Poisons et Médecine Légale

Poisons et Médecine Légale

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« Toute chose est un toxique et rien n’existe sans toxicité,
seul le dosage fait qu’une chose n’est pas un poison »

(Paracelse)

Un célèbre Médecin légiste répondant au nom de Tardieu disait de la toxicologie « qu’elle est constituée par un ensemble de notions disparates, empruntées à l’histoire naturelle, à la physiologie et à la chimie et qu’il n’y avait pas , en médecine légale, à étudier le poison en lui-même, mais le crime qu’il a servi à perpétuer » . En biologie, les poisons sont des substances qui peuvent provoquer tantôt des blessures, parfois des maladies et souvent la mort par le biais d’une réaction chimique.

Bien souvent, des substances considérées comme des poisons passés une certaine dose, peuvent avoir des vertus thérapeutiques comme l’oxyde d’arsenic qui, administré à faible dose peut guérir des lupus.

La toxicologie reste une science couramment utilisée en médecine légale et concerne l’étude des symptômes, des mécanismes d’action des poisons, des traitements éventuels et des diagnostics.

Cette discipline permet alors de mettre en évidence les doses dites « létales », c’est à dire celles qui entraînent la mort selon des quantités très variables allant de quelques grammes à quelques millièmes de grammes.

Certains produits comme le méthanol ne sont pas toxiques mais le deviennent après avoir été absorbé par le foie qui dès lors le transforme en méthanal.

Connus depuis l’ Antiquité, les poisons ont souvent été l’arme choisie par les criminels, les Romains avaient souvent recours à l’arsenic et ce poison fut utilisé comme base à partir du Moyen-âge jusqu’au XVII ème siècle sous différents noms tels que l ‘ « Acqua di Toffane » ou « Aqua di Napoli » et qui servit à empoisonner plus de six cents personnes en Italie dont deux Papes ! Cet acide arsénieux porta aussi le nom « Poudre à succession » ce dernier fût utilisé par la Marquise de Brinvilliers contre son père pour en recueillir la succession ; elle fit de même avec ses deux frères et sa sœur.

La mort de Socrate (peinture de David)

Le cyanure ou plutôt l’acide cyanhydrique est un type de poison foudroyant relate l’ ouvrage paru en 1906 aux Éditions Baillière et Fils et écrit par le Docteur Balthazard ; « son ingestion peut déterminer une mort immédiate et foudroyante […]laissant la face tantôt pâle, tantôt congestionnée et violacée. L’anatomie pathologique révèle une rigidité immédiate et dure plus longtemps que d’ordinaire alors que la putréfaction suit son cours normal ».

La ciguë quant à elle fut longtemps le poison judiciaire, notamment utilisé à l’encontre de Socrate qui avait commis le crime de ne pas croire aux Dieux reconnus par la Cité et d’en introduire de nouveaux. Celui-ci se moqua du Tribunal de l’ Héliée et refusa de s’enfuir préférant faire face à ses accusateurs en ingurgitant le poison « avec un aisance et une calme parfaits » (Phédon ou de l’âme par Platon).

La médecine Légale distingue trois classes de poisons :

  • Les poisons chimiques comme l’arsenic, le cyanure ou le phénol (les deux premiers étaient aussi utilisés comme conservateurs dans les formules de produits de conservation jadis mais la loi du 5 juillet 1976 y mit fin )

  • Les poisons biologiques comme le curare, la toxine botulique ou la ricine

  • Les poisons physiques comme les divers rayonnements alpha, bêta ou gamma

De nature solide, gazeuse ou liquide, ils peuvent agir par contact, inhalation (gaz moutarde utilisé pendant la Grande Guerre), ingestion ou injection (dans le cas des condamnés à mort aux U.S.A).

On distingue les poisons naturels de ceux crées par l’homme et l’on établit des « classes » de poison.

Ciguë

On trouve les poisons neurotoxiques qui agissent sur l’influx nerveux et empêchent le fonctionnement de certains muscles primordiaux comme le cœur ou les muscles respiratoires (le curare est un neurotoxique très connu) ; on peut citer également les poisons nécrosants et hémolysants qui agissent en catalysant ou en accélérant la décomposition de l’armature protectrice de la cellule.

Les inhibiteurs de la synthèse d’ Anénosine Diphosphate (qui possède un rôle de transfert d ‘énergie entre autre) qui, lorsqu’il y a absorption de cyanure par exemple, privent les cellules de toute énergie arrêtant rapidement toute activité motrice et provoquant une mort rapide.

Les inhibiteurs de la jonction musculaire sont utilisés pour l’exécution de condamnés à mort aux États-Unis, il s’agit de chlorure de potassium qui provoque un arrêt du cœur progressif.

