Obsèques laïques, vin d’honneur, loto et belote en salle municipale

1
293
assemblée nationale loi obsèques laiques

Au secours, elles reviennent ! Elles, ce sont les obsèques laïques voulues par un député socialiste, et qui obligeront les communes à mettre à disposition une salle municipale et un élu en guise de Maître de Cérémonies. Le problème, c’est que ça existe déjà. Vous avez dit « concurrence déloyale » ?

Le rapporteur du texte, le député Hervé Féron, expliquait à nos confrères de LCI « La loi du 15 novembre 1887 garantit le principe de laïcité et donne la liberté de choisir le caractère civil ou religieux des funérailles. Mais depuis, on ne s’est pas donné les moyens pour rendre cette loi opérationnelle ». On se demande à qui il s’est adressé : le législateur a effectivement donné aux familles le libre choix des funérailles, et les pompes funèbres se sont adaptés, proposant un panel couvrant tous les champs.

« Quand on pratique la crémation, il y a la possibilité d’avoir des salles dans les crématoriums. Mais quand c’est une inhumation, il n’existe pas d’endroit où l’on peut organiser les funérailles. Ce n’est parce que l’on n’est pas croyant que l’on n’a pas de rite funéraire » ajoute Hervé Féron.

Là, on nage en pleine hallucination. De nombreuses maisons funéraires sont pourvues de salles de cérémonies civiles. De surcroît, les salles de cérémonies de la plupart des crématoriums peuvent être louées indépendamment de la crémation. Plus prosaïquement, maisons funéraires actuellement construites sont de plus en plus pourvues de salles de cérémonies. N’oublions pas, enfin… Que ça se fait déjà. N’importe quelle pompe funèbre peut demander, si les circonstances l’exigent, à sa mairie de lui prêter ou louer une salle municipale pour y procéder à une cérémonie d’obsèques. J’invite Monsieur Féron à réfléchir au sens du terme “superfétatoire”.

Le conseiller municipal chargé de la cérémonie était un point qui posait problème. Après que l’association des maires de France se soit inquiétée, la proposition de loi a été amendée, pour laisser cela à l’appréciation du maire. Nous aurons donc, au choix, pour célébrer ces obsèques, des Maîtres de Cérémonies obligés de travailler dans une salle qui sera sans doute inadaptée, ou des officiers d’état-civil persuadés, à tort, de pouvoir faire mieux que des professionnels, ou des conseillers municipaux qui confondront discours d’hommage et discours politique, voir même des conseillers d’opposition envoyés au casse-pipe par un maire taquin.

Lire aussi :  Assises du Funéraire : L'intervention du sénateur Jean-Pierre Sueur

Mais c’est surtout l’application de la loi qu’on a du mal à imaginer. Projetons nous après la promulgation, à Triffouillis-les-Oies, riante bourgade. La seule salle municipale est donc mise à disposition pour les obsèques de Madame Chombier, défunte de la commune. Le cercueil est donc disposé sous les décorations de Noël, entre le sapin et la crèche. Monsieur Durand, conseiller municipal, après avoir lu la cérémonie type « inscrivez ici le nom du défunt » téléchargée sur internet, et y avoir ajouté une trouvaille qui l’a rendu heureux, un texte méconnu qui commence par « Je ne suis pas mort, je suis juste passé dans la pièce d’à côté »… annonce après consultation de sa montre que le geste d’adieu se fera au cimetière, puisque la salle a été réservée pour le cochon grillé annuel du club « Des chiffres et des lettres ».

La question posée est celle de la gratuité ou non de la mise à disposition des salles. Une charge supplémentaire pour la commune sans contrepartie… et surtout un très mauvais signal envoyé aux pompes funèbres. Comment voulez-vous convaincre un entrepreneur de construire, à ses frais, une salle de cérémonies, qui sera payante, pour des raisons aussi pragmatique que le remboursement du prêt à la banque, alors que la mairie de son village pourra mettre à disposition de qui le souhaite une salle gratuite ?

Et comment expliquer aux jeunes aujourd’hui qu’il faut 70 heures de formation et 70 heures de stage en entreprise pour pouvoir se dire maître de cérémonies, alors que n’importe quel élu municipal peut être envoyé au charbon, à contrecœur, sans formation, et massacrer une cérémonies d’obsèques ?

Lire aussi :  Pompes funèbres : Les oubliés du discours de F. Hollande à Nice

Simple : c’est un marqueur de gauche, un peu comme le pardon des communards de 1870 récemment votée par l’Assemblée Nationale. Et, à l’approche des élections, ce genre de propositions vont se multiplier. Tant pis pour les pompes funèbres, les maires et surtout les familles qui vont payer les pots cassés, tant pis pour le temps de législature gaspillé pour cela dans un pays écrasé sous le chômage et la dette, l’important, c’est de signaler à son électorat qu’on se rappelle de son existence.

On attend donc les prochaines mesures avec angoisse.

Vous pouvez trouver ici l’article que nous avions publié au moment de la première proposition.

Votes !

1 commentaire

LAISSER UNE RÉPONSE