Nos vies mortelles

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L’humeur politiquement incorrecte

Parfois, nos rédacteurs s’agacent, vitupèrent, pestent, il leur arrive même de dire des gros mots. Pour leur lâcher la bride, rien de mieux qu’un article défoulatoire sous lequel perce peut être quelque velléité d’introduire une réflexion plus profonde…

la_peste_by_bonbon_a6dule-d339pd31-194x300 Nos vies mortellesLes décisions s’enchaînent à un rythme effréné. Tellement que l’on a du mal à suivre. La sécurité routière lance une campagne de sensibilisation sur les décès de motards, tandis que le gouvernement s’en prend aux cabines de bronzage et aux rallyes. Il paraît qu’il sera désormais interdit de rater son virage et d’occire quelques badauds.

Tout cela est fort bien. D’ailleurs, ne voyez ici aucune critique du gouvernement : il faisait comme celui d’avant, qui lui-même avait hérité des habitudes de son prédécesseur, et on remonte ainsi jusqu’à la naissance de l’opinion publique.

Toutes ces actions ont donné naissance à cette chose formidable qui s’appelle le « principe de précautions ». Son postulat de base en est simple : si une chose peut engendrer un accident, et que l’opinion publique s’en saisit, alors on l’entoure de normes, de barrières, de précautions, de protections, de sécurités et de responsabilités afin de l’aseptiser complètement, tout en brandissant la menace, si tout cet aréopage de précautions ne fonctionne pas, de l’interdire purement et simplement.

On arrive, paradoxalement, à un effet inverse et pervers : la déresponsabilisation et la guerre. Guerre métaphorique, je vous l’accorde : depuis que l’état se fait traîner devant les tribunaux parce que ses soldats meurent sur le champ de bataille, les velléités belliqueuses de nos dirigeants se sont considérablement amoindries.

La déresponsabilisation, parce que l’on compte sur une instance dirigeante pour résoudre un problème. Et la guerre, parce que la coercition légale qui s’ensuit est automatiquement privative de liberté pour une frange de population, qui s’en prend à une autre frange de population qui elle soutient cette loi. D’un côté, nous avons ceux qui prônent l’absence de toute règle pour satisfaire égoïstement à leur passion, de l’autre ceux qui exigent des règles contraignantes souvent pour se mettre en adéquation avec une posture idéologique.

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Prenons un exemple : les rallyes automobiles : il y a des gens qui ne supportent pas ça. Cela peut se comprendre, moi-même, je suis allergique au football, 22 millionnaires qui courent après un ballon alors qu’ils ont les moyens de s’en acheter chacun un, quel mauvais message à transmettre à notre jeunesse. Et il y a des gens qui prétendent aimer les rallyes. Sauf que quand une voiture sort de la route et fait un strike, chose aussi malheureuse que rarissime, tout ce joli monde s’unit, pour demander au ministre qui vient d’arriver ventre à terre plus de sécurité.

Le rallye automobile consiste à lancer une voiture extrêmement puissante sur un sentier ou la tenue de route tient de la légende que les nids de poule se racontent le soir autour du feu, le plus rapidement possible, tandis que des badauds juchés sur des monticules de terre baptisés talus les applaudissent, ravis d’être éclaboussés.

C’est dangereux par nature. Et édifier de jolis murs en béton, éloigner les spectateurs pour les installer sur des gradins, sécuriser les rallyes, en un mot, serait les dénaturer. Quand on va assister à un rallye automobile, on sait qu’il y a un risque.

D’aucun m’objecteront « mais des enfants innocents ont été tués ». C’est exact. Mais être responsable, est-ce que c’est pleurer parce que son enfant a été tué dans un endroit dangereux ou l’on avait amené en connaissance de cause, ou percevoir le danger et refuser de l’y emmener ? Quelle leçon en tirer : « Soit responsable et prudent, ne met pas inconsidérément la vie des autre sen danger » ou « Fais ce que tu veux, si il t’arrive quoi que ce soit, tu pourras toujours dire que c’était la faute de quelqu’un d’autre » ?

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Le dernier projet en date vise à légiférer sur les cabines ultra-violet pour arriver sur la plage déjà bronzé. Les personnels du magasin devront être formés régulièrement, le matériel sera soumis à des normes qui rendront son coût abominable et fort peu lucratif, et c’est paraît-il une bonne chose, parce que les UV donnent le cancer de la peau. Pourtant…

…Pourtant, que les UV donnent le cancer de la peau, on le sait. Des reportages y sont consacrés. Le médecin que l’on consulte le dis très bien. On le leur répète sur tous les tons. Et malgré cela, les utilisateurs de cabine UV persistent à s’allonger dans des pourvoyeurs de mort. Ce n’est pas faute d’avoir été prévenus. plague1-Copie1-207x300 Nos vies mortellesAlors, pourquoi embêter le commerçant qui loue ces cabines ? Ce n’est pas sa faute si les gens se comportent de manière irresponsable, et si cette irresponsabilité lui rapporte assez pour nourrir sa famille, ou est le problème ? Quelle est la philosophie de tout cela ? « Plutôt que d’éduquer les imbéciles, punissons les gens intelligents ? ».

Eh bien soit : je me rend. Je me range à votre avis. Vous avez raison. Il faut bannir tout danger de notre existence. Tout ce qui nous tue doit être éradiqué sans délai.

Mais j’y pense : la naissance nous condamne tous à une mort certaine. La vie est mortelle en elle-même. Il faut la confisquer sans délai, mais sans mettre en danger son usager. Vous laissant réfléchir à cela, je vous souhaite une bonne journée.

Les propos tenus sont l’unique responsabilité de leur auteur.

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