Patrimoine Breton, troisième partie, les saints bretons

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Troisième partie de notre voyage dans la patrimoine Breton, vous trouverez ici la seconde

Les Saints Bretons :

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Saint Ivy (Saint Yves)

Ils désignent des personnes originaires de Bretagne ou dont la vie s’est déroulée en Bretagne et qui sont réputés pour leur foi catholique et leur héroïcité spirituelle.

La plupart d’entre eux ont été désignés par le peuple car finalement peu ont été vraiment reconnu par l’Église.

On distingue les sept Saints Fondateurs arrivés du Pays de Galles et de la Cornouaille Anglaise ver les V ème et VI ème siècle. Ce sont eux qui apportèrent le Christianisme en Armorique. Ils furent d’abord persécutés par les Paganistes durant la période paléochrétienne et émigrèrent en Irlande massivement pour se renforcer. Ils revinrent en force et renversèrent les rôles en persécutant à leur tour les Paganistes :

  • Saint Samson, évêque de Dol

  • Saint Mac Law, évêque de Saint Malo

  • Saint Brieuc, évêque de Biduce, devenu Saint-Brieuc

  • Saint Tugdual, évêque de Tréguier

  • Saint Pol Aurélien, évêque d’ Occismor, devenu Saint-Pol-De-Léon

  • Saint Corentin, évêque de Quimper

  • Saint Paterne, évêque de Nantes.

Ils sont réputés pour avoir fondé les sept évêchés qui existaient au Moyen-âge et qui ont joué un rôle important lors de l’immigration d’une partie des Bretons d’Outre-Manche.

Ces sept évêchés font d’ailleurs partie du Tro Breizh (Tour de Bretagne) qui est un pèlerinage catholique qui relie les sept villes des sept Saints Fondateurs de la Bretagne.

Le Tro Breizh se faisait à l’origine en un mois et 600 kilomètres de marche et l’une de ses spécificités est qu’il était circulaire car la dernière étape du pèlerin le ramenait à son point de départ.

Une vieille légende Bretonne raconte que ceux qui n’effectuent pas « leur » Tro Breizh au moins une fois de leur vivant seront condamnés à le faire dans l’ Au-delà, en avançant de la longueur de leur cercueil, une fois tous les sept ans !

Le « pardon » est une tradition toujours d’actualité de nos jours qui consiste à demander grâce à un Saint en particulier. C’est une fête patronale qui regroupe les fidèles d’une ou plusieurs paroisses.

La messe solennelle est suivie d’une procession durant laquelle on érige fièrement les bannières, les reliques (celles de Saint Yves par exemple, patron des avocats), des statues et des croix portées par un cortège et chantant des cantiques la plupart du temps en Breton.

La cérémonie s’achève par une fête profane avec danses, musiques et jeux traditionnels.

Le plus célèbre des pardons est celui de Sainte Anne d’ Auray qui regroupe plus de vingt mille fidèles !

Lors de la cérémonie des pardons de la mer, le prêtre et les reliques embarquent sur le bateau et ce dernier procède alors à la bénédiction de tous les bateaux du port comme lors du pardon de Saint Jacques à Locquirec (29) ou lors de la Bénédiction des Courreaux à Groix (56).

Enfin, la tradition veut que le cimetière de Lanrivoaré abrite 7847 Saints ….

Bibliographie :

Florian Le Roy, La Bretagne des Saints, éd. André Bonne, 1959

René Largillière, Les Saints et l’organisation bretonne primitive dans l’ Armorique bretonne, éd. Armeline, Crozon, 1995

Yannick Pelletier « Les enclos bretons » aux Éditions Jean-Paul Gisserot

Eugène Royer et Joël Bigot « Les calvaires bretons » aux Éditions Jean-Paul Gisserot