Les métaux lourds comme le mercure et le plomb peuvent agir par accumulation, l’intoxication se déroulant parfois sur plusieurs années et encore les poisons allergènes qui ont des effets délétères selon la dose, l’exposition et la sensibilité de la personne.

On parlera alors de période de latence, c’est à dire le temps que met le poison pour commencer à avoir un effet nocif sur la santé d’un individu.

Enfin, il existe encore des poisons mutagènes comme l’amiante qui provoque des cancers des poumons et de la plèvre (mésothéliomes) ou comme les sciures de bois, les poussières de terre et de charbon.

Examen médico-légal (1890)

Les expertises médico-légales définissent plusieurs types d’empoisonnement comme les suicides par empoisonnement qui ne donnent que très rarement lieu à des interventions médico-légales ; seule la présomption de crime conduit l’autorité judiciaire à faire pratiquer une autopsie. Il existe aussi les empoisonnements accidentels dus la plupart du temps à des gestes d’imprudence suite à l’absorption massive de médicaments ou encore des empoisonnements professionnels dans le cas de manipulations chroniques de substances toxiques.

Les dommages causés par l’absorption d’un poison peuvent causer des lésions temporaires, irréversibles (avec séquelles), partielles et localisées ou généralisées ; ils peuvent agir rapidement ou au contraire très lentement et les émonctoires (c’est à dire l’évacuation) ne peuvent être que l’excrétion par l’urine, la respiration ou la sueur ou bien par destruction chimique en utilisant un antidote adapté.

Les effets du poison varient selon la résistance d’un individu à l’autre et tel Mithridate, le Roi de l’ Antiquité qui ingérait du poison régulièrement afin de prévenir les risques liés à un empoisonnement qu’il craignait. Du nom de ce Roi, la mithridisation consiste à ingérer des doses infimes mais croissantes de poison dans le but d’acquérir une insensibilité ou une résistance vis-à-vis du poison.

Les poisons ont différents usages et se retrouvent dans la nature tels les animaux usant de cette arme pour se défendre, dans l’industrie humaine afin d’éliminer des parasites, éliminer des éléments indésirables. Ils sont aussi utilisés à des fins de dopage ou de drogue et plus dramatiquement pour faire la guerre en utilisant des armes chimiques ou bactériologiques.

On les retrouve également dans le cadre d’assassinats politiques, économiques, concurrentiels, par intérêts dans des affaires de famille dans le cadre de transmissions de patrimoine, dans des affaires de meurtres passionnels, durant des conflits tels que les nazis pratiquèrent durant la seconde guerre mondiale où des expérimentations criminelles se sont déroulées sur des détenus… La liste est longue !

Les empoisonnements furent légions et les plus célèbres eurent comme empoisonneuses célèbres Aggripine la mère de Néron (par le biais de son empoisonneuse nommée Locuste), qui fit assassiner son second mari puis l’empereur Claude afin de profiter de leur formidable héritage et plus récemment Marie Besnard dite « l’empoisonneuse de Loudun » qui fut accusée d’avoir empoisonnée douze personnes à l’arsenic…

Quant aux « empoisonnés », on peut citer probablement Napoléon Bonaparte, Socrate qui fut condamné à boire la cigüe pour s’être rendu coupable de ne pas croire aux Dieux de la Cité et d’en introduire de nouveau (1), Charles Darwin, Raspoutine qui résista à une dose massive d’arsenic et qui fut achevé par balles et très récemment encore Alexandre Litvinenko l’ex-espion russe qui émigra en Angleterre et qui subit un empoisonnement au polonium 210.

Enfin, la littérature semble attacher une place importante au poison, on le retrouve dans Hamlet de William Shakespeare, Madame Bovary de Gustave Flaubert, le Nom de la Rose d’Umberto Eco ou encore dans le Comte de Monte-Cristo…le poison n’a pas finit de faire parler de lui…

Régis Narabutin, Artisan thanatopracteur

Bibliographie :

Précis de Médecine Légale, A. Lacassagne aux Éditions Masson et Compagnie

Précis de Médecine Légale, Ch. Vibert aux Éditions Baillière et Fils

Médecine Légale, Balthazard, aux Éditions Baillière et Fils

(1) Pour certains historiens, Platon aurait « enjolivé » la mort de Socrate car la cigüe en absorption massive peut être mortelle effectivement (plus de 6 grammes) et provoque une agonie lente d’environ 6 heures et non une mort douce et sereine comme cela semble s’être passé d’où l’hypothèse probable de mélange avec de l’opium et de la datura qui devait servir de poison de référence dans la Grèce Antique.

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