en forme de chiffres et quelques définitions complètent l’ouvrage, qui aura vu entre temps sa lecture entrecoupé d’interludes, métaphores argotiques, épitaphes, citations et une page de cet humour noir, un tantinet macabre, que nous affectionnons.

L’ouvrage est donc, comme d’habitude avec l’équipe de Marianne dont le professionnalisme est bien connu, impeccable, intelligemment élaboré et abondé de textes et illustrations judicieusement choisis. Le travailleur du funéraire qui s’intéresse à la culture de la mort enrichira à bon escient sa bibliothèque de cette compilation, pour un prix modique, 6.90 euros.

Sa lecture, après réflexion, pourrait finalement trouver, de surcroît, une utilité professionnelle, auprès des apprentis Maîtres de Cérémonies, qui verront là l’occasion de s’instruire, à travers les textes classiques, de la sémantique, la syntaxe et la dialectique dont la parfaite maîtrise est un minimum à l’exercice de leur travail.

“Marianne” Hors -série, 6.90 euros, en vente chez les marchands de journaux.

Le site du journal est ICI.

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