  1. « Katell Golet » Dans la mythologie chrétienne de cette époque, Katell Golet est l’opposé de Marie-Madeleine. Elles sont toutes les deux la femme offerte aux passions masculines de la cité. Elles symbolisent chacune le péché et sont rejetées par la société. Tandis que Marie-Madeleine est représentée corps tendu vers Jésus crucifié, elle est la pécheresse pardonnée ; Katell Gollet quant à elle persuadée de sa volupté est la proie « voluptueuse » des monstres cornus.
  1. La pierre de Kersanton (d’origine volcanique) était tirée d’une carrière qui se trouvait sous le niveau de la mer, elle était plus facile à tailler car l’humidité la rendait plus malléable. C’est en séchant qu’elle se durcissait et on constate à présent que les statues qui ont été taillées dans cette pierre se sont bien mieux conservées que celles qui ne l’ont pas été. La carrière est à présent fermée et il est extrêmement difficile de retrouver ce type de pierre.
  1. Arnold Van Gennep (Ethnographe et sociologue) Manuel du folklore français contemporain

A CHACUN SON SAINT…

La Bretagne est riche de Saints en tous genres et les Bretons entretiennent une relation quasi familière avec eux.

Ils sont restés fidèles à leurs traditions polythéistes héritées des celtes malgré les actions du Clergé.

La famille des Saints Bretons est grande, environ huit mille et les principaux sont bien entendus les sept Saints fondateurs des évêchés armoricains . On y trouve Saint Patern (Vannes), Saint Corentin (Quimper), Saint Brieuc (Saint Brieuc), Saint Tugdual ( Tréguier), Saint Samson (Dol), Saint Malo (Saint Malô), et Saint Paul Aurélien (Saint-Pol-De-Léon).

Hormis les sept fondateurs, les Bretons affectionnent tout particulièrement d’autre Saints comme Sainte Anne, épouse de Joachim et mère de la Vierge. Les premiers missionnaires qui évangélisèrent l’ Armorique, lui portèrent une grande vénération. En août 1623, une femme mystérieuse se révèle à Yves Nicolazic dans un champ non loin d’ Auray et lui indique qu’autrefois une chapelle lui était dédiée et qu’elle souhaita qu’elle soit rebâtie. Quelques semaines plus tard, le pauvre bougre découvre une statue à l’endroit même indiqué par la sainte …..Emplacement actuel de la basilique de Sainte Anne d’Auray. Son pardon est célébré le 26 juillet par quelques vingt mille pèlerins !

Saint Ronan est arrivé en Pays de Léon au VII ème siècle pour y trouver la solitude. Après s’être installé dans la forêt du Névet en Cornouaille avec l’aide d’un paysan, la femme de ce dernier cherche à nuire à Ronan et le calomnie de tous les maux. Il décide donc de quitter la Cornouaille pour Hillion, près de Saint-Brieuc. Sentant la fin proche, il confia qu’aussitôt trépassé, on le mette dans un chariot attelé de deux bœufs, lesquels le conduisirent à travers le pays jusqu’à l’endroit de son ancien ermitage (et accompagné par trois évêques)… Emplacement actuel de l’église de Locronan et de la chapelle du Pénity, construites pour y abriter son tombeau. La tradition populaire raconte que le bon saint faisait chaque jour à jeun une sorte de procession autour de son ermitage pour chasser les loups et protéger les troupeaux et que, une fois par semaine, il refaisait ce parcours sur un rayon plus étendu. C’est ce qui aurait donné naissance aux processions de la Troménie que l’on fait tous les ans à Locronan, célébrée le deuxième dimanche de juillet et à la Grande Troménie que l’on fait tous les six ans (environ 10 kilomètres).

Saint Yves , patron universel de la Bretagne, né en 1253 près de Tréguier est devenu magistrat à Rennes et à Tréguier et était aussi le recteur d’une petite paroisse en 1284. Il se distinguait par sa justice et son amour des pauvres auxquels il consacrait son temps. Ce qui lui valut le surnom d’ « avocat des pauvres » . Il fut canonisé par Rome en 1347, ses reliques reposent dans la cathédrale saint Yves de Tréguier (22) et donnent lieu à un pardon (le troisième dimanche de mai) où elles sont exposées.

Il est reconnu par l’Église.

Saint Patrick quant à lui serait né aux alentours de 390 au nord des Iles Britanniques. Ils se disait être le fils du Décurion Celpurnius, sa « formation » ecclésiastique se déroula en France puis en Irlande où il accomplit sa mission évangélisatrice.

Breton chrétien, Patrick est aussi magicien et pour certains il n’était qu’un Druide converti au christianisme. Il utilisa la feuille de trèfle pour expliquer le mystère de la Trinité aux Irlandais et c’est pour cette raison que la fête de la Saint Patrick est appelée « Fête du Shamrock » c’est à dire fête du trèfle, emblème national de l’Irlande. C’est aussi grâce à lui que l’ Irlande est devenu l’île des Saints d’où partiront tous les évangélisateurs vers le continent d’ Armorique…

La liste est longue et non exhaustive et les plus importants d’entre eux viennent d’être cités bien que l’on peut encore nommer Saint Théleau, compagnon de Saint Samson de Dol qui a su évangéliser les premiers bretons.

Les études hagiologiques et iconographiques ont démontrées (à l’aide de statues) que les Saints bretons étaient bien souvent accompagnés d’animaux comme emblèmes.

Saint Corentin était affublé d’un poisson, la raison doit être du fait qu’il se nourrissait de peu de choses et qu’un jour Dieu accomplit un miracle « admirable et continuel ». Il lui envoya un petit poisson dans sa fontaine, lequel, tous les matins se présentait au saint de manière à ce qu’il en prit un petit morceaux pour son repas, et, aussitôt, le petit poisson se retrouvait entier, sans aucune lésion ni blessure et se représentât à Saint Corentin tous les matins.

Un dragon accompagnait Saint Pol De Léon et Saint Hervé était souvent représenté auprès d’un loup.

La Bretagne est une terre prolifique en croyances et en superstitions, certaines ont la vie dure encore à notre époque. Sitôt qu’un destin dramatique s’abattait sur un pauvre homme, ce dernier était élevé au rang de « Saint » sans que l’église n’ait eu son mot à dire car en fait, très peu de Saints Bretons ont réellement été canonisés ou reconnus par celle-ci. La croyance populaire veut qu’en la cathédrale de Quimper (29), des personnes soucieuses de retrouver des objets perdus déposent des pains devant la statue de « Santik Du », sa statue est aussi implorée pour faire le beau temps sans quoi elle est retournée vers le mur et dos aux paroissiens.

 On distingue également les Saints protecteurs comme Saint Fiacre qui veille sur les jardins et Saint Jacques qui veille sur les marins ou encore des Saints guérisseurs ou « thaumaturges » comme Saint Roch ou Saint Sébastien qui étaient invoqués durant la terrible peste noire qui pénétra Marseille en 1347 et qui se répandit en Bretagne dès 1348.

 La thaumaturgie étant le miracle d’imposition des mains ou de prophétie, étymologiquement « thauma » en grec signifie « miracle » et « urgein » signifie « opérer ou produire » ; du grec « celui qui fait des tours » il devient à l ‘époque chrétienne « celui qui fait des miracles ».

Les Rois de France aussi étaient censés guérir les écrouelles par le simple toucher en prononçant la phrase «  le Roi te touche, Dieu te guérit », les souverains Britanniques avaient le privilège de guérir l’épilepsie et les Rois d’ Espagne délivraient les possédés.

Quant aux Rois de Hongrie, ces derniers faisaient disparaître la jaunisse et ceux de Bourgogne éloignaient la peste…

L’église a connu et reconnu de nombreux Saints thaumaturges car leur guérisons étaient à chaque fois attribuées à Dieu.

Saint Maur soignait les rhumatismes, pour cela il faut se faire verser de l’eau dans le dos et dans les sabots, Saint Hernin guérissait les maux de tête (il faut prier le saint et lui laver la tête) , Saint Laurent soulageait l’eczéma (il faut laver la plaie et jeter une poignée de boue sur la statue) et Saint Meen les troubles de l’esprit.

Les malvoyants priaient Saint Lunaire à la Fontaine de Plouër (22) ou à celle de Dirinon (29), les eaux de la Fontaine Saint-Egarec (29) étaient appréciées des sourds et Saint Tugen est invoqué non loin de sa fontaine pour les maux de dents !

On reconnaît aussi les Saints Vétérinaires comme Saint Comély ou Saint Herbot qui guérissaient les bovins, Saint Gildas, Saint Hervé et Saint Éloi guérissaient les chevaux et Saint Ildut soulageait les volailles !

